§. 416. Quand les ulceres dépendent d'une corruption générale de la masse du sang, on ne peut les guérir, qu'en détruisant la cause, qui les entretient; & c'est même une imprudence, que de vouloir les fermer par des remedes extérieurs, & un malheur, que de réussir.
Mais le plus souvent les ulceres, à la campagne, sont les restes de quelque plaie, de quelque meurtrissure, ou de quelques tumeurs mal traitées & surtout pansées avec des remedes trop âcres ou trop spiritueux. Les huiles rances, sont aussi une des causes, qui changent en ulceres rebelles, les plaies les plus simples; ainsi l'on doit les éviter, & les Apoticaires doivent avoir cette attention; quand ils préparent des onguens gras, qu'il convient de préparer souvent; parcequ'une grosse provision est rancie avant que d'être débitée, quoiqu'on eût employé de l'huile très fraiche en la préparant.
§. 417. Ce qui distingue les ulceres des plaies, c'est la dureté & la secheresse de leurs bords, & la nature de l'humeur qui en découle, qui, au lieu d'être un vrai pus, est une liqueur moins épaisse, moins blanche, qui exhale quelquefois une mauvaise odeur, & si âcre, que souvent, si elle touche la peau du voisinage, elle y produit de la rougeur, de l'inflammation, des boutons, des especes de dartres, & même de nouvelles ulcerations.
§. 418. Les ulceres qui durent trop long-tems, qui sont étendus, ou qui fluent beaucoup, minent le malade & le jettent dans une fiévre lente, qui le tue.
Quand un ulcere a duré long-tems, il est très dangereux de le tarir, & l'on ne doit jamais le faire, qu'en suppléant à cette évacuation, qui est presque devenue naturelle, par quelqu'autre; comme les purgations de tems en tems.
L'on voit tous les jours des morts subites, ou des maladies cruelles, après avoir arrêté tout-à-coup ces écoulemens, qui duroient depuis long tems; & quand quelque Charlatan, (tous ceux qui font cette promesse méritent ce nom) promet de guérir, en peu de jours, un ulcere invéteré, il prouve qu'il est un ignorant dangereux; qui, s'il réussissoit, rendroit un office mortel. L'on en voit qui appliquent des remedes extrêmement rongeans, & même arsenicaux; mais l'on voit aussi la mort la plus violente être la suite de ces applications dangereuses.
§. 419. Tout ce que l'art peut faire, relativement aux ulceres, c'est de les changer en plaies. Pour cela, il faut diminuer la dureté & la sécheresse des bords, & même de tout l'ulcere, & en ôter l'inflammation. Quelquefois ce vice est tel, qu'on ne peut amollir les bords, qu'en les scarifiant par des coups de lancette. Quand cela n'est pas nécessaire, il faut appliquer sur tout l'ulcere un plumaceau enduit de l'onguent [No. 68], & recouvrir, avec une compresse pliée en plusieurs doubles, trempée dans la liqueur [No. 69], qu'on change trois fois par jour, & le plumaceau seulement deux fois.
Comme j'ai dit que les ulceres étoient souvent le produit des remedes âcres & spiritueux, l'on sent qu'il faut absolument les éviter dans les traitemens; sans quoi l'on ne guérira jamais.
Il faut, pour avancer la guérison, éviter le salé, le vin, les épices, manger peu de viande, & entretenir la liberté du ventre par un régime de legumes, & par l'usage du petit lait miellé.
Quand les ulceres sont aux jambes, ce qui est très ordinaire, il est très important, aussi bien que dans les plaies des mêmes parties, de marcher peu, & de ne se tenir jamais debout sans marcher. C'est ici un de ces cas dans lesquels je souhaite que les personnes qui ont quelque crédit sur l'esprit du peuple, ne négligent rien pour lui faire comprendre la nécessité de prendre quelques jours d'un repos absolu, & lui prouver que bien loin que ce soit un tems perdu, c'est le tems de sa vie le plus chérement payé. La négligence à cet égard change les plaies les plus legeres en ulceres; les ulceres les moins fâcheux, en ulceres incurables; & il n'y a personne qui ne puisse trouver dans son voisinage, quelque famille réduite à l'hôpital, parcequ'on a négligé quelque mal de cette espece.