§. 345. L'on sauveroit un grand nombre de meres & d'enfans, par une méthode directement contraire. Dès qu'une femme bien portante avant ses couches, robuste, bien faite, se trouveroit en travail, & que le travail paroîtroit douloureux & difficile, bien loin d'encourager la femme à des efforts précoces qui perdent tout, & de les aider par les remedes destructifs dont je viens de parler, il faut leur ordonner une saignée du bras, qui préviendra l'engorgement & l'inflammation, calmera les douleurs, relâchera les parties, & tout se disposera mieux. L'on ne doit pas donner d'autre nourriture, qu'un peu de panade toutes les trois heures, & de l'eau panée autant que la malade en veut. On donne, de quatre en quatre heures, un lavement avec une décoction de mauve & un peu d'huile; dans l'intervalle on fait mettre sur un vase plein d'eau chaude pour recevoir la vapeur; l'on frotte le passage avec un peu de beure, & l'on tient sur le ventre des fomentations d'eau chaude; ce sont les plus efficaces.

En suivant cette route, non-seulement les sages-femmes ne font point de mal; mais elles laissent à la nature le tems de faire du bien; un grand nombre d'accouchemens qui paroissoient difficiles, se terminent heureusement, & l'on a au moins le tems d'aller chercher des secours; d'ailleurs les suites des couches sont heureuses. Au lieu qu'en suivant la méthode échauffante, lors même que l'accouchement est fait, la mere & l'enfant ont si cruellement souffert, qu'ils périssent souvent l'un & l'autre.

§. 346. Je sais que ces moyens sont insuffisans, lorsque la situation de l'enfant est mauvaise, ou qu'il y a quelque vice de conformation chez la mere; mais au moins ils empêchent l'augmentation du mal; &, comme je l'ai dit, laissent le tems de recourir aux chirurgiens-accoucheurs, ou à quelques sages-femmes un peu moins mal instruites.

Je réitere encore que les sages-femmes doivent bien se garder de presser les femmes à faire des efforts qui leur font un mal infini, & qui peuvent rendre fâcheux l'accouchement, qui, avec un peu de patience, eut été le plus heureux.

L'on craint la foiblesse dans laquelle les malades paroissent être, on imagine qu'elles n'auront pas la force d'accoucher, & c'est la raison dont on s'autorise pour leur donner des cordiaux; mais cette raison est chimérique. L'on ne perd pas si promptement les forces; les douleurs legeres abattent, mais à mesure qu'elles augmentent, les forces se relevent & ne manquent jamais, quand il n'y a point d'accident étranger.

Suites de Couches.

§. 347. Les suites de couche les plus fréquentes dans les campagnes, sont 1. les pertes excessives. 2. L'inflammation de matrice. 3. La suppression subite des Lochies, c'est le nom qu'on donne à l'évacuation de la matrice qui suit ordinairement la couche. 4. Les ravages du lait.

Les lochies trop abondantes doivent être traitées par les moyens [§. 343]; & si la perte est excessive, l'on applique sur le ventre, les reins, les cuisses, des linges trempés dans un mélange de parties égales d'eau & de vinaigre, qu'on change dès qu'ils commencent à être secs, & qu'on quitte dès que la perte commence à diminuer.

§. 348. L'inflammation se manifeste par les douleurs dans tout le bas du ventre, la tension de tout le ventre, l'augmentation des douleurs quand on le touche, une espece de tache rouge qui monte au milieu du ventre jusqu'au nombril, & qui, quand le mal empire, devient noire, ce qui est toujours mortel; une foiblesse étonnante, le visage prodigieusement changé, un léger délire, une fiévre continue avec un pouls foible & dur, quelquefois des vomissemens continuels, souvent le hoquet, une perte très peu, abondante d'une eau rousse, puante, âcre, des envies fréquentes d'aller à la selle, des ardeurs, & quelquefois une suppression d'urine.

§. 349. Ce mal très grave & souvent mortel, doit être traité comme les maladies inflammatoires. Il faut surtout après la saignée donner fréquemment des lavemens d'eau tiéde, en injecter dans la matrice, en appliquer continuellement sur le ventre, & boire abondamment ou de la ptisane d'orge toute simple, sur chaque pot de laquelle on met un demi-quart d'once de nitre, ou des laits d'amandes [No. 4].