Un enfant de six jours, avala une dragée sucrée qui s'arrêta; il mourut d'abord. Un homme sentoit qu'un morceau de mouton s'étoit arrêté; pour n'effrayer personne, il sortit de table. Un moment après on veut savoir où il est, on le trouve mort. Un second périt par un morceau de gâteau; un troisieme par un morceau de couenne de jambon; un quatrieme par un œuf, qu'il avaloit par défi. Une chataigne, qu'un enfant avaloit entiere, le tua. Un second périt promptement étouffé (car c'est toujours d'étouffement qu'on périt si vite), par une poire qu'il avoit jettée en l'air, & reçue dans sa bouche. Une poire a aussi tué une femme. Un morceau de tendon, (ce qu'on appelle ordinairement nerf) resta arrêté huit jours, sans que le malade pût rien prendre. Au bout de ce tems, il tomba dans l'estomac, dégagé par la pourriture; mais le malade mourut bientôt après, tué par l'inflammation, la gangrene & la foiblesse.

§. 375. Quand un corps est arrêté, il y a deux moyens de le dégager; il faut ou le retirer, ou le pousser. Le plus sûr est toujours de le retirer; mais ce n'est pas toujours le plus aisé; & comme les efforts qu'on fait, fatiguent beaucoup le malade, & ont quelquefois des suites facheuses; que d'ailleurs le mal est souvent extrêmement pressant, il convient de pousser, si cela est plus aisé, & s'il n'y a point d'inconvéniens à faire entrer les corps arrêtés dans l'estomac.

Les corps qu'on peut pousser sans risque, sont tous les alimens ordinaires, le pain, les viandes, les gâteaux, les fruits, les legumes, les morceaux de boyaux. L'on peut aussi pousser le cuir. Ce n'est pas que de très gros morceaux de certains alimens, ne soient presque indigestibles; mais il est rare qu'ils soient mortels.

§. 376. Les corps qu'on doit chercher à retirer, quoique cela soit beaucoup plus pénible que de les pousser, sont tous ceux dont l'effet pourroit être très dangereux, & même mortel, si on les avaloit. De cette classe sont tous les corps indigestibles: le liege, les paquets de linge, les gros noyaux de fruits; les os, les bois, les verres, les pierres, les métaux; surtout si au danger de l'indigestibilité, se joignent ceux qui résultent de la figure de ces corps. Ainsi l'on doit retirer, principalement, les épingles, les éguilles, les arrêtes, les os pointus, les fragmens de verre, les ciseaux, les canifs, les bagues, les boucles. Il n'y a aucun de ces corps qui n'ait été avalé; & les accidens qui en résultent le plus ordinairement, sont de violentes douleurs dans l'estomac, & les intestins; des inflammations, des suppurations, des abcès, des ulceres, la fiévre lente, la gangrene, des coliques de miseréré, des abcès extérieurs, par lesquels ces corps ressortent, & souvent après beaucoup de maux, une mort cruelle.

§. 377. Quand les corps ne sont que peu avancés, & qu'ils se trouvent à l'entrée de l'œsophage, on peut essayer de les retirer avec les doigts, ce qui réussit souvent. S'ils sont plus avancés, il faut se servir de pincettes; les Chirurgiens en ont de plusieurs especes. L'on en a, dont quelques fumeurs se servent, qui seroient très commodes pour cela. L'on peut en faire très promptement avec deux morceaux de bois. Ce moyen est peu utile, si le corps est fort avancé dans l'œsophage, & si c'est un corps flexible, qui soit exactement appliqué, & remplisse tout le canal.

§. 378. Mais quand les doigts ou les pincettes échouent, ou ne peuvent pas être employés, il faut se servir des crochets. On en fait dans le moment, avec un fil de fer un peu fort, qu'on courbe par le bout; on l'introduit plat, & pour s'assurer de cette direction, on fait, au bout par lequel on le tient, un autre crochet, ou une anse dans le même sens; ce qui sert en même-tems, à l'assurer à la main par un fil: moyen qu'on devroit employer dans ce cas, pour tous les instrumens, afin d'éviter les malheurs arrivés plus d'une fois, quand ces instrumens échapent. Après que le crochet a passé l'obstacle, ce qui est presque toujours possible, on le retourne, & il accroche le corps qu'on amene en le retirant. Le crochet est aussi très commode, quand un corps un peu flexible, comme une épingle, ou une arrête, se sont mis en travers de l'œsophage; alors ce crochet, les prenant par le milieu, les courbe, & les dégage. S'ils étoient très fragiles, il serviroit à les casser; & alors, si les fragmens ne se dégageoient pas, on pourroit les retirer par quelqu'un des autres moyens.

§. 379. Quand ce sont des corps minces, qui n'occupent qu'une partie du passage, & qui pourroient aisément, ou échapper au crochet, ou par leur résistance le redresser, on se sert d'anneaux. On en fait de solides; ou de flexibles. On en fait de solides avec un fil de fer, ou un cordon de quelques fils d'archal très minces. Pour cela on plie ces fils en cercle par le milieu, où on ne les rapproche pas; mais on y laisse un anneau d'un doigt de diametre; on rapproche les branches l'une de l'autre, & on introduit l'anneau dans l'œsophage. On cherche à engager le corps, & alors on le ramene. On en fait aussi de très flexibles avec de la laine, des fils, des soies, de petites ficelles, qu'il convient de cirer, afin qu'ils aient un peu plus de consistance; on les attache fortement à un manche ou de fil de fer, ou de baleine, ou de bois flexible; on les introduit, on cherche à engager le corps, & on le retire. On met souvent plusieurs de ces anneaux de fils, passés l'un dans l'autre, afin d'engager plus surement le corps, qui entrera dans l'un, s'il échappe à l'autre. Cette espece d'anneau a un avantage, c'est que, quand on a engagé le corps, on peut alors, en tournant le manche, le serrer si fortement, dans l'anneau ainsi tordu, qu'on est le maître de le remuer en tout sens; ce qui est un avantage très considérable, dans un grand nombre de cas.

§. 380. Un quatrieme moyen, c'est l'éponge. La propriété qu'elle a de se gonfler en s'humectant, fonde son usage dans ce cas. Si un corps est arrêté sans remplir toute la cavité de l'œsophage, on fait passer une éponge, par le vuide qui reste, au-delà de ce corps; elle se gonfle bientôt dans cet endroit humide, & l'on peut même en hâter le gonflement, en faisant avaler quelques gouttes d'eau; alors, en la retirant au moyen du manche qui a servi à l'introduire, comme elle est trop grosse pour ressortir par le même endroit par lequel elle étoit entrée, elle entraine avec elle le corps qui lui fait obstacle, & par-là elle débouche le gosier.

Comme l'éponge seche peut se resserrer, on a quelquefois profité de ce moyen pour en faire passer un morceau assez gros par un fort petit espace. On la resserre, en l'entourant fortement, avec un fil ou un ruban, qu'on peut desserrer très aisément, & retirer quand l'éponge a passé. On l'assujettit aussi dans un morceau de baleine, fendu en quatre à un bout, & qui ayant beaucoup de ressort, resserre sur l'éponge; on accommode la baleine de façon qu'elle ne puisse pas blesser; l'éponge est également attachée à un cordon très fort, afin qu'après l'avoir dégagée de la baleine, le Chirurgien puisse la retirer. On s'est aussi servi de l'éponge d'une autre façon. Quand il n'y a pas de place pour la faire passer, parceque le corps remplit tout le canal, & que ce corps n'est point accroché, mais seulement engagé par la petitesse du passage, on introduit un morceau d'éponge un peu gros dans l'œsophage, jusques près du corps avalé; alors cette éponge se gonfle, elle dilate le canal en dessus du corps, on la retire un peu, mais très peu, & le corps étant moins pressé en dessus qu'en dessous, quelquefois le resserrement de la partie inférieure de l'œsophage, peut le faire remonter; & dès qu'un premier dégagement est fait, le reste s'opere aisément.

§. 381. Enfin quand tous ces moyens sont inutiles, il en reste un autre, c'est de faire vomir le malade; mais ce remede ne peut gueres être utile que pour les corps engagés. Dans les cas où ils seroient accrochés ou plantés, il pourroit faire du mal.