§. 433. Le mal commence par une douleur sourde avec un leger battement; sans enflure, sans rougeur, sans chaleur, mais bientôt la douleur, la chaleur, le battement deviennent insupportables. La partie devient extrêmement grosse & rouge; les doigts voisins, toute la main enflent. On observe, dans quelques cas, une fusée enflée & rouge, qui commençant à la partie malade, se continue presque jusques au coude, & il n'est pas rare, que les malades se plaignent d'une douleur très vive sous l'épaule. Ils ne dorment point, & la fiévre avec ses accidens, ne tardent pas à paroître. Si le mal est grave, le délire & les convulsions surviennent.
L'inflammation du doigt se termine, ou par la suppuration, ou par la gangrene. Quand ce dernier accident arrive, le malade est dans un danger très pressant, s'il n'est promptement secouru; & il a fallu, plus d'une fois, couper le bras, pour sauver la vie. Quand la suppuration se fait, si elle est très profonde, âcre, ou si les secours du Chirurgien arrivent trop tard, la derniere phalange du doigt est ordinairement cariée, & on la perd. Quelque leger qu'ait été le mal, il est rare que l'ongle ne périsse pas.
§. 434. Le traitement intérieur des panaris, est le même que celui des autres maladies inflammatoires. Il faut se mettre au régime, plus ou moins exactement, à proportion du degré de la fiévre; & si elle est très forte, & l'inflammation considérable, faire une ou plusieurs saignées.
Le traitement extérieur, consiste à diminuer l'inflammation, à amollir la peau, & à donner issue au pus, dès qu'il est formé. Pour cela l'on trempe long-tems le doigt dès les commencemens du mal, dans l'eau un peu plus que tiede; on reçoit aussi la vapeur de l'eau bouillante; en faisant cela presque continuellement, pendant le premier jour, on est souvent parvenu à dissiper entierement le mal. Mais malheureusement on croit que ces petits commencemens n'auront point de suites, & l'on se néglige, jusques à ce que le mal ait fait de grands progrès; alors il faut nécessairement qu'il suppure. On hâte cette suppuration, en enveloppant continuellement le doigt avec une décoction de fleurs de mauves cuites dans du lait, ou un cataplasme de mie de pain & de lait. On peut le rendre plus actif, en y ajoutant quelques oignons de lis, ou un peu de miel; mais il ne faut le faire que quand l'inflammation diminue, & que la suppuration commence; avant ce tems-là, tous les remedes âcres sont très dangereux. L'on emploie aussi à cette époque, le levain, qui hâte puissamment la suppuration. Le cataplasme d'oseilles, [§. 430], est très efficace.
§. 435. L'évacuation prompte du pus est très importante; mais c'est l'affaire du Chirurgien, parcequ'il ne convient point d'attendre que l'ouverture se fasse naturellement; d'autant plus que la peau étant quelquefois extrêmement dure, le pus se répandroit dans l'intérieur des chairs, avant qu'elle se perçât. Ainsi, dès qu'on soupçonne que le pus est formé, il faut voir un Chirurgien, qui décide du moment où l'ouverture doit se faire. Il vaut beaucoup mieux la faire un peu trop tôt, qu'un peu trop tard; & il vaut mieux qu'elle soit trop profonde que pas assez.
Quand l'ouverture est faite, on panse avec l'emplâtre [No. 65], étendu sur une toile, ou avec le sparadrap [No. 64], & l'on change tous les jours.
§. 436. Quand le panaris est occasionné par une humeur extravasée dans le voisinage de l'ongle, un Chirurgien adroit en arrête très promptement les progrès, & guérit radicalement, par une incision, qui donne issue à cette liqueur. Mais quoique cette opération ne soit pas difficile, tous les Chirurgiens ne savent pas l'exécuter; plusieurs même n'en ont point d'idée.
§. 437. Quelquefois il se forme des chairs fongueuses, ou baveuses; on les desseche en les poudrant avec un peu de minium, ou d'alun brûlé.
§. 438. Quand il y a carie, il faut nécessairement voir un Chirurgien, aussi bien que quand il y a gangrene; ainsi je ne parlerai point de ces deux cas. J'avertis seulement, qu'il y a trois remedes essentiels, contre la gangrene, le quinquina, [No. 14], dont on donne une dragme toutes les deux heures; les scarifications sur toute la partie gangrenée; & les fomentations avec la décoction de quinquina, à laquelle on ajoute l'esprit de soufre. Il est vrai que ce remede est très cher; mais on peut y suppléer par une décoction d'autres herbes ameres, & l'esprit de sel. J'ajoute encore, qu'il convient, dans la plûpart des cas de membres gangrenés, de ne faire l'amputation que quand la gangrene s'arrête d'elle-même; ce qu'on connoît par un cercle très sensible, & très aisé à distinguer par les plus ignorans, qui en marque les bornes, & fait la séparation entre le vif & le mort.