§. 335. Ces mêmes regles peuvent être trop abondantes, & elles jettent dans des maladies très graves; mais je n'en parlerai pas.
§. 336. Enfin, lors mêmes qu'elles sont les plus régulieres, après avoir duré un certain nombre d'années (il est rare que cela aille à trente-cinq), elles finissent naturellement & nécessairement entre quarante cinq & cinquante ans, quelquefois même plutôt, & rarement plûtard, & l'époque de cette cessation est ordinairement fâcheuse pour les femmes qui ont eu ou qui ont des maladies dépendantes du dérangement des regles.
§. 337. Jusqu'à présent l'on ne voit que les maux que cette évacuation procure. Il n'en est pas moins vrai que quand elle se fait bien & régulierement, elle contribue beaucoup à la santé du sexe, dont l'objet principal doit donc être de l'entretenir dans un bon ordre.
L'on prévient les maux [§. 332], en évitant les causes qui les produisent, & 1. en faisant prendre beaucoup de mouvement aux jeunes filles, surtout dès que l'on remarque la plus legere atteinte du mal.
2. En ayant l'œil sur elles, pour qu'elles ne mangent point de choses contraires, non-seulement en alimens, mais en toutes autres choses, puisqu'il y a peu de corps dans la nature qui n'aient été l'objet de leur bisarre fantaisie. Les alimens gras, pâteux, farineux, aigres, aqueux, leur sont nuisibles. Les thés d'herbes qu'on leur fait souvent boire pour les guérir, suffiroient pour leur procurer la maladie. Si on veut leur faire boire des infusions de quelques herbes, qu'elles boivent froid. La meilleure boisson pour elles, c'est l'eau de Forges & l'eau minerale ferrugineuse.
3. Il faut éviter les remedes chauds, âcres, & destinés uniquement à forcer les regles. Ils font quelquefois des maux affreux, & ne font jamais de bien. Ils sont surtout d'autant plus pernicieux, que la malade est plus jeune.
4. Si cependant le mal empire, il faut leur ordonner quelques remedes, non point des purgatifs, des délayans, des bouillons d'herbes, des sels, & je ne sais combien d'autres choses nuisibles; mais la limaille de fer, qui est le vrai remede de ces maux. Il faut prendre la limaille de vrai fer, & non point celle d'acier, & faire attention qu'elle ne soit point rouillée; dès qu'elle l'est, elle n'a presque plus aucune efficacité. Dans les commencemens du mal, & pour les jeunes filles, il suffit d'en donner quinze ou vingt grains par jour, en y joignant l'exercice & une diette convenable. Quand le mal est plus grave & la malade moins jeune, on peut aller hardiment jusqu'à un quart d'once. On fait bien de joindre à la limaille quelques amers, ou quelques aromates; voyez les recettes [No. 53], [54], [56]. Quand on se propose de déterminer les régles, on peut employer le [No. 54], qui réussit ordinairement.
§. 338. Pendant que l'on prend ce remede, il ne faut prendre aucune des choses que j'ai défendues dans les §§. précédens, & l'on doit en aider l'effet par le mouvement. Celui des voitures un peu rudes & qui secouent, est très salutaire: celui de la danse l'est aussi beaucoup, moyennant qu'il ne soit pas porté jusqu'à l'excès.
§. 339. Quand le mal a des rechutes, on se conduit tout comme si c'étoit une premiere attaque. Mais le cas du [§. 327], demande une conduite très différente. La saignée, qui est pernicieuse dans la premiere espece, & dont l'usage jette plusieurs jeunes filles dans une langueur incurable, a souvent emporté cette espece dans le moment. Les bains de pied tiedes, les poudres [No. 20], le petit lait, ont souvent réussi; mais il faut souvent des soins appropriés à chaque cas particulier: c'est pourquoi on doit consulter un Médecin.
§. 340. Quand les régles cessent par l'âge ([§. 336]), si elles cessent tout-à-coup, & si elles étoient abondantes auparavant, il faut nécessairement faire une saignée, & la réitérer tous les six, ou même tous les quatre, ou tous les trois mois. Diminuer la quantité des alimens, sur-tout de la viande & du vin; augmenter l'exercice; prendre souvent, le matin à jeun, la poudre [No. 23], qui est excellente dans ce cas.