§. 401. S'il y avoit quelque vaisseau un peu gros ouvert, il faudroit appliquer dessus un morceau d'agaric de chêne, [No. 66], dont on devroit avoir par-tout. On le contient en appliquant dessus beaucoup de charpie, & en couvrant le tout avec une grosse compresse, & un bandage un peu plus serré qu'à l'ordinaire. Si cela ne suffisoit pas, & que la plaie fût à un bras, ou à une jambe, il faudroit faire une forte ligature, en dessus de la plaie, avec un tourniquet, qui se fait dans le moment, avec un écheveau de fil, ou de chanvre, qu'on passe autour du bras en forme d'anneau; on introduit entre deux une piece de bois épaisse d'un pouce, & longue de quatre ou cinq, & en tournant cette piece de bois, on serre autant que l'on veut; tout comme le paysan serre un tonneau, ou une piece de bois sur sa charette, avec la chaîne & le levier ou garrot. Mais il faut avoir soin; 1. d'arranger l'écheveau de façon qu'il conserve une largeur de deux pouces; & 2. de ne pas serrer assez fort pour occasionner une inflammation, qui dégénereroit bientôt en gangrene.

§. 402. Tous les éloges prodigués à une quantité d'onguens, sont une pure charlatannerie; l'art ne contribue pas le moins du monde à la guerison des plaies; c'est la nature qui fait tout; & tout ce que nous pouvons, c'est d'éloigner les obstacles qui s'opposent à la réunion. Pour cela, s'il y a quelque corps étranger dans la plaie, comme fer, plomb, bois, verre, morceaux d'habits & de linge, il faut les ôter, si l'on peut le faire avec beaucoup de facilité, si-non, il faut s'adresser à un bon Chirurgien, qui décide quel parti l'on doit prendre. Ensuite on panse comme je l'ai dit. Bien loin d'être utiles, il y a beaucoup d'onguens qui pourroient faire beaucoup de mal; & les seuls cas dans lesquels on doit en employer, c'est quand il y a dans la plaie quelques vices, qu'il faut détruire par des secours particuliers; mais une plaie fraiche, dans un homme sain, n'en veut point d'autres que ceux que je viens d'indiquer, & ceux du régime.

Les applications spiritueuses sont ordinairement nuisibles. Quand les plaies sont à la tête, au lieu de la compresse huilée, ou du sparadrap, on couvre la plaie avec une emplâtre de bétoine, ou si l'on n'en a point, on trempe la compresse dans du vin chaud.

§. 403. Comme les accidens qu'on a à craindre, sont ceux de l'inflammation, les secours qu'on doit employer, sont ceux qui détruisent cette maladie; la saignée, le régime, les rafraichissans, les lavemens. Quand la plaie est très legere, il suffit de ne rien prendre d'échauffant; & sur-tout il faut retrancher l'usage du vin & de la viande. Quand elle est considérable, & qu'on craint l'inflammation, il faut nécessairement faire une saignée, ordonner un repos total, & mettre au régime: quelquefois même, il faut réitérer la saignée. Ces secours sont sur-tout indispensablement nécessaires, quand la blessure a attaqué quelque partie intérieure; & il n'y a pas de remede plus sûr, qu'une diette extrêmement legere. Des malades jugés ne devoir vivre que quelques heures, après des plaies de la poitrine, du bas-ventre, des reins, ont été complettement guéris, en ne vivant, pendant plusieurs semaines, que de ptisane d'orge, ou d'autres ptisanes farineuses, sans sel, sans bouillon, sans aucun remede quelconque, & sur-tout sans onguents.

§. 404. Les baumes & les plantes vulnéraires si vantés, sont très nuisibles, pris intérieurement, parceque leur usage donne la fievre & qu'il faut l'abattre.

§. 405. Autant la saignée, faite modérément, est utile, autant son excès est nuisible. Les grandes blessures sont ordinairement accompagnées d'une hémorrhagie considérable, qui épuise déja le malade, & souvent la vitesse du pouls est une suite de cette hémorrhagie. Si, dans ces circonstances, l'on ordonne encore des saignées, l'on détruit totalement les forces; les humeurs croupissent, se corrompent; la gangrene survient, & le malade meurt misérablement, au bout de deux ou trois jours, par une suite des saignées, & non pas de la blessure. Le Chirurgien se glorifie de dix, douze, quinze saignées, & prouve que la blessure étoit nécessairement mortelle, puisque tant de sang répandu, n'a pas pu sauver le malade; pendant que c'est réellement cette profusion qui l'a tué. Les plaisirs de l'amour sont mortels aux blessés.

Des Meurtrissures.

§. 406. L'on appelle meurtrissure ou contusion, cassein, parmi le peuple, l'effet du coup d'un corps non tranchant, sur le corps de l'homme ou d'un animal; soit qu'il soit jetté contre l'homme, comme quand on reçoit un coup de pierre ou de bâton; soit que l'homme soit porté contre lui, comme dans une chûte; soit enfin que l'on se trouve serré entre deux corps, comme quand le doigt est pris entre la porte & le montant, ou tout le corps froissé entre une voiture & une muraille. Les meurtrissures sont encore plus fréquentes à la campagne que les plaies, & ordinairement plus dangereuses; d'autant plus que souvent on ne peut pas juger exactement de tout le mal, & que le désordre qui se manifeste d'abord, n'est qu'une petite partie du mal réel; souvent même il ne s'en manifeste point d'abord, & il ne se déclare que quand il n'est plus tems d'y remédier.

Il n'y a que quelques semaines, qu'un Tonnelier vint me consulter; sa respiration, sa physionomie, la vitesse, la petitesse & le peu de régularité de son pouls, me firent d'abord juger qu'il y avoit du pus dans la poitrine. Il alloit & venoit cependant encore, & travailloit même à quelques fonctions de son métier. Il avoit fait une chûte en remuant des tonneaux, & tout le poids de son corps avoit porté sur le côté droit de la poitrine. Il ne sentit cependant presque rien d'abord; mais quelques jours après, il commença à avoir une douleur sourde dans cette partie, qui continua & amena la gêne dans la respiration, la foiblesse, le mauvais sommeil, le manque d'appétit. Je lui ordonnai le repos; je lui défendis la viande & le vin, & je lui conseillai la ptisane d'orge, avec un peu de miel, bue abondamment. Il ne suivit exactement que le dernier conseil. Quelques jours après, l'ayant rencontré, il me dit qu'il se trouvoit mieux. Dans la même semaine, je sûs qu'on l'avoit trouvé mort dans son lit: l'abcès s'étoit surement rompu, & l'avoit étouffé.

Un jeune homme, emporté par un cheval, fut froissé contre la porte d'une écurie, sans ressentir d'abord aucun mal. Au bout d'une douzaine de jours, il eut les malaises qu'on a au commencement d'une fievre: l'on crut qu'il avoit une fievre putride, & il fut très mal traité pendant plus d'un mois. Enfin une consultation décida qu'il y avoit du pus dans la poitrine; on l'envoya chez lui, & l'opération de l'empyeme put heureusement le guérir. J'ai cité ces deux exemples, pour prouver le danger qu'il y a à négliger les coups violens.