Si l'on peut avaler, on fait vomir en donnant le remede [No. 8], ou un remede émétique. L'on a dégagé, par ce moyen, un os arrêté depuis vingt-quatre heures.

Quand on ne le peut pas, on doit essayer si l'irritation d'une plume promenée dans le fond de la gorge produira cet effet; ce qui n'arrivera pas si le corps comprime fortement tout l'œsophage; & en ce cas, il faut donner un lavement de tabac. Un homme avala un gros morceau de poulmon de veau, qui s'arrêta au milieu de l'œsophage & bouchoit exactement le passage. Un Chirurgien essaya inutilement un très grand nombre de moyens. Un second voyant leur inutilité, & le malade ayant «le visage noir & tuméfié, les yeux pour ainsi dire hors de la tête, tombant dans des syncopes fréquentes avec des mouvemens convulsifs, il lui fit donner en lavement la décoction d'une once de tabac en corde; ce remede procura un vomissement violent, qui fit rejetter le corps étranger, qui alloit causer la mort du malade.»

Un sixieme moyen, que je ne crois point qu'on ait employé, mais qui pourroit être très utile dans plusieurs cas, quand les corps avalés ne sont pas trop durs, & qu'ils sont fort gros, ce seroit de fixer un tire-boure solidement à un manche flexible, & à un fil ciré, afin qu'on pût le retirer, supposé qu'il quittât le bâton, il seroit aisé, sur tout si le corps n'étoit pas extrêmement bas, d'y planter le tire boure, & de le retirer par ce moyen.

L'on a vu une épine fixée dans la gorge, dégagée & rejettée en riant.

§. 382. Dans le cas du [§. 375], quand il convient de pousser les corps, on emploie ou des porreaux, qui ont l'avantage de se trouver par-tout, mais qui sont sujets à se casser, ou une bougie huilée & tant soit peu chauffée, afin qu'elle soit flexible, ou une baleine, ou un fil de fer, dont on épaissit dans le moment un des bouts avec du plomb fondu, ce qui est très vite fait. L'on peut employer, avec le même succès, quelques bâtons de bois flexible, comme le bouleau, le coudrier, le frêne, le saule, une sonde flexible, une baguette de plomb. Tous ces corps doivent être très unis & polis, afin qu'ils n'occasionnent point d'irritation. Quelquefois dans cette vue on les enveloppe avec un boyau mince de mouton. L'on attache quelquefois au bout une éponge, qui remplissant tout le canal, entraine tous les obstacles qu'elle rencontre.

L'on fait aussi quelquefois dans ces cas, avaler de gros corps, comme de la mie ou de la croute de pain, un navet, une tige de laitue, une bale, dans l'espérance qu'ils entraineront l'obstacle; mais ce sont des moyens bien foibles, & si on les fait avaler sans les avoir assujettis à un fil, il est à craindre que, s'arrêtant eux-mêmes, ils ne doublent le mal.

Il est arrivé quelquefois, fort heureusement, que les corps qu'on vouloit pousser s'engageoient dans la bougie, ou dans le porreau dont on se servoit pour les pousser, & ressortoient avec: mais cela n'arrive qu'aux corps pointus.

§. 383. S'il est impossible de retirer les corps [§. 376], & tous ceux qu'il est dangereux d'avaler, il faut alors, de deux maux choisir le moindre, & courir les risques de les pousser, plutôt que de laisser périr horriblement le malade en peu de momens. L'on doit d'autant moins balancer à prendre ce parti, qu'un grand nombre d'exemples prouvent, que, s'il est arrivé souvent de grands maux, après avoir avalé ces corps, & même une mort cruelle, d'autrefois ils n'ont occasionné que peu ou point d'accidens.

§. 384. Il arrive quand ces corps ont été avalés, de quatre choses l'une; ou ils ressortent avec les excrémens au bout de peu de tems, sans avoir occasionné presque aucun mal, ou cette sortie ne se fait que long-tems après, & est précédée par beaucoup de douleurs. L'on a vu ressortir peu de jours après, sans avoir souffert, un os de jambe de poule, un noyau de pêche, un couvercle de boëte de thériaque, des épingles, des aiguilles, des monnoies de toute espece, une petite flûte longue de quatre pouces, elle causa de vives douleurs pendant trois jours, & sortit heureusement; des couteaux, des rasoirs, une boucle de souliers. J'ai vu il n'y a que peu de jours, un enfant de deux ans & demi, qui avala un clou long de plus d'un pouce, & dont la tête avoit plus de trois lignes de largeur; il s'arrêta quelques momens au col, mais il passa pendant qu'on vint me chercher, & ressortit pendant la nuit, avec une selle, sans avoir occasionné aucun accident. Plus récemment encore, un os entier d'aîleron de poulet n'a occasionné qu'un peu de douleur d'estomac pendant trois ou quatre jours. Quelquefois ces corps restent plus long-tems, & ne ressortent qu'au bout de plusieurs mois, & même des années, sans avoir cependant fait aucun mal.

§. 385. L'événement n'est pas toujours si heureux; quelquefois ils ressortent naturellement, mais ce n'est qu'après avoir fait souffrir les douleurs les plus vives dans l'estomac & les boyaux. Il arrive quelquefois que ces corps, après avoir parcouru tous les intestins, sont arrêtés au fondement, & occasionnent de fâcheux accidens, mais auxquels un chirurgien adroit peut presque toujours remédier, s'il est possible de les couper, comme des os minces, des machoires de poissons, des épingles, ils sortent alors avec beaucoup de facilité.