§. 309. Souvent on néglige les diarrhées pendant long-tems, sans observer même aucun régime; elles se perpétuent & affoiblissent entierement le malade. Il faut, dans ces cas là, commencer par le remede [No. 34]; ensuite, on donne de deux jours l'un, quatre fois de suite, celui [No. 50]: & pendant tout ce tems-là, le malade ne vit que de panades (voyez [§. 35]), ou de ris cuit au bouillon. L'on met avec succès, sur l'estomac, une emplâtre stomachique, ou une flanelle, souvent trempée dans une décoction d'herbes fortes, cuites avec du vin. Il faut éviter le froid & l'humidité.
CHAPITRE XXIV.
De la Dyssenterie.
§. 310. La dyssenterie est un flux de ventre, accompagné d'un mal-aise général, de fortes tranchées, & d'envies fréquentes d'aller à la selle. Ordinairement il y a un peu de sang dans les selles; mais cela n'arrive pas toujours, & n'est point nécessaire pour constituer la dyssenterie: celle où il n'y en a point, n'est pas moins dangereuse que l'autre.
§. 311. La dyssenterie est ordinairement épidémique; elle commence quelquefois à la fin de Juillet, plus souvent au mois d'Août, & finit quand les gelées commencent. Les grandes chaleurs rendent le sang & la bile âcres; tant qu'elles durent, la transpiration se fait; mais dès qu'elles diminuent, surtout le soir & le matin, elle se fait moins bien, d'autant plus que les humeurs ont acquis de l'épaississement; alors cette humeur âcre arrêtée se rejette sur les intestins, & les irrite; les douleurs & les évacuations surviennent. Cette dyssenterie est de tous les tems & de tous les païs. Si à cette cause il s'en joint d'autres, & sur-tout la réunion d'un grand nombre de gens dans un endroit trop serré, tel que les hôpitaux, les camps, les prisons, cela porte dans les humeurs un principe de malignité, qui, s'alliant à la cause de la dyssenterie, rend cette maladie plus fâcheuse.
§. 312. Le mal commence par un froid général qui dure quelques heures, plutôt que par un frisson; le malade s'affoiblit, il souffre des douleurs vives dans le ventre, qui quelquefois durent plusieurs heures avant que les évacuations viennent. L'on a des vertiges, des envies de vomir; l'on pâlit; le pouls n'est cependant que peu ou point fiévreux; mais ordinairement petit. Enfin les selles surviennent, les premieres ne sont souvent que des matieres liquides & jaunâtres; mais bientôt elles ne sont mêlées que de glaires, & ces glaires souvent teintes de sang. Leurs couleurs varient, elles sont brunes, vertes, noires, plus ou moins liquides, fœtides. Les douleurs augmentent avant chaque selle, & les selles deviennent très fréquentes. L'on en a jusqu'à huit, dix, douze, quinze par heures; alors le fondement s'irrite, le tenesme (qui est une envie d'aller à la selle, quoiqu'il n'y ait point de matiere), se joint à la dyssenterie, & occasionne une chûte du fondement. L'état du malade est très cruel. L'on rend quelquefois des vers, des glaires épaissies qui ressemblent à des morceaux d'intestins, quelquefois des grumeaux de sang. Si le mal devient très fâcheux, les boyaux s'enflamment; il se forme des suppurations, des gangrennes; l'on rend du pus, des eaux noires & puantes; le hoquet survient, le malade rêve, son pouls s'affoiblit; il tombe dans des sueurs froides & dans des défaillances qui finissent par la mort.
Quelquefois il survient une espece de phrénésie ou délire violent, avant le dernier moment. J'ai vu chez deux sujets, un symptôme assez rare; c'est une impossibilité d'avaler, trois jours avant la mort. Mais le mal n'est pas ordinairement de cette violence; les selles ne sont pas si fréquentes; cela va de vingt-cinq à quarante dans le jour. Les matieres sont mêlées de moins de choses étrangeres, & de peu de sang. Le malade conserve quelques forces; peu-à-peu les selles diminuent, le sang disparoît, les matieres s'épaississent, l'appétit & le sommeil reviennent, le malade se remet.
Il y a beaucoup de malades qui n'ont point de fiévre & point d'altération, qui est peut-être moins ordinaire dans cette maladie, que dans une diarrhée ordinaire.
Les urines sont quelquefois peu abondantes, & plusieurs malades ont des envies d'uriner inutiles.
§. 313. Le grand remede de cette maladie, c'est l'émétique. Le remede [No. 33], quand il n'y a point de raison de ne pas l'employer, pris dès les commencemens, emporte souvent le mal d'abord, & toujours l'abrége beaucoup. Le remede [No. 34], n'est pas moins efficace dans cette maladie; il en a été regardé long tems comme le spécifique. Il ne l'est pas, mais il est très utile. Si après qu'ils ont produit leur effet, les selles sont moins fréquentes, c'est une très bonne marque. Si elles ne diminuent point, il est à craindre que la maladie ne soit longue & opiniâtre.
L'on met le malade au régime, & l'on évite avec grand soin surtout toute viande, jusqu'à l'entiere guérison de la maladie. La ptisane [No. 3], est la meilleure boisson.