La maladie qui les tue à cet âge, c'est les convulsions. Leurs nerfs sont extrêmement sensibles, & dès que quelque chose les irrite, les convulsions naissent. L'on prévient le mal en ôtant la cause. On ne leur donne point de lait les vingt-quatre premieres heures; mais on leur fait boire de l'eau dans laquelle on met un peu de sucre ou de miel; ce qui délaie ce meconium, & en facilite l'évacuation; mais pour être plus sûr qu'elle s'opere, il faut leur donner une once de syrop de chicorée composé, qu'on délaie avec un peu d'eau, & qu'on leur fait boire dans l'espace de quatre ou cinq heures. Cette pratique a les plus grands avantages, & il est à souhaiter qu'elle devienne générale. Le syrop que j'indique est à préférer de beaucoup à tous les autres, & surtout à l'huile d'amandes douces.

S'ils avoient besoin de quelque aliment, il n'y a point d'inconvénient à leur donner un peu de biscuit dans l'eau, comme on fait ordinairement, ou un peu de panade très claire.

§. 357. Quoiqu'ils aient été bien évacués d'abord après leur naissance, très souvent le lait s'aigrit, & produit des coliques violentes, des convulsions, la diarrhée, la mort. Il n'y a que deux choses à faire; évacuer ces matieres, & leur donner des absorbans. Le syrop de chicorée est encore dans ce cas, le meilleur remede. On donne ensuite, trois prises par jour de la poudre [No. 60], & on leur fait boire un thé de mélisse & de tilleul. L'on est dans l'usage de donner aux enfans beaucoup d'huile d'amandes douces dès qu'ils ont quelques tranchées, c'est une habitude pernicieuse, & dont les conséquences sont très dangereuses. Il est vrai que l'huile appaise quelquefois d'abord les douleurs, en envelopant les acides, & en émoussant la sensibilité des nerfs; mais c'est un remede palliatif, qui, loin d'enlever la cause, l'augmente, aussi le mal revient bientôt; & plus on donne d'huile, plus l'enfant devient sujet aux tranchées. J'en ai guéri, sans autre remede, que la privation de l'huile, qui leur affoiblit l'estomac; par là-même, le lait se digere moins bien, moins vîte, & s'aigrit plus aisément. Cet affoiblissement que l'estomac reçoit à cette époque, a quelquefois des influences sur le tempérament de l'enfant pour le reste de ses jours. Il importe aux enfans d'avoir le ventre très libre, & il est certain que très souvent l'huile les resserre, en diminuant les forces des intestins: il n'y a personne qui ne puisse remarquer ces inconvéniens; on continue cependant à l'ordonner, dans un but contraire: telle est la force du préjugé, dans ce cas & dans tant d'autres. On est dans l'idée que tel remede doit produire tel effet; il a beau ne le produire jamais, la prévention subsiste, & l'on attribue son efficacité à de trop petites doses. On les double; le mauvais effet augmente, & ne fait point finir l'aveuglement. L'abus de l'huile dispose aussi à la noueure ou rachitis, & enfin il devient souvent la cause premiere des maladies de peau, qui sont extrêmement difficiles à guérir. Ainsi l'on ne doit l'employer que très rarement, & on l'ordonne toujours très mal à propos, dans les coliques qui viennent d'un principe d'aigreur dans l'estomac, ou les intestins.

Les enfans sont ordinairement plus sujets à ces coliques pendant les premiers mois: ensuite elles diminuent, parceque leur estomac se fortifie. On les soulage en leur donnant des lavemens avec une décoction de fleurs de camomille, & la grosseur d'une noisette de savon. Une flanelle trempée dans une décoction de camomille avec un peu de thériaque, appliquée chaude sur l'estomac & le ventre, les soulage aussi beaucoup.

Un des plus sûrs moyens de dissiper ces coliques, qui viennent de ce que le lait ne se digere pas, c'est de leur donner autant de mouvement qu'il est possible, vu leur âge.

On ne peut pas toujours leur donner des lavemens; cela auroit son danger. Chacun connoit la méthode d'y suppléer par des suppositoires, avec quelques côtes de plantes, ou du savon, ou du miel cuit.

§. 358. Tout le corps de l'enfant qui nait, est couvert d'une crasse, qui vient de la liqueur dans laquelle il a vécu. Il est important de le nettoyer d'abord, & il n'y a rien d'aussi bon, que le mélange d'un tiers de vin avec deux tiers d'eau. On peut réitérer quelques jours de suite; mais c'est une très mauvaise coutume, que de continuer à les laver ainsi tiedement. La base de la santé, c'est la régularité avec laquelle se fait la transpiration; pour obtenir cette regularité, il faut fortifier la peau, & les lavages tiedes l'affoiblissent. On augmente encore le mal en y mettant du beurre. Quand la peau a la force nécessaire elle fait toujours ses fonctions, & la transpiration ne se dérange pas à tous les changemens de tems. Pour parvenir à ce point important, il faut laver les enfans, peu de jours après leur naissance, avec de l'eau froide, telle qu'on l'apporte de la fontaine.

On se sert d'une éponge, & l'on commence par le visage, les oreilles, le derriere de la tête, (on évite la fontanelle), le col, les reins, tout le corps, les cuisses, les jambes, les bras, en un mot partout. Cette méthode usitée il y a tant de siecles, & pratiquée de nos jours, par plusieurs peuples qui s'en trouvent très bien, paroîtra révoltante à nombre de meres; elles croiront tuer leurs enfans, & elles n'auront point le courage, surtout de résister aux cris qu'ils font souvent pendant les premieres fois qu'on les lave. Mais si elles les aiment véritablement, elles ne peuvent pas leur donner une marque plus réelle de cette tendresse, qu'en surmontant, en leur faveur, cette répugnance. Les enfans les plus foibles sont ceux qui en ont le plus besoin; ceux qui sont très robustes peuvent s'en passer, & l'on ne peut croire, qu'après l'avoir vu souvent, combien cette méthode contribue à leur donner promptement des forces. J'ai le plaisir de voir, depuis que j'ai cherché à l'introduire ici que plusieurs meres, les plus tendres & les plus raisonnables, l'ont employée avec les plus grands succès. Les sages femmes qui en ont été les exécuteurs la répandent, & si elle peut devenir générale, je suis pleinement persuadé, qu'en conservant un très grand nombre d'enfans, elle contribuera à arrêter les progrès de la dépopulation. Il faut les laver très régulierement tous les jours, quelque tems, & quelque saison qu'il fasse; & dans la belle saison, les plonger dans des seaux, dans des bassins de fontaine, dans des ruisseaux, dans des rivieres.

Après quelques jours de pleurs, ils s'accoutument tous si bien à cet exercice, qu'il devient un de leurs plaisirs, & qu'ils rient pendant toute l'opération.

Le premier avantage de cette méthode, c'est comme je l'ai dit, d'entretenir la transpiration, & de rendre moins sensible aux impressions de l'air, mais de ce premier avantage, il résulte, qu'on les préserve d'un grand nombre de maux, surtout de la noueure, des obstructions, des maladies de la peau, & des convulsions; & on leur assure une santé ferme & robuste.