Le mal commence quelquefois après quelques jours de constipation; d'autrefois, sans qu'elle ait précédé, par des douleurs dans quelque partie du ventre, surtout autour du nombril, qui augmentant peu à peu, deviennent enfin très violentes: en même-tems le malade est angoissé: l'on sent, chez quelques-uns, une tumeur dure, qui fait le tour du ventre comme une corde; on entend des vents, il en sort quelques-uns par en haut, ils sont suivis d'envie de vomir; bientôt il survient quelques vomissemens, qui vont en augmentant, jusques à ce que le malade rende tout ce qu'il prend, avec un surcroit de douleurs inouies. Il ne rend d'abord que les derniers alimens, quelques matieres jaunes, les boissons qu'il prend: ensuite les matieres deviennent puantes, fétides. Quand le mal est très avancé, elles ont une odeur qu'on appelle d'excrémens, mais qui ressemble plutôt à celle de cadavre corrompu. Quelquefois aussi, si l'on a pris des lavemens qui eussent une odeur forte, on la retrouve dans ce qui est vomi; mais je n'ai jamais vu vomir ni de vrais excrémens, ni la matiere des lavemens, ni moins encore, des suppositoires introduits par le fondement. S'il faut croire que cela est arrivé il est bien difficile de comprendre comment. Pendant tout ce tems-là il n'y a pas une seule selle; le ventre se tend, les urines quelquefois sont supprimées, d'autre fois sont troubles & puantes. Le pouls, d'abord assez dur, devient vîte & petit; les forces se perdent entierement; les malades rêvent, le hocquet survient, & quelquefois ensuite des convulsions. Les extrêmités se refroidissent, le malade meurt très promptement.
§. 299. Comme cette maladie est accompagnée du plus grand danger, l'on doit, sans attendre un moment, commencer les remedes dès qu'on soupçonne le mal. La plus petite faute est mortelle; & l'on a vu les liqueurs chaudes tuer au bout de peu d'heures. J'ai été appellé le second jour de la maladie, pour une jeune personne, qui avoit pris beaucoup de thériaque, rien ne put même la soulager. Elle mourut au commencement du troisieme jour.
Le mal doit être traité précisément comme les coliques inflammatoires; & surtout, l'on doit débuter par une très forte saignée. Il faut multiplier les bains, & la seule différence qu'il y a entre cette maladie & la colique inflammatoire, c'est que, dans ce cas, il n'y a point de selles, mais des vomissemens continuels. Il faut 1. faire une forte saignée. 2. Donner des lavemens laxatifs (on les fait avec une décoction d'orge & l'on y ajoute cinq ou six onces d'huile): 3. Chercher à modérer les efforts des vomissemens, en donnant de deux en deux heures, une cuillerée de la potion [No. 47]. 4. Rendre les boissons un peu purgatives; il n'y a rien de mieux que le petit lait [No. 48], si on peut l'avoir d'abord; si-non, on donne le petit lait pur avec du miel, & les boissons marquées [§. 280]. 5. Après la saignée, les bains, beaucoup de lavemens, les fomentations, on peut, si rien n'a réussi, donner un lavement de fumée de tabac. Il en sera reparlé en traitant des noyés. [§. 366].
J'ai guéri un homme en le faisant entrer dans le bain, immédiatement après la saignée, & en lui donnant un purgatif en entrant au bain.
§. 300. Si les douleurs diminuent avant que le malade ait entierement perdu ses forces: si en même-tems le pouls va mieux; s'il vomit moins, si les matieres paroissent moins corrompues; si le malade sent quelque remuement dans son ventre, s'il rend quelques matieres par les selles, si en même tems il se trouve plus fort, on peut compter sur sa guérison: mais sans cela il meurt bien vîte. Souvent, une heure avant la mort, les douleurs paroissent se calmer; il survient une évacuation prodigieuse par les selles, de matieres extrêmement fétides; le malade a des foiblesses, une sueur froide, & meurt.
§. 301. C'est cette maladie, que le peuple attribue à ce que les boyaux sont noués, & dans laquelle il fait avaler des bales de plomb, ou de grosses quantités de mercure. Ce nœud des intestins, est une chimere impossible. Cette maladie dépend d'un grand nombre de causes, qu'on a découvertes, en ouvrant les cadavres de ceux qui en sont morts: sage méthode, extrêmement propre à enrichir la Medecine, & qu'il seroit à propos qu'on pratiquât plus généralement, & dont, bien loin de se faire une peine, on devroit se faire un devoir: parceque c'en est un, que de contribuer à perfectionner une science à laquelle le bonheur des hommes est attaché. Je ne détaillerai point ces causes: mais quelles qu'elles soient, l'usage d'avaler des bales & du mercure, est toujours pernicieux; il aggrave la maladie, & met un obstacle insurmontable à la guérison. Il y a un miséréré qui est un accident des hernies, j'en parlerai ailleurs.
Trousse galant.
§. 302. Le trousse galant ou cholera morbus est une évacuation prompte, abondante, & douloureuse, par les vomissemens & par les selles.
Il commence par des vents, des gonflemens, de legeres douleurs dans le bas ventre, un grand abattement; ensuite il survient des évacuations abondantes, ou par les selles, ou par les vomissemens; & quand une de ces évacuations a commencé, l'autre suit de bien près. Les matieres sont jaunes, vertes, brunes, blanches, noires: les douleurs fortes dans le bas ventre, le pouls presque toujours fiévreux est quelquefois fort dans le commencement, mais il ne tarde pas à s'affoiblir, par la prodigieuse évacuation qui se fait. Il y a des malades, qui ont jusques à cent selles dans quelques heures. Le malade maigrit à vue; & au bout de trois ou quatre heures, si le mal est violent, il est méconnoissable. Dès qu'il y a eu beaucoup d'évacuations, il est fatigué par des crampes dans les jambes, dans les cuisses, dans les bras, qui sont aussi douloureuses que le mal de ventre. Quand le mal ne peut point être adouci, le hoquet, les convulsions, le froid des extrêmités surviennent; les défaillances se succedent continuellement, une tue le malade, ou il meurt dans les convulsions.
§. 303. Cette maladie, qui dépend toujours d'une bile devenue excessivement âcre, a lieu ordinairement à la fin du mois de Juillet & dans le mois d'Août, surtout s'il a fait de grandes chaleurs & s'il n'y a pas eu des fruits d'été.