§. 304. Quelque violente que soit cette maladie, elle est moins dangereuse, & même moins cruelle que la précédente; beaucoup de gens en guérissent.

L'on doit 1. chercher à noyer cette bile âcre, par des torrens de la boisson la plus adoucissante, parceque l'irritation est si grande, que tout ce qui a la plus petite âcreté nuiroit. Ainsi on donnera continuellement au malade, en boisson & en lavement, ou de l'eau d'orge, ou des laits d'amandes, ou de l'eau avec une huitieme partie de lait, remede qui m'a très bien réussi, ou une très legere ptisane de pain, qui se fait, en cuisant une livre de pain roti, avec trois ou quatre pots d'eau, pendant une demi heure. L'on préfére le pain d'aveine. L'on grille aussi avec succès du bled, qu'on pile, & dont on fait une legere ptisane. Un bouillon fait avec un poulet, ou une livre de chair maigre de veau, cuits pendant une heure, avec trois pots d'eau, est très bon dans ce cas. L'on emploie avec succès le petit lait, & dans les endroits où l'on peut en avoir, le petit lait de beurre (la battue) est la meilleure de toutes les boissons. Mais il faut nécessairement en donner une grande quantité: & les lavemens doivent être donnés de deux en deux heures. 2. Si le malade étoit robuste & sanguin, que le pouls fût fort dans les commencemens, & les douleurs extrêmement violentes, une ou deux saignées faites d'abord, diminuent la violence du mal, & donnent plus de loisir pour les autres remedes. J'ai vu les vomissemens finir, presqu'entierement, après la premiere saignée. 3. La furie du mal s'arrête un peu, au bout de cinq ou six heures; mais il ne faut point, pendant ce calme, se relâcher pour les remedes: car il revient bientôt après avec beaucoup de force. Ce retour ne change rien au traitement. Ordinairement le bain tiede soulage pendant qu'on est dedans; mais quoique les douleurs reviennent bientôt après, ce n'est point une raison pour le négliger, d'autant plus, que quelquefois, il procure un soulagement plus long. On doit y tenir le malade long-tems, & profiter de ce tems pour lui faire prendre sept ou huit verres du remede [No. 31], ce qui m'a réussi très bien: les vomissemens s'arrêterent, & au sortir du bain, le malade eut plusieurs selles prodigieuses, qui diminuerent considérablement la force du mal. 4. Si l'on se laisse effrayer par la quantité des évacuations, & qu'on veuille les arrêter trop-tôt, par la thériaque, de l'eau de menthe, du syrop de pavot blanc, de l'opium, du mithridate; il arrive de deux choses l'une, ou l'on aigrit le mal, comme je l'ai vu arriver; ou si l'on réussit à arrêter les évacuations, on jette le malade dans un état plus dangereux. J'ai été obligé de donner un purgatif, qui rappella le cholera, à un homme, qu'un remede composé de thériaque, de mithridate, & d'huile avoit jetté dans une fiévre violente accompagnée d'un délire furieux. L'on ne doit employer ces remedes, que quand la petitesse du pouls, l'affoiblissement considérable, les crampes violentes & continues, & la foiblesse même des efforts pour vomir, font craindre que le malade ne succombe. Dans ces cas, il faut donner, tous les demi quarts d'heures, une cuillerée du remede [No. 49] en continuant les délayans. Après la premiere heure, l'on n'en donne plus, que d'heure en heure, encore huit prises. Mais je réitére qu'on ne doit point venir trop-tôt à ce remede.

§. 305. Si le malade doit guérir, peu-à-peu les douleurs & les évacuations diminuent, l'altération est moindre, le pouls reste très vîte, mais il devient régulier; il y a des instans d'assoupissemens, car le bon sommeil se fait attendre long tems. Il faut persister dans les mêmes secours, mais un peu moins fréquemment. On peut venir à donner quelques bouillons farineux; & quand les évacuations sont finies, qu'il ne reste plus de douleurs, mais une grande foiblesse, & beaucoup de sensibilité, on peut donner des œufs frais, peu ou point cuits, pendant quelques jours, & les mêmes bouillons; ensuite on met au régime des convalescens; & l'usage de la poudre [No. 14], hâte beaucoup la convalescence.

CHAPITRE XXIII.
De la Diarrhée.

§. 306. Chacun connoît la diarrhée, que le peuple appelle dévoiement, cours de ventre, & même souvent colique. Il y en a de longues & invéterées, qui dépendent de quelque vice essentiel, dans la constitution. Je n'en parlerai pas. Celles qui attaquent tout-à-coup, sans aucun mal précédent, si ce n'est quelquefois un peu de dégoût, & de pesanteur dans les reins & dans les genoux; qui ne sont accompagnées ni de douleurs fortes, ni de fiévres, (souvent même il n'y a point de douleur du tout), sont plutôt un bien qu'un mal. Elles évacuent des matieres amassées dès long-tems, & corrompues, qui, si elles ne s'évacuoient pas, produiroient quelque maladie.

Bien loin d'affoiblir, ces diarrhées rendent plus fort, plus leger, plus dispos.

§. 307. Il faut bien se garder de les arrêter; elles finissent ordinairement d'elles-mêmes, quand toutes les matieres nuisibles sont évacuées. Elles ne demandent aucun remede, il faut seulement diminuer considérablement la quantité des alimens, se priver de viande, d'œufs, de vin; ne vivre que de quelques soupes, de quelques legumes, ou d'un peu de fruit, crud ou cuit; & boire plus qu'à l'ordinaire. Une ptisane de capillaire est très suffisante dans ce cas. Il ne faut ni thériaque, ni confection, ni autres drogues de cette espece.

§. 308. S'il arrive qu'après cinq ou six jours, le mal dure encore, qu'il affoiblisse le malade, que les douleurs deviennent un peu trop fortes, & surtout si les envies d'aller à la selle devenoient plus fréquentes, alors il faudroit l'arrêter. Pour cela on mettroit le malade tout-à-fait au régime; & si la diarrhée étoit accompagnée d'un grand dégoût, de soulevemens de cœur, d'ordures sur la langue, de mauvais goût à la bouche, on lui donneroit la poudre [No. 34]. Si ces accidens ne se trouvoient pas, on lui donneroit celle [No. 50]: & pendant trois heures, on lui feroit prendre toutes les demi heures, une tasse de bouillon foible.

Si la diarrhée, arrêtée par ce remede, revenoit au bout de quelques jours; ce seroit une preuve qu'il y a quelque matiere tenace, qui n'a pas encore été évacuée. Il faudroit en ce cas, purger avec un des remedes [No. 21], [22], [46], & ensuite donner à jeun, pendant deux matins, la moitié de la poudre [No. 50].

Le soir du jour que le malade a pris le remede [No. 34], ou celui [No. 50], ou qu'il a été purgé, on peut lui donner une prise de thériaque.