Si le ventre est fort rempli, & qu'il ne se fasse pas de débouchement, il faut donner des lavemens avec de l'eau tiede & du sel.
L'on aide aussi le dégagement des matieres, en faisant frotter fortement le ventre avec des linges chauds.
Quelquefois les matieres nuisent moins par leur quantité que par leur qualité; alors le mal se dissipe sans évacuation, quand cette matiere irritante est noyée dans beaucoup d'eau. Si les douleurs commencent par l'estomac, elles deviennent moins vives, & le malade est moins angoissé, dès que les matieres ont passé dans les boyaux, qui sont moins sensibles.
Après les évacuations abondantes & la cessation des douleurs, il reste souvent à la bouche un goût d'œufs pourris; il faut donner quelques prises de poudre [No. 23], & beaucoup d'eau fraîche.
L'essentiel, c'est de ne prendre aucune nourriture, qu'on ne soit parfaitement bien.
§. 289. L'on a la fureur de donner d'abord de la confection, de la thériaque, de l'eau d'anis, de celle de genievre, du vin rouge pour arrêter les évacuations. Il n'y a pas de pratique plus détestable. Ces évacuations sont la seule chose qui peut guérir le malade; les arrêter, c'est ôter la planche à celui qui se noie; & si l'on réussit, on le jette dans quelque fiévre putride, ou dans quelque maladie de langueur, à moins que la nature plus sage, ne surmonte les obstacles qu'on lui oppose, & ne renouvelle les évacuations au bout de quelques jours.
§. 290. Quelquefois l'on a une indigestion, sans douleur de colique bien marquée, mais avec de violens efforts pour vomir, une angoisse inexprimable, des défaillances, des sueurs froides. Souvent même le mal ne s'annonce que par une défaillance qui saisit le malade tout-à-coup: il perd l'usage de tous ses sens; le visage est pâle, défait; il a quelques hoquets plutôt que des efforts pour vomir; ce qui, joint à la petitesse du pouls, à ce que la respiration n'est pas embarrassée, à ce que le mal a attaqué après un repas, à ce que l'on sent l'estomac tendu, fait distinguer ce mal d'une véritable apoplexie. S'il est parvenu à ce degré, il tue quelquefois en peu d'heures. Il faut commencer par donner un lavement âcre, avec du sel & du savon; on fait avaler, autant qu'il est possible, d'eau salée; & si cela est inutile, on fait fondre la poudre [No. 33], dans trois tasses d'eau. On en donne d'abord la moitié; si au bout d'un quart-d'heure elle n'opere pas, on donne le reste. Ordinairement la connoissance commence à revenir d'abord que le malade a commencé à vomir.
Colique venteuse.
§. 291. Tous nos alimens & toutes nos boissons contiennent beaucoup d'air, plus cependant les uns que les autres; s'ils ne se digerent pas assez vîte, ou si la digestion en est mauvaise; ce qui fait qu'il se développe plus de cet air; s'ils en contiennent une très grande quantité, ou si les intestins se serrant dans quelque point de leur longueur, empêchent que cet air ne se distribue également; ce qui fait qu'il s'en amasse beaucoup dans quelques endroits; alors l'estomac & les boyaux sont tendus par ces vents, & cette tension produit des douleurs qu'on appelle colique venteuse.
Cette espece se trouve assez rarement seule; mais elle se joint souvent aux autres especes dont elle est l'effet, & sur-tout à la précédente, & elle contribue beaucoup à en augmenter les symptômes. On la connoît par les causes qui ont précédé; parcequ'il n'y a ni fiévre, ni chaleur, ni altération; parceque le ventre est gros sans dureté, qu'il est inégalement gros, parcequ'il se forme des poches de vents, tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre; parcequ'en frottant le ventre du malade, on fait remuer les vents, ce qui le soulage, & que quand il en rend par en haut ou par en bas, il est encore plus soulagé.