§. 386. Une seconde terminaison, c'est quand ces corps ne ressortent point, mails occasionnent des accidens fâcheux qui tuent le malade, & il y a beaucoup de ces cas. Une Demoiselle ayant avallé des épingles qu'elle tenoit dans sa bouche, une partie ressortit par les selles; mais l'autre partie perça les intestins, & même le ventre avec des douleurs inouies; la malade périt au bout de trois semaines. Un homme avala une aiguille, elle perça l'estomac, pénétra dans le foie, & fit périr le malade en consomption. L'on mange tous les jours des noyaux, mais on a des exemples de gens chez lesquels il s'en est fait des amas, qui sont devenus cause de mort après beaucoup de douleurs.

§. 387. Le troisieme cas, c'est quand ces corps ressortent avec les urines. Ces cas sont rares; l'on en a cependant quelques exemples. Une épingle de moyenne grandeur, ressortit en urinant trois jours après, & l'on a rendu, par la même voie, un petit os, des noyaux de cerises, de prunes, & même un de pêche.

§. 388. Enfin le quatrieme cas, c'est quand ils percent l'estomac ou les boyaux, & qu'ils vont jusqu'à la peau, occasionnent un abcès, & se font jour eux-mêmes, ou sont tirés en ouvrant l'abcès. Ils sont souvent très long-tems à faire ce trajet. Quelquefois les douleurs sont continues, d'autres fois le malade souffre pendant quelque tems, les douleurs cessent & recommencent. L'abcès se forme ou sur l'estomac, ou dans d'autres parties du ventre; quelquefois même ces corps, après avoir percé les intestins, font des routes singulieres, & vont ressortir loin du ventre. Une aiguille avallée ressortit au bout de quatre ans à la jambe.

§. 389. Tous ces exemples, & une foule d'autres, de morts cruelles après des corps avalés, prouvent la nécessité d'être sur ses gardes à cet égard, & déposent contre l'imprudence horrible, j'oserois dire criminelle, de s'amuser de jeux qui peuvent occasionner ces malheurs, ou même de tenir dans la bouche des corps, qui échappans, deviennent cause de mort. Peut-on, sans frémir, mettre dans la bouche des aiguilles & des épingles, quand on pense aux maux horribles & à la mort cruelle qu'elles peuvent occasionner?

§. 390. L'on a vu plus haut, que quelquefois les corps arrêtés étouffoient le malade; d'autrefois on ne peut pas les faire passer, mais ils restent dans l'œsophage, sans que le malade meure, au moins d'abord. Cela arrive quand ils sont situés de façon qu'ils ne compriment pas la trachée artere, & qu'ils n'empêchent pas le passage des alimens; ce qui ne peut gueres arriver qu'aux corps pointus. Ces corps ainsi arrêtés, quelquefois occasionnent sans beaucoup de violence, une petite suppuration qui les dégage; ils ressortent par la bouche, ou tombent dans, l'estomac. D'autrefois ils occasionnent une inflammation prodigieuse qui tue le malade; ou si la matiere de l'abcès se porte en dehors, il se forme une tumeur à l'extérieur du col; on l'ouvre, & le corps ressort par-là. D'autres enfin se font une route qu'ils parcourent avec peu ou point de douleurs, & ils vont ressortir derriere le col sur la poitrine, à l'épaule, enfin en différens endroits.

§. 391. Quelques personnes étonnées des marches singulieres de ces corps, qui, par leur volume, & surtout par leur figure, paroissent ne pouvoir s'introduire dans le corps qu'en le détruisant, souhaiteront qu'on leur explique comment & où ces corps font leur route; l'on me permettra en leur faveur une courte digression; elle est peut-être d'autant moins hors de mon plan, qu'en faisant disparoître le merveilleux de la chose, elle fera tomber le préjugé superstitieux qui a souvent attribué aux sortiléges des faits de cette espece, qui s'expliquent avec beaucoup de facilité. Cette même raison est une de celles qui m'ont déterminé à étendre autant ce chapitre.

L'on trouve sous la peau, dans quelqu'endroit qu'on l'ouvre, une membrane composée de deux lames, séparées l'une & l'autre par de petites cellules qui communiquent toutes les unes aux autres, & qui sont remplies plus ou moins de graisse. Il n'y a aucune graisse dans tout le corps, qui ne soit renfermée dans cette membrane, qu'on appelle membrane graisseuse. Non-seulement elle se trouve sous la peau, mais de-là, en se repliant de différentes façons, elle se répand dans tout le corps, elle sépare tous les muscles, elle fait partie de l'estomac, des boyaux, de la vessie, de tous les visceres, c'est elle qui forme ce qu'on appelle la coeffe, ou dans les animaux, penne; elle fournit une enveloppe aux veines, aux arteres, aux nerfs. Dans quelques endroits elle est très épaisse & remplie de beaucoup de graisse; dans d'autres elle est extrêmement mince & dénuée de graisse; par tout elle est privée de tout sentiment. On pourroit se la représenter comme une couverture piquée, dont le coton est inégalement distribué; dans quelques endroits il y en a beaucoup; dans d'autres il n'y en a point, & les deux doubles se touchent. C'est dans cette membrane que se font les mouvemens de ces corps étrangers, & comme la communication est générale, il n'est point étonnant qu'ils aillent d'un endroit à un autre très éloigné, en parcourant de très longs chemins. Les officiers & les soldats sentent très fréquemment des bales qu'on n'a pas pû faire sortir, faire des trajets considérables.

La communication générale entre toutes les parties de cette membrane, est démontrée par un fait qui se réitere tous les jours contre les loix de la Police, les bouchers font une petite incision à la peau d'un veau, à laquelle ils appliquent un soufflet; ils soufflent fortement, & il n'y a pas une partie de tout le veau qui ne se ressente de ce gonflement artificiel. Des scélérats se sont servis de cette indigne manœuvre, pour rendre monstrueux des enfans qu'ils faisoient voir ensuite pour de l'argent. C'est dans cette membrane que les eaux des hydropiques sont ordinairement épanchées, & dans laquelle elles suivent les mouvemens que leur imprime la pesanteur. L'on demandera; cette membrane étant traversée en différens endroits par des nerfs, des veines, des arteres, &c. qui sont des parties dont les blessures occasionneroient nécessairement des accidens fâcheux; comment n'en arrive-t-il pas? Je répons 1. que ces accidens arrivent quelquefois. 2. Qu'ils doivent cependant arriver rarement, parceque toutes ces parties qui traversent la membrane graisseuse, étant plus durs que la graisse, ces corps doivent presque nécessairement, quand ils les rencontrent, être détournés vers les graisses qui les entourent, où la résistance est beaucoup moins considérable, & cela d'autant plus sûrement, que ces corps sont toujours cilindriques.

§. 392. A tous les secours que j'ai indiqués jusqu'à présent, je dois ajouter encore quelques conseils généraux.

1o. Il est souvent utile & même nécessaire de faire une ample saignée du bras, surtout quand la respiration est extrêmement gênée, ou quand l'on ne peut pas réussir d'abord à déplacer le corps; parcequ'alors la saignée prévient l'inflammation que produiroient les irritations fréquentes. Il peut arriver que la saignée, qui jette toutes les parties dans le relâchement, opere sur-le-champ le dégagement du corps.