Dans ce moment on vient de ressusciter deux petits canards qui s'étoient noyés, par un bain de cendres chaudes. Celui de fumier peut aussi être utile.
Je viens d'apprendre, par un témoin oculaire, très digne de foi, & très éclairé, qu'il contribua efficacement à rappeller à la vie, un homme qui avoit été certainement six heures sous l'eau.
§. 371. Je finirai par un article qui se trouve dans un petit ouvrage imprimé à Paris, il y a vingt ans, par ordre du Roi; & auquel il n'y a sans doute aucune personne qui ne souscrive.
«Quoique le peuple soit assez généralement porté à la compassion, & quoiqu'il souhaitât de donner des secours aux noyés, souvent il ne le fait pas, parcequ'il ne l'ose. Il s'est imaginé qu'il s'exposeroit aux poursuites de la Justice. Il est donc essentiel qu'on sache, & on ne sauroit trop le redire, pour détruire le préjugé où l'on est, que les Magistrats n'ont jamais prétendu empêcher, qu'on tentât tout ce qui peut être tenté, en faveur des malheureux qui viennent d'être tirés de l'eau. Ce n'est que quand leur mort est très certaine, que des raisons exigent que la Justice s'empare de leurs cadavres.»
CHAPITRE XXIX.
Des corps arrêtés entre la bouche & l'estomac.
§. 372. Du fond de la bouche, les alimens passent dans un canal plus étroit, qu'on appelle l'œsophage, qui, en suivant l'épine du dos, va aboutir à l'estomac.
Il arrive souvent que plusieurs corps sont arrêtés dans ce canal, sans pouvoir ni descendre, ni remonter; soit parcequ'ils sont trop gros, soit parcequ'ils se trouvent avoir quelques pointes, qui, s'enfonçant dans les parois de l'œsophage, les empêchent de faire aucun mouvement.
§. 373. Il résulte de cet arrêt, des accidens très graves; qui font, souvent une douleur très vive dans la partie; d'autres fois un sentiment incommode, plutôt que douloureux; quelquefois des soulevemens de cœur inutiles; une angoisse extraordinaire; & si l'arrêt est tel que la glotte soit bouchée, ou la trachée artére comprimée, le malade ne peut pas respirer; il a des suffocations horribles, & le sang ne pouvant pas revenir de la tête, il devient rouge, livide; le visage, le col, se gonflent, l'oppression augmente, & il périt très promptement.
Quand la respiration n'est pas arrêtée ou gênée, si le passage n'est pas entierement bouché, & que le malade puisse avaler quelque chose, il vit très bien; & la maladie est alors une maladie particuliere de l'œsophage; mais si le passage est absolument fermé, & qu'on ne puisse point le déboucher pendant plusieurs jours, il en résulte une mort cruelle.
§. 374. Le danger ne dépend pas autant de la nature du corps qu'on avale, que de sa grosseur relativement au passage, de l'endroit où il s'arrête, & de la façon dont il s'arrête; & souvent les alimens tuent, pendant que les corps les moins faits pour être avalés, n'occasionnent pas de grands maux.