Si cette cessation est annoncée, ou accompagnée, comme il arrive souvent, de pertes abondantes, la saignée n'est pas aussi nécessaire; mais le régime & la poudre [No. 23] le sont beaucoup; & il faut y joindre, de tems-en-tems, la purgation [No. 22]. Les remedes adstringens donnés à cette époque, occasionnent des cancers de matrice.

Il périt plusieurs femmes à cet âge, parcequ'il est très aisé de leur faire du mal; ce qui doit les rendre très prudentes sur tous les remedes qu'elles font; mais aussi il arrive souvent que leur constitution change à leur avantage; leurs fibres deviennent plus fortes; elles se trouvent plus robustes, plusieurs petites infirmités finissent, & elles jouissent ensuite d'une vieillesse très heureuse.

Le régime que je viens d'indiquer, la poudre [No. 23], la boisson [No. 31], conviennent beaucoup dans presque toutes les pertes habituelles (je parle des femmes du peuple) à quelqu'âge que ce soit.

§. 341. Je finis cet article par un avis général. Si les femmes savoient combien il leur importe de se ménager pendant le tems des régles, il n'y en a pas une qui, dès la premiere fois jusqu'à la derniere, n'observât un régime très scrupuleux; voyez [§. 334]. Leur conduite à cette époque décide de leur santé, & l'on peut dire de leur bonheur ou de leur malheur, &, souvent de celui des personnes avec qui elles ont à vivre. Plus elles sont jeunes & délicates, plus il leur importe de se ménager. Je sais que la robuste campagnarde se ménage peu, & ne s'en trouve pas toujours mal; mais je pourrois cependant produire une longue liste de celles qui se sont jettées, par leur imprudence, dans les situations les plus tristes. L'importance de la matiere, fait que cet article est d'une longueur disproportionnée à celle de l'ouvrage.

Grossesse.

§. 342. Les grossesses sont généralement beaucoup plus heureuses dans les campagnes qu'à la ville. Les paysanes sont cependant aussi sujettes aux maux de cœur & aux vomissemens le matin, aux maux de tête & aux maux de dents. Ces maux cedent à la saignée, qui est presque le seul remede dont elles aient besoin.

§. 343. Quelquefois après avoir porté des fardeaux trop pesans, avoir fait des travaux violens, avoir soutenu des cahotemens trop forts, avoir fait quelque chûte, elles sont attaquées de violentes douleurs de reins, qui se répandent jusques sur les cuisses, & aboutissent tout-à-fait au bas du ventre. Le danger de se blesser est très grand. Il faut pour prévenir cet accident, qu'elles se mettent sur le champ au lit, & qu'elles se couchent sur la paillasse si elles n'ont point de matelas, la plume est très mauvaise dans ce cas; qu'on leur fasse une ample saignée; qu'elles restent plusieurs jours dans cette situation, ne bougeant & ne parlant presque point; ne prenant ni viande, ni bouillon, ni œufs, mais vivant uniquement de quelques soupes farineuses; prenant, de deux en deux heures, la moitié de la poudre [No. 20], & ne buvant que de la ptisane [No. 2]. Il y a des femmes robustes, sanguines, qui sont sujettes à se blesser à une certaine époque: elles préviennent cet accident, en se faisant saigner quelques jours avant cette époque, & en observant un régime tel que je viens de l'indiquer. Mais cette méthode ne vaudroit rien pour les femmes délicates de la ville, qui se blessent par une toute autre cause.

Couches.

§. 344. L'on remarque qu'il périt plus de femme à la campagne, dans le tems de l'accouchement, & cela par le manque des bons secours & l'abondance des mauvais; & qu'il en meurt plus en ville, après les couches, par une suite de la mauvaise santé.

Le besoin de sages-femmes un peu éclairées, dans la plus grande partie du pays, est un malheur trop prouvé, qui a les suites les plus horribles, & qui demanderoit toute l'attention de la police. Les fautes qui se commettent dans le tems des accouchemens sont sans nombre, & trop souvent sans remede. Il faudroit un livre exprès, comme on en a donné dans quelques pays, pour donner les moyens propres à les prévenir, & il faudroit avoir formé des sages-femmes capables de les comprendre. Tout cela sort du plan que je me suis proposé. J'indiquerai seulement une des causes qui font le plus de mal; c'est l'usage des choses chaudes que l'on donne dès que l'accouchement est pénible ou lent; castor, teinture de castor, safran, sauge, rhue, sabine, huile d'ambre, vin, thériaque, vin brûlé avec des aromates, caffé, eau-de-vie. Toutes ces choses sont de vrais poisons qui, bien loin de hâter l'accouchement, le rendent plus difficile, en enflammant & la matrice qui ne peut plus se contracter, & les parties qui servent de passage, qui par-là même se gonflent, rétrécissent les voies, & ne peuvent plus prêter. D'autrefois il survient une hémorrhagie, qui tue en peu d'heures.