2o. Quand on voit que toutes les tentatives, pour retirer ou pour pousser, sont inutiles, il faut les cesser; parceque l'inflammation qu'on occasionneroit, seroit aussi fâcheuse que le mal même, & que l'on a des exemples de gens morts à cause de cette inflammation, quoique le corps eût été déplacé.

3o. Pendant qu'on fait ces tentatives, il faut faire avaler souvent au malade, ou injecter avec un canal courbe qui aille plus loin que la glotte, quelque liqueur fort émolliente, comme de l'eau tiede, ou pure, ou mêlée avec du lait, ou une décoction d'orge, de mauve, de son. Il en résulte ce double avantage; c'est que l'on adoucit par-là les parties irritées, ce qui retarde l'inflammation; & en second lieu souvent une injection faite avec force, réussit mieux pour dégager un corps charnu, que toutes les tentatives avec des instrumens.

4o. Quand on est obligé de laisser dans la gorge un corps arrêté, il faut conduire le malade tout comme s'il avoit une maladie inflammatoire; le saigner, le mettre au régime; lui envelopper tout le col avec des cataplasmes émolliens. Il convient d'employer la même méthode, quoique le corps soit déplacé, si l'on a lieu de croire qu'il y a de l'inflammation dans l'œsophage.

5o. Quelquefois un peu de mouvement dégage mieux que les instrumens. L'on sait qu'un coup de poing derriere l'épine, a souvent dégagé des corps fortement arrêtés, & j'ai deux exemples que les malades qui avoient des épingles arrêtées, étant montés à cheval, pour aller, de la campagne, chercher du secours dans la ville voisine, sentirent le corps se dégager après une heure de marche; l'un le cracha; l'autre l'avala sans mauvaise suite.

6o. Quand le danger de suffocation est pressant, que la saignée est insuffisante, qu'on n'a point d'espérance de dégager promptement le col, & que la mort est proche, si l'on ne rend pas la respiration au malade; il faut, sur-le-champ, faire la bronchotomie; c'est-à-dire ouvrir la trachée artere; ce qui n'est ni difficile pour un Chirurgien un peu entendu, ni fort douloureux.

7o. Quand le corps arrêté passe dans l'estomac, il faut d'abord mettre le malade à un régime très doux, éviter tous les alimens âcres, irritans, chauds; le vin, les liqueurs; ne prendre que peu d'alimens à la fois; n'en point prendre de solides, qu'après les avoir extrêmement mâchés. Le meilleur régime seroit de vivre de soupes farineuses, de quelques légumes, d'eau & de lait; ce qui vaut beaucoup mieux que l'usage des huiles.

§. 393. L'auteur de la nature a pourvu à ce qu'en mangeant, rien ne passât par la glotte, dans la trachée artere; ce malheur arrive cependant quelquefois. Il survient dans le moment une toux continue & violente, une douleur aigüe, une suffocation; tout le sang se porte à la tête; le malade est angoissé & agité par des mouvemens violens & involontaires, il meurt quelquefois sur-le-champ. Un grenadier hongrois, cordonnier de son métier, travailloit & mangeoit en même-tems, il tomba de sa chaise sans dire un seul mot; ses camarades appellerent du secours, des Chirurgiens arriverent aussi tôt; il ne donna, malgré plusieurs secours, aucun signe de vie. On trouva dans le cadavre un morceau de viande de bœuf fort gros qui étoit enfoncé dans la trachée artere, qu'il bouchoit si exactement, qu'elle ne pouvoit laisser passer le moindre air au poulmon.

§. 394. Il faut frapper fréquemment sur l'épine du dos, occasionner quelques efforts pour vomir, faire éternuer avec du poivre blanc, du muguet, de la sauge, des tabacs céphaliques quelconques, qu'on souffle fortement dans les narines. Un pois jetté en badinant dans la bouche, entra dans la trachée artere, & ressortit en faisant vomir avec de l'huile. Un petit os fut chassé en faisant éternuer avec de la poudre de muguet. Enfin si ces secours ne réussissent pas d'abord, il faut, sans hésiter, faire la bronchotomie (voyez le §. précédent [No. 6].). L'on a retiré par ce moyen des os, une féve, une arrete, & sauvé par-là les malades.

§. 395. L'on tente tout, quand il s'agit de la vie humaine. Dans le cas où un corps ne pourroit ni être dégagé de l'œsophage, ni y rester sans tuer promptement le malade, l'on a proposé de faire une incision à l'œsophage même, par laquelle on le tireroit, & d'employer le même moyen lorsqu'un corps tombé dans l'estomac, seroit de nature & occasionneroit des accidens propres à tuer promptement le malade. Quand l'œsophage est fermé, on nourrit par des lavemens de bouillon.

CHAPITRE XXX.
Maladies chirurgicales. Des brulures, des Plaies, des Meurtrissures, des Ulceres, des Membres gelés, des Hernies, des Clous, des Panaris, des Verrues & des Cors.