§. 350. La suppression totale des lochies, qui occasionne les maladies les plus violentes, se traite précisément de la même façon. Si l'on donne quelques remedes chauds pour en forcer la sortie, l'on ôte dans le moment toute espérance de guérison.

§. 351. Si la fiévre de lait est très forte, la ptisane d'orge [§. 349], & les lavemens, avec une diette très legere, uniquement de panade ou de quelqu'autre farineux très clair, la dissipent.

§. 352. Les femmes délicates, qui ne sont pas soignées comme il seroit nécessaire, ou celles que la nécessité oblige à travailler trop tôt, sont exposées à plusieurs accidens, qui dépendent souvent de ce que la transpiration & l'évacuation des lochies ne se faisant pas bien, & la séparation du lait dans les mammelles étant troublée, il se forme ce qu'on appelle des dépôts laiteux, qui sont toujours très fâcheux, & surtout quand ils se font sur quelque partie intérieure. Il s'en fait fréquemment sur les cuisses. Dans ce cas, il faut faire usage de la ptisane [No. 57], & appliquer sur la tumeur les cataplasmes [No. 58]. Ces deux remedes dissipent insensiblement le mal, s'il peut se dissiper sans suppuration. Si cela n'est pas possible, & qu'il se forme du pus, un chirurgien ouvre l'abcès, & le traite comme un autre.

§. 353. Si le lait se durcit dans le sein, il est de la plus grande importance de dissiper incessamment cette grosseur, sans quoi elle se durcit & devient squirrhe, & de squirrhe, souvent au bout d'un certain tems, cancer; c'est-à-dire, la plus cruelle des maladies.

L'on prévient cet horrible mal, en remédiant à ces petites tumeurs dès le commencement. Il n'y a rien de plus efficace pour cela que les remedes [No. 57] & 58: mais il est toujours prudent de consulter.

Dès qu'il y a une dureté invétérée & exempte de douleur, il ne faut faire aucune application quelconque; toutes sont nuisibles: celles qui sont grasses, irritantes, résineuses, spiritueuses, changent promptement le squirrhe en cancer. Quand le cancer est manifesté, toutes les applications sont aussi également nuisibles, excepté celles [No. 59]. Le cancer a été long-tems incurable. Depuis quelques années, l'on en a guéri quelques-uns avec le remede [No. 55]; mais il n'est pas infaillible. L'on doit cependant toujours l'essayer.

§. 354. Les bouts des mammelles des nourrices s'écorchent souvent, & les font cruellement souffrir. Un des meilleurs remedes, c'est la pommade la plus simple, un mélange d'huile & de cire fondus ensemble, ou l'onguent [No. 65]. Et si le mal est opiniâtre, il faut purger, ce qui réussit ordinairement.

CHAPITRE XXVII.
Avis pour les enfans.

§. 355. Les maladies des enfans, & tout ce qui regarde leur conduite sont des objets qui ont été généralement trop négligés, par les Medecins; l'on en confioit la direction aux personnes les moins propres à s'en charger. Leur santé est cependant bien importante; il faut les conserver, si l'on veut avoir des hommes; & leur médecine est susceptible d'un assez grand degré de perfection. Elle a un avantage sur celle des adultes, c'est que l'on ne trouve pas des complications de maux aussi fréquentes. L'on dit qu'ils ne savent pas se faire entendre; cela est vrai jusques à un certain point; mais cela ne l'est pas exactement. Il est vrai qu'ils ne parlent pas notre langage; mais ils en ont un, qu'il faut étudier. Chaque maladie a proprement le sien, qu'un Medecin attentif apprend; il doit donner tous ses soins à comprendre celui des enfans, & à en profiter pour perfectionner les moyens de les rendre sains & vigoureux, & de les guérir des différens maux auxquels ils sont exposés. Je ne me propose point de remplir cette tâche actuellement; mais j'indiquerai les principales causes de leurs maux, & la façon générale de les traiter. Je leur épargnerai au moins par-là, une partie du mal qu'on leur fait, & l'épargne des maux artificiels est un des grands buts de cet ouvrage.

§. 356. L'estomac & les intestins de l'enfant, sont remplis, quand il vient au monde, d'une matiere noire, médiocrement épaisse & assez gluante, qu'on appelle meconium. Il faut que cette matiere sorte, avant que l'enfant prenne du lait; sans quoi elle le corromproit, & devenant elle-même extrêmement âcre, il en résulteroit une double source de maux, auxquels l'enfant ne résisteroit point.