Un homme de Pully-petit vint me consulter, il y a quelques mois pour son pere, qui avoit fait une chute de dessus un arbre: il étoit depuis vingt-quatre heures sans sentiment, sans connoissance, & sans autre mouvement que des efforts fréquens pour vomir; il perdoit du sang par le nez & les oreilles; il n'y avoit point de mal extérieur, ni à la tête ni ailleurs. Heureusement on ne lui avoit rien fait. Je lui conseillai une ample saignée, & beaucoup de petit lait miellé, en boisson & en lavement; on exécuta ponctuellement l'ordonnance. Quinze jours après le pere vint à Lausanne, qui est à quatre lieues de Pully-petit, & me dit qu'il se portoit très bien. Il convient, dans toutes les contusions considérables, de purger avec quelque purgatif rafraichissant; comme Nos. [11], [22], [31], [46]. Le remede [No. 23], & le petit lait miellé sont excellens par la même raison.
§. 413. Dans ces circonstances, le vin, les liqueurs, tout ce qui anime, tue; ainsi il ne faut point s'impatienter de ce que les malades sont sans connoissance & sans sentiment. L'usage de la térébenthine peut faire plus de mal, que de bien. Si elle a été utile quelquefois, c'est en purgeant un malade, qui, peut-être en avoit besoin. Le blanc de baleine, le sang dragon, les yeux d'écrevisses, les graisses quelconques, sont des remedes au moins inutiles, & dangereux, si le cas est grave, soit par le mal réel qu'ils font, soit par le bien qu'ils empêchent de faire.
§. 414. Quand un vieillard a fait une chute, ce qui est d'autant plus dangereux, qu'il est plus âgé & plus replet, quoiqu'il ne paroisse point incommodé, il faut, s'il est sanguin, & encore vigoureux, lui faire une petite saignée de trois ou quatre onces; lui donner tout de suite quelques tasses d'une boisson un peu aromatique, qu'il boit chaude, comme de la melisse avec du miel, & le faire promener doucement. Il faut qu'il diminue un peu la quantité de ses alimens, pendant quelques jours, que deux fois par jour, il réitére sa boisson; & qu'il continue regulierement un petit exercice.
§. 415. Les entorses, ou foulures, qui arrivent très fréquemment, sont une espece de meurtrissure, occasionnée par le violent frottement des os, contre les parties voisines; & quand les os se remettent d'abord à leur place, le mal ne doit être traité, que comme contusion; s'ils ne se remettent pas, il faut la main d'un Chirurgien.
Le meilleur remede, c'est la compresse de vinaigre & d'eau, & le parfait repos, jusques à ce que toute la contusion soit dissipée, & qu'on soit sûr qu'il n'y a point d'inflammation à craindre. Alors on fait bien de joindre au vinaigre, un peu d'eau de vie, ou d'eau d'arquebusade; & l'on doit porter la partie (c'est presque toujours le pied) bandée assez long-tems; sans quoi, elle fait souvent de faux mouvemens, ou elle reçoit de nouvelles entorses, qui l'affoiblissent journellement davantage; & si l'on néglige trop long-tems ce mal commençant, la force ne revient jamais en entier: & souvent il survient une legere enflure pour toute la vie.
Quand le mal est extrêmement leger, le bain d'eau froide est bon. Si on ne le fait pas dans le premier moment, ou si la contusion est forte, il est nuisible.
La méthode de rouler le pied nud sur quelque corps rond, est insuffisante quand les os ne sont pas parfaitement replacés, nuisible quand il y a contusion.
Il arrive tous les jours que les paysans s'adressent à des ignorans ou à des gens de mauvaise foi, qui trouvent, ou veulent trouver, un dérangement des os, là où il n'y en a point; & qui, par la violence avec laquelle ils manient ces parties, ou par les emplâtres dont ils les couvrent, y attirent une inflammation dangereuse, & changent en mal très grave, la crainte d'un mal très leger.
Ce sont ces mêmes gens, qui ont créé des maladies impossibles; telles que l'estomac & les reins ouverts. Mais ces grands mots effraient, & ils dupent plus aisément.