Ces deux malades auroient évité vraisemblablement, l'un, la mort, l'autre, une maladie longue & cruelle, s'ils avoient pris, d'abord après l'accident, les précautions nécessaires dans ces cas.
§. 407. Quand une partie est meurtrie, il arrive de deux choses l'une, & ordinairement toutes deux à la fois, sur-tout si la meurtrissure est un peu considérable; ou les petits vaisseaux de la partie meurtrie sont brisés, & le sang qu'ils contenoient s'épanche dans le voisinage; ou, sans épanchement, ces vaisseaux perdent leur force, &, n'aidant plus la circulation, le sang croupit. Dans l'un & l'autre cas, si la nature, ou seule, ou aidée, n'y remédie pas, il survient une inflammation, suppuration de mauvaise espece, pourriture, gangrene, sans parler des accidens qui dépendent de la meurtrissure de quelque partie particuliere, comme nerf, gros vaisseau, os. L'on comprend aussi tous les dangers de la meurtrissure, quand elle a attaqué quelque partie intérieure, & que le sang s'est épanché, ou que la circulation ne se fait plus dans quelque partie importante à la vie: c'est-là la cause de la mort subite des personnes qui ont fait quelque chûte violente, ou reçu quelques corps pesants sur la tête, ou quelques coups, sans qu'il paroisse aucun mal extérieurement.
L'on a plusieurs exemples de morts subites après un coup de poing sur le creux de l'estomac, qui occasionnoit la rupture de la ratte: c'est parceque les chûtes occasionnent une legere meurtrissure générale, tant intérieure qu'extérieure, qu'elles ont quelquefois des suites si fâcheuses, sur-tout pour les vieillards, chez lesquels la nature, déja affoiblie, ne rétablit point les désordres; aussi l'on en voit plusieurs, qui, ayant joui d'une excellente santé, la perdent au moment d'une chûte, qui paroit d'abord ne leur faire aucun mal, & languissent continuellement jusques à leur mort, que ces accidens accelerent presque toujours.
§. 408. Il y a pour les meurtrissures, des remedes internes & externes. Quand le mal est leger, & qu'il n'y a point eu de secousse générale, qui ait pu occasionner des meurtrissures intérieurement, les remedes externes suffisent. Ils doivent être propres 1o. à résoudre ce sang épanché, qu'on voit d'une maniere si marquée, & qui, de noir qu'il est un peu après la contusion, devient successivement brun, jaune, grisâtre, à mesure que la grosseur diminue: elle disparoît enfin totalement, & la peau reprend sa couleur, sans que ce sang soit sorti extérieurement; mais peu-à-peu il se dissout, & il est repompé par les vaisseaux. 2o. A redonner un peu de force aux vaisseaux. Le meilleur, c'est le vinaigre, mêlé, s'il est fort, avec le double d'eau tiede. Dans ce mêlange, on trempe des linges, qui servent à envelopper la partie meurtrie, & qu'on change toutes les deux heures, pendant le premier jour.
L'on applique aussi, avec grand succès, le persil, le cerfeuil, l'artichaud sauvage, legerement concassés; & ces remedes sont à préférer au vinaigre, quand il y a, en même tems, plaie & meurtrissure: l'on peut aussi appliquer les cataplasmes [No. 67].
§. 409. L'on est dans l'usage d'employer d'abord les liqueurs spiritueuses, telles que l'eau de vie, l'eau d'arquebusade; mais un long abus ne doit pas faire loi. Ces liqueurs qui épaississent le sang, au lieu de le dissoudre, sont réellement nuisibles, quoiqu'on les emploie quelquefois impunément dans les cas très legers. Souvent, en déterminant ce sang épanché vers les entre-deux des muscles, ou même en l'empêchant de s'épancher, & en le figeant dans les vaisseaux meurtris, elles paroissent guérir: mais ce n'est qu'en concentrant le mal, qui se reproduit sous une forme fâcheuse, au bout de quelques mois. J'ai vu de tristes exemples de ce cas; ainsi l'on ne doit jamais employer les remedes de cette espece, & le vinaigre doit les remplacer. L'on peut, tout au plus, quand on juge que tout le sang épanché est dissout & repompé, mêler un tiers d'eau d'arquebusade au vinaigre, afin de redonner un peu de force aux parties affoiblies.
§. 410. C'est une méthode encore plus pernicieuse, d'appliquer des emplâtres composées de graisses, de résines, de gommes, de terres, &c. Le plus vanté est toujours nuisible; & l'on a plusieurs exemples de contusions, extrêmement legeres, qui auroient été guéries en quatre jours, si on en avoit remis tout le soin à la nature, & que des emplâtres, appliqués par des ignorans, ont fait dégénérer en gangrene.
§. 411. L'on ne doit jamais ouvrir ces sacs de sang coagulé, qu'on apperçoit sous la peau, à moins de quelque raison pressante; parceque, quelques gros qu'ils soient, ils se dissipent peu à peu; au lieu qu'en les ouvrant, ils laissent quelquefois une ulcération dangereuse.
§. 412. Le traitement intérieur est précisément le même, que celui des plaies. Mais dans ce cas, la meilleure boisson, c'est le remede [No. 1], auquel on joint une dragme de nitre par pinte.
Quand quelqu'un a fait une violente chûte, qu'il a perdu connoissance, ou qu'il est fort étourdi; que le sang sort par les narines, ou par les oreilles, qu'il est fort oppressé, ou qu'il a le ventre fort tendu, ce qui dénote épanchement de sang dans la tête, la poitrine, ou le bas ventre, il faut sur-le-champ, en commençant par la saignée, employer tous les secours, [§. 403], & donner au malade le moins de mouvement qu'il est possible. Il faut surtout éviter de le secouer, ou de l'agiter, dans la vue de rappeller le sentiment; c'est exactement le tuer, en augmentant l'épanchement. Il faut fomenter tout le corps avec quelqu'une des décoctions indiquées. Quand le mal est à la tête, il faut les faire avec de l'eau & du vin, au lieu de vinaigre. L'on a vu des chûtes accompagnées de blessure & de fracture du crâne, avec les accidens les plus graves, se guérir par ces secours internes, & sans autres secours externes, que des fomentations aromatiques.