§. 396. Les paysans sont exposés par leurs travaux, à plusieurs accidens extérieurs; coupures, meurtrissures &c. qui, quelques graves qu'ils soient, se termineroient presque toujours aisément, & cela par une suite de la nature du sang, qui a ordinairement beaucoup moins d'âcreté que dans les villes; mais un traitement pernicieux rend souvent facheux les maux les plus legers en eux-mêmes; & j'ai vu un si grand nombre de ces malheurs, qu'il me paroit nécessaire d'indiquer ici le traitement qui convient à ces maux externes, quand ils n'exigent pas nécessairement la main du Chirurgien. Je dirai aussi un mot de quelques maladies extérieures, qui dépendent cependant d'une cause interne.
Des Brulures.
§. 397. Quand la brulure est très legere, & qu'il n'y a point de vessie levée, il suffit d'y mettre une compresse trempée dans l'eau fraiche, & de la changer tous les quarts d'heures, jusques à ce qu'on ne sente plus de douleur. Quand il s'est levé une vessie, il faut y faire une très petite ouverture, qui laisse écouler l'humeur, & l'on applique dessus une compresse de linge très fin, enduite de la pommade [No. 63], qu'on change deux fois par jour. Si la peau est brulée & les chairs mêmes endommagées, il faut se servir de la même pommade; mais au lieu d'une compresse, il faut se servir de charpie, qui s'applique plus exactement; & par dessus la charpie, on met une simple toile cirée, que chacun peut aisément préparer, [No. 64], ou, si l'on veut, un sparadrap, [No. 65]. Mais indépendamment de ces secours extérieurs, qui sont les plus efficaces qu'on puisse employer; quand la brulure est très forte & très enflammée, & qu'on craint les progrès & les suites de cette inflammation, il faut employer les mêmes remedes que dans les fortes inflammations. L'on doit faire une saignée, & mettre au régime; ne faire boire que les ptisanes [No. 2] ou [4], & donner tous les jours deux lavemens simples.
Quand le mal est proche de sa fin, & qu'il ne reste plus qu'une très petite plaie, il suffit d'appliquer le sparadrap [No. 65].
Des Plaies.
§. 398. Si une plaie a pénétré dans l'intérieur des cavités, & a blessé quelque partie contenue dans la poitrine & dans le ventre; si sans pénétrer dans les cavités, elle a ouvert quelque grosse artere; si elle a blessé quelque nerf, ce qui occasionne des accidens beaucoup plus violens qu'ils ne devroient être sans cela; si elle est allée jusques à l'os, & qu'il ait souffert; enfin s'il survient quelque symptôme extraordinaire, il faut nécessairement appeller un Chirurgien. Mais quand la plaie n'est accompagnée d'aucune de ces circonstances, qu'elle n'intéresse que la peau, les graisses, les chairs, & des petits vaisseaux, l'on peut la panser aisément sans secours, parcequ'ordinairement tout se réduit à la préserver des impressions de l'air, & à donner cependant issue au pus.
§. 399. Si le sang ne sort d'aucun vaisseau considérable, mais coule à-peu-près également de tous les points de la plaie, on peut hardiment le laisser couler, pendant qu'on prépare promptement de la charpie. Quand elle est prête, on en met ce qu'on peut dans la plaie, sans la presser, ce qui seroit très facheux, & auroit les mêmes inconvéniens que les tentes & les bourdonnets; on la couvre avec une compresse huilée avec un peu d'huile d'olive, ou la toile cirée [No. 64], je préfere la compresse pour les premiers pansemens; & l'on soutient le tout avec une bande large de deux doigts, longue proportionnellement au volume de la partie qu'il faut bander, & qu'on serre assez pour qu'elle ne se dérange pas; assez peu, pour qu'elle n'occasionne aucune inflammation. On laisse cet appareil vingt-quatre heures; les plaies étant d'autant plutôt guéries, qu'on les panse moins souvent. Alors on ôte la charpie qu'on peut ôter aisément; & s'il y en a qui se soit attachée par le dessechement du sang, on la laisse, l'on se contente d'en remettre un peu de nouvelle, & le reste du pansement se fait comme la premiere fois.
Au bout de vingt-quatre heures, on trouve ordinairement la premiere charpie détachée, & la plaie commence à suppurer. On continue à y mettre un peu de charpie, point serrée, & d'appliquer la toile cirée. Quand la plaie est devenue tout-à-fait superficiele, il suffit d'appliquer la toile cirée, ou le sparadrap [No. 65], sans charpie.
Les personnes qui ont quelque prédilection pour les huiles impregnées des vertus de quelques plantes, peuvent, si cela augmente leur confiance, employer celles de millepertuis, de trefle, de lis, de camomille, de balsamines, de roses rouges.
§. 400. Quand la plaie est considérable, on doit s'attendre qu'elle s'enflammera, avant que la suppuration, qui alors paroit plus tard, ait pû s'établir, & que cette inflammation sera accompagnée de douleurs, fiévre, quelquefois de rêveries; il faut dans ce cas, au lieu de la compresse ou de la toile cirée, appliquer un cataplasme de mie de pain & de lait, dans lequel on met un peu d'huile, afin qu'il ne s'attache pas; & on le change, sans toucher à la plaie, deux & même trois fois par jour.