§. 292. Quand elle est jointe à une autre, elle ne demande point de traitement particulier; elle se dissipe par les remedes qui dissipent la colique principale.

Quelquefois elle est seule, & elle dépend d'alimens ou de boissons pleines d'air, comme le moût ou vin muté ou prompt, la biere, quelques fruits, quelques légumes. On la guérit par un lavement, en frottant le ventre avec des linges chauds, & en buvant quelque boisson un peu aromatique, & surtout du thé de camomille, auquel on peut joindre un peu de confection stomachique, ou même de thériaque. Quand les douleurs ont presque fini, si l'on n'a ni chaleur ni fiévre, & si l'on sent l'estomac affoibli, on peut alors (mais c'est presque le seul cas de colique où on le puisse); donner un peu de vin aromatique, ou un peu de quelque liqueur stomachique.

§. 293. Quand on est sujet à de fréquentes douleurs de coliques; c'est une preuve que les digestions ne se font pas bien, & l'on doit y remédier, sans quoi la santé se dérange, & l'on tombe dans des maux fâcheux.

Coliques après le froid.

§. 294. Quand on a eu très froid, surtout aux pieds, l'on est quelquefois attaqué, peu d'heures après, de violentes coliques dans lesquelles les remedes chauds & spiritueux sont très nuisibles, mais qui se guérissent aisément en frottant les jambes avec des linges chauds, en les trempant ensuite dans l'eau tiéde pendant long tems, & en faisant boire beaucoup de thé léger de camomille ou de sureau. La guérison sera encore plus prompte, si le malade se met au lit, & peut un peu suer, sur-tout aux jambes. Si les douleurs étoient très fortes, on donneroit des lavemens. Une femme s'étant trempée les jambes dans une source assez fraîche, après avoir marché pendant un tems fort chaud, fut d'abord attaquée d'une colique très violente. On lui donna des choses chaudes, le mal empira; on la purgea, le mal empira; on m'appelle le troisieme jour, peu d'heures avant sa mort. Il faut dans ces cas-là, si la douleur est excessive, saigner, donner un lavement d'eau tiéde, tenir les jambes plusieurs heures d'abord à la vapeur de l'eau chaude, ensuite de l'eau tiéde; faire boire abondamment d'une infusion de fleurs de tilleul avec un peu de lait, donner ensuite un grain d'opium; & si le mal ne cédoit pas, mettre aux jambes des vésicatoires dont j'ai vu de grands effets.

§. 295. On voit, par ce chapitre, qu'il faut être extrêmement en garde contre les choses chaudes & spiritueuses dans les coliques; que ces remedes peuvent non-seulement les empirer, mais même les rendre mortelles. L'on doit donc n'en jamais donner; & quand on ne sait pas démêler la cause de la colique, je conseille de s'en tenir à ces trois secours qui ne peuvent nuire à aucune espece, & peuvent guérir toutes celles qui ne sont pas extrêmement fortes: 1. Des lavemens réitérés. 2. Une grande quantité d'eau tiéde, ou du thé de sureau en boisson. 3. Des fomentations sur le bas ventre; celles d'eau tiéde sont à préférer à toutes les autres.

§. 296. Je n'ai rien dit des huiles, parcequ'elles ne conviennent que dans très peu d'especes de coliques, & point du tout dans celles dont j'ai parlé; ainsi j'en déconseille tout-à-fait l'usage, qui peut nuire à plusieurs égards.

CHAPITRE XXII.
Du Miserere, ou passion iliaque, & du Cholera morbus, ou trousse galant.

§. 297. Ces maladies emportent plusieurs personnes dans les campagnes, sans qu'on sache de quoi elles sont mortes; & la superstition attribue la mort aux poisons donnés, ou aux sortileges.

§. 298. Le Miserere est la maladie la plus cruelle. Si les intestins se ferment dans quelqu'endroit par quelque cause que ce soit, tous les alimens sont arrêtés; il arrive alors que le mouvement continuel qu'on remarque dans les boyaux, pour pousser tout vers le fondement, se fait dans un sens contraire, & pousse tout vers la bouche.