La rupture de l'abcès est quelquefois indiquée par une petite défaillance, suivie d'une cessation de pesanteur dans la partie malade, & quand le pus s'épanche dans l'intestin, le malade a quelquefois des envies de vomir, un peu de vertige, & le pus paroît dans les premieres selles. Il reste alors un ulcere dans l'intérieur du boyau, qui peut conduire à une fiévre lente & à la mort, & que j'ai guéri en faisant vivre uniquement de lait écrêmé, coupé avec un tiers d'eau, & en donnant, de deux jours l'un, un lavement avec parties égales d'eau & de lait, & un peu de miel.
Quand l'abcès creve en dehors de l'intestin, & que le pus s'épanche dans le ventre, c'est un cas très grave, qui demande des secours que je ne puis pas détailler ici.
Colique bilieuse.
§. 284. La colique bilieuse se manifeste par des douleurs très aigües; mais elle est assez rarement accompagnée de fiévre, à moins qu'elle n'ait déja duré un jour ou deux. Lors même qu'il y en a, le pouls, quoique vîte, n'est pas fort, ni très dur; le ventre n'est ni tendu, ni brûlant, comme dans la colique précédente; les urines coulent mieux, & sont moins rouges; la chaleur intérieure & la soif sont assez pressantes; la bouche est amere; les vomissemens ou la diarrhée, quand l'un ou l'autre existent, évacuent des matieres jaunes; souvent la tête tourne.
§. 285. On guérit 1. par des lavemens de petit lait & de miel; ou, si l'on n'a pas de petit lait, par celui du [No. 5]. 2. En faisant boire de grandes quantités de ce même petit lait, ou d'une ptisane faite avec la racine de chiendent & un peu de jus de citron; ou, si l'on n'en a point, un peu de vinaigre & de miel. 3. En donnant d'heure en heure une tasse du remede [No. 31]; ou, si on ne l'a pas, une demi-dragme de crême de tartre. 4. Les fomentations d'eau tiéde & le demi bain, sont aussi très favorables. 5. Si dans un sujet fort & robuste, les douleurs étoient aigües & le pouls fort tendu, il faudroit saigner, pour prévenir l'inflammation. 6. L'on ne donnera de nourriture que quelques bouillons d'herbes, surtout d'oseille. 7. Après avoir beaucoup délayé, si la fiévre ne survient pas, si la douleur continue, si les évacuations ne sont pas considérables, il faut donner un purgatif. Celui [No. 46], est très convenable.
§. 286. Cette colique est habituelle pour plusieurs personnes; on la prévient par l'usage habituel de la poudre [No. 23], en évitant le grand usage des viandes, les choses chaudes, les graisses & le lait.
Coliques d'Indigestion. Indigestions.
§. 287. J'appelle de ce nom toutes les coliques qui sont produites ou par trop d'alimens pris à la fois, ou par des amas faits à la longue chez les personnes qui ne digerent pas parfaitement, ou par des mélanges nuisibles, comme des aigres & du lait, ou par des alimens malsains en eux-mêmes, ou mal conditionnés.
On connoît cette espece, par ce qui a précédé, par des douleurs qui sont accompagnées de beaucoup de mal-aises qui viennent peu-à-peu, qui ne sont pas aussi fixes que dans les especes précédentes, qui sont sans fiévre, sans chaleur, sans altération, mais accompagnées de vertiges ou étourdissemens, d'efforts pour vomir, de pâleur plutôt que de rougeur.
§. 288. Elles ne sont jamais dangereuses, à moins qu'on ne les rende telles par beaucoup de soins mal entendus. Il n'y a qu'une seule chose à faire; c'est d'aider les évacuations par beaucoup de boisson tiéde. Il y en a plusieurs également bonnes; l'eau tiéde, ou pure, ou un peu sucrée, ou un peu salée, du thé de fleurs de camomille peu chargé, celui de sureau, de mélisse, du thé ordinaire; il importe peu lequel, pourvu qu'on boive beaucoup. Alors les matieres s'évacuent ou par les vomissemens, ou par une diarrhée abondante. Plus ces évacuations sont promptes ou copieuses, plutôt le malade est soulagé.