L'on a vu ici une femme, morte depuis quelques années, qui entreprenoit effrontément cette opération, & tuoit les malades, après les tourmens les plus cruels, & l'amputation du testicule, que font toujours les Charlatans, & les Chirurgiens ignorans; mais qu'un Chirurgien entendu ne fait jamais dans ce cas.

Je ne parlerai point de la façon de la faire, parceque je ne pourrois pas m'étendre assez pour instruire un Chirurgien qui l'ignoreroit; & qu'un Chirurgien éclairé sait tout ce que je pourrois lui dire.

Des Furoncles ou Clous.

§. 430. Tout le monde connoît les furoncles, ou clous, qui font quelquefois souffrir beaucoup, s'ils sont gros, fort enflammés, ou situés de façon à gêner les mouvemens, ou les positions. Quand l'inflammation est très considérable, qu'il y en a plusieurs à la fois, qu'ils empêchent de dormir, il convient de se mettre à un régime rafraichissant, de prendre quelques lavemens, de boire beaucoup de ptisane [No. 2].

Si l'inflammation est très forte, on applique extérieurement un cataplasme de mie de pain & de lait, ou d'oseille un peu bouillie & pilée. Si elle est moins forte, l'on se sert de l'emplâtre de mucilage ou diachilon simple étendu sur de la peau. Le diachilon gommé est plus actif; mais chez quelques personnes, il augmente si fort les douleurs, qu'elles ne peuvent pas le soutenir.

Les furoncles, qui reviennent souvent, indiquent quelque vice dans le tempéramment, & souvent un vice assez considérable, & dont les suites pourroient être à craindre; ainsi il faut chercher à en connoître la cause, & à la détruire. C'est un détail que je ne puis pas donner ici.

§. 431. Le clou se termine ordinairement par la suppuration; mais c'est une suppuration d'une espece singuliere. Il s'ouvre d'abord dans son sommet, & il en sort quelques gouttes d'un pus tel que celui de tous les abcès, & alors on découvre ce qu'on appelle le germe ou le bourbillon; c'est une matiere purulente, mais si épaisse & si ferme, qu'elle a l'apparence d'un corps solide, & on la tire en entier, sous la forme d'un petit cilindre, comme de la moelle de sureau, de la longueur de quelques lignes, quelquefois même d'un pouce & au-delà. La sortie de ce bourbillon est suivie ordinairement de celle d'une certaine quantité de pus liquide, épanché au fond de la tumeur. Dès que cette évacuation est faite, les douleurs cessent entierement, & la grosseur disparoît au bout de peu de jours, en continuant le diachilon simple, ou l'onguent [No. 65].

Des Panaris.

§. 432. Le danger des panaris est beaucoup plus grand qu'on ne le croit ordinairement. C'est une inflammation à l'extrêmité d'un doigt, qui est souvent l'effet d'un peu d'humeur extravasée dans cette partie, soit par une meurtrissure, soit par une piquure; d'autres fois, il paroît qu'il n'a aucune cause extérieure, & qu'il est l'effet d'un vice intérieur.

L'on en distingue plusieurs especes, suivant l'endroit dans lequel l'inflammation commence; mais la nature du mal est toujours la même, & demande des remedes de même espece; ainsi les personnes qui ne sont ni Médecins, ni Chirurgiens peuvent se passer de la connoissance de ces divisions, qui, quoiqu'elles varient le danger, & l'opération du Chirurgien, n'influent point sur le traitement, dont l'activité doit être reglée par la violence des symptomes.