L'on a rappellé à la vie plusieurs personnes, qui avoient été dans la neige, ou exposé à l'air pendant une forte gelée cinq ou six jours, & qui ne donnoient aucun signe de vie, pendant plusieurs heures; ainsi il faut toujours essayer de donner du secours.
Des Hernies.
§. 425. Les Hernies, descentes, ruptures, que le païsan désigne, en disant, qu'il est rompu, sont quelquefois une maladie de naissance, plus souvent l'effet des cris excessifs, d'une toux forte, ou d'efforts réitérés pour vomir dans la premiere enfance. Dans la suite, elles sont produites à tout âge, ou par quelques maladies, ou par des efforts violens: elles sont beaucoup plus fréquentes chez les hommes, que chez les femmes; & l'espece la plus commune, la seule dont je me propose de dire un mot, c'est celle qui dépend du passage d'une partie des intestins, ou de la coëffe, dans les bourses.
Elle est aisée à connoître. Quand elle se trouve chez de petits enfans, on la guérit presque toujours en faisant porter constamment un bandage, qui ne doit être que de triege, avec une pelotte de linge, de crin, ou de son. Il faut en avoir au moins deux, afin de les changer de tems-en-tems, & avoir le plus grand soin de ne jamais le mettre, que quand l'enfant est couché sur le dos, & qu'on est sûr, que tout est bien rentré. Sans cette précaution, il feroit les plus grands maux.
L'on peut aider l'effet du bandage, en appliquant sur la peau dans le pli de l'aine, à l'endroit du passage, une emplâtre astringente quelconque, comme celui pour les fractures, ou celui dont j'ai parlé.
L'on ne doit point laisser monter à cheval les enfans, jusques à ce qu'ils soient entierement guéris.
§. 426. Dans un âge plus avancé, un bandage simplement de triege est insuffisant; il en faut un où il y ait du fer; &, quelque gênant qu'il paroisse d'abord, l'on s'accoutume bien vite à cet usage, & l'on n'en est plus incommodé.
§. 427. Les hernies acquierent quelquefois, un volume prodigieux; & la plus grande partie des intestins passe dans les bourses, sans aucun symptome de maladie; mais cela entraine une incommodité très grande, qui met ordinairement ces gens hors d'état de travailler; & quand le mal est aussi considérable, & en même tems invétéré, il y a ordinairement des obstacles, qui empêchent qu'il ne rentre tout à fait; l'usage du bandage est impossible, & ces infortunés sont condamnés à porter toute leur vie cette incommodité, qu'on peut un peu soulager, par l'usage d'un suspensoir, adapté à la taille de la hernie. Cette crainte d'augmentation, est une raison bien forte pour en arrêter le progrès dès les commencemens; il y en a une encore plus forte, c'est que les hernies sont susceptibles d'un accident, qui est très souvent mortel. Il arrive, quand la partie des intestins, qui est dans les bourses, s'enflamme, qu'alors, acquérant plus de volume, & se trouvant extrêmement comprimés, il survient des douleurs aigües; le volume étant plus considérable, le passage qui les avoit laissé sortir, ne peut les laisser rentrer; les vaisseaux mêmes étant gênés, l'inflammation augmente d'un moment à l'autre; la communication entre l'estomac & le fondement, est souvent entiérement interceptée; il ne passe rien: il survient des vomissemens continuels, (c'est l'espece de miséréré dont j'ai parlé [§. 301].) le hoquet, le délire, les défaillances, les sueurs froides, la mort.
§. 428. Cet accident des hernies arrive, quand les excrémens viennent à se durcir dans la partie des boyaux renfermés dans les bourses; quand le malade s'est échauffé par le vin, les liqueurs, le régime; quand il a reçu quelque coup sur cette partie, ou qu'il a fait quelque chute.
§. 429. Le meilleur remede est, 1o. dès qu'on s'apperçoit de cet accident, une très forte saignée, faite dans le lit, le malade étant couché sur le dos, la tête cependant un peu élevée, & les jambes un peu flechies, de façon que les genoux soient en l'air. C'est même l'attitude qu'ils doivent toujours conserver, autant qu'il est possible. Quand le mal n'est pas trop avancé, souvent la premiere saignée guérit radicalement, & les intestins rentrent dès qu'elle est faite. D'autres fois, cela ne réussit pas aussi bien, & il faut alors réitérer la saignée. 2o. On ordonne un lavement [No. 46]. Il faut appliquer sur toute la tumeur, des linges trempés dans l'eau glacée, & les changer constamment tous les quarts d'heures. Ce remede appliqué d'abord, a produit les plus grands effets; mais si le mal a duré violemment plus de dix ou douze heures, il est trop tard, & alors il convient mieux d'appliquer des flanelles trempées dans une décoction tiede de fleurs de mauve & de sureau, & les changer souvent. 3o. Quand ces secours ne sont pas suffisans, il faut essayer les lavemens de fumée de tabac, qui ont souvent dégagé des hernies qui résistoient à tout. Enfin, si ces remedes ne réussissent pas, il faut se déterminer à faire l'opération, sans perdre un seul moment; car ce mal tue quelquefois au bout de deux jours; mais pour cela il faut avoir un très bon Chirurgien.