Je réitére que les ulceres qui viennent de cause interne, ou ceux qui viennent de cause externe, mais chez une personne d'un mauvais tempéramment, demandent souvent d'autres soins.

Des Membres gelés.

§. 420. Il arrive souvent dans les hyvers rigoureux, que quelques personnes sont saisies par un froid si fort, que les mains ou les pieds, ou ces deux parties à la fois gelent tout comme un morceau de viande exposé à l'air.

Si l'on se laisse aller au mouvement si naturel de les réchauffer, & surtout de réchauffer les parties gelées, tout est perdu. Il survient des douleurs insupportables, & une gangrene incurable. Il n'y a plus de ressource pour les sauver, que de leur couper les membres gangrenés.

L'on a vu, il n'y a que peu de tems, à Cossonay, le triste cas d'un homme qui eut les mains gelées. On lui appliqua chaudement des onguens gras; la gangrene suivit, & l'on fut obligé de lui couper les dix doigts.

§. 421. Il n'y a qu'un seul remede dans ce cas-là, c'est de mettre les malades dans un endroit où il ne puisse pas geler; mais où il fasse très peu chaud, & de leur appliquer continuellement, sur les parties gelées, de la neige si l'on en a, sinon de les laver continuellement, mais fort doucement, car toute friction forte seroit dangereuse, avec des linges trempés dans de l'eau de glace, à mesure qu'elle se fond. Ils s'apperçoivent peu-à-peu que le sentiment renaît; ils éprouvent une grande chaleur dans la partie, & commencent à en recouvrer le mouvement; alors on peut les porter dans un endroit un peu plus chaud, & leur donner quelques tasses de la potion [No. 13], ou de quelqu'autre de même espece.

§. 422. Il n'y a personne qui ne puisse juger du danger de la méthode échauffante, & de l'utilité de l'eau glacée, par une expérience qui se fait tous les jours. Les poires, les pommes, les raves gelées, mises dans l'eau prête à geler, reprennent leur premier état, & peuvent être mangées. Si on les met dans l'eau tiede, ou dans un endroit chaud, la pourriture, qui est une gangrene, s'en empare d'abord. Je joindrai ici une observation, qui fera mieux comprendre ce traitement, & en constatera l'efficacité.

«Un homme avoit une route de dix lieues à faire, par un tems froid, & un chemin plein de neige & de glace. Ses souliers lui manquerent; il fit les trois dernieres lieues à pieds nuds, & eut, dès la premiere demi lieue, des douleurs assez vives aux jambes & aux pieds, qui allerent en augmentant. Il arriva presque perclus des extrêmités inférieures. On le mit devant un grand feu, on échauffa bien un lit, & on l'y coucha. Les douleurs devinrent insupportables; il ne cessoit d'être dans de violentes agitations, & de pousser des cris perçans. On demanda un Medecin dans la nuit, qui trouva les doigts des pieds d'une couleur noirâtre, & commençant à perdre le sentiment. Les jambes & le dessus des pieds excessivement enflés, d'un rouge pourpre, varié de taches violettes, souffroient encore les douleurs les plus aigües. Le poulx étoit dur & fréquent, & le mal de tête très violent. Le Medecin fit apporter un seau d'eau de la riviere, & y fit ajouter de la glace; & il obligea le malade à plonger les jambes dedans: ce premier bain dura près d'une heure; & les douleurs, pendant ce tems là, furent moins violentes: une heure après il ordonna un second bain, & le malade s'y trouvant de nouveau soulagé, le prolongea deux heures. Pendant ce tems là, on enlevoit de l'eau du seau; & l'on y remettoit de la glace & de la neige. Les doigts des pieds, qui étoient noirs, devinrent rouges; les taches violettes des jambes se dissiperent, l'enflure diminua; les douleurs étoient legeres & avec intervalle. L'on réitera cependant six fois: après quoi il ne resta d'autre mal, qu'une sensibilité à la plante des pieds, qui empêchoit le malade de marcher. On lui fit quelques fomentations aromatiques, on lui fit boire une ptisane de salsepareille; (celle de sureau est toute aussi bonne & moins couteuse.) Le huitieme jour il fut parfaitement guéri, & s'en retourna le quinzieme jour, à pied.»

§. 423. Quand le froid est très fort, & qu'on y reste long-tems exposé, il tue; il congele le sang, & il en détermine une trop grande quantité au cerveau; ainsi on meurt d'apoplexie, & cette apoplexie commence par un sommeil: aussi le voyageur, qui se sent assoupi, doit redoubler d'efforts pour se tirer du danger éminent auquel il est exposé: ce sommeil, qui paroit devoir adoucir ses souffrances, seroit pour lui le dernier sommeil.

§. 424. Les remedes, dans ce cas, sont les mêmes que dans le cas précédent [§. 421], [422]. Il faut mettre le malade dans un endroit plutôt froid que chaud; le frotter avec de la neige, ou de l'eau glacée, l'on a même plusieurs exemples constatés, & ils sont fréquens dans les païs plus froids, qu'un bain d'eau très froide est très salutaire.