§. 439. Quelquefois les verrues sont la suite d'un vice particulier de la masse du sang, & il en naît des quantités étonnantes. Cela arrive à quelques enfans de quatre à dix ans, qui prennent trop de laitages; ils guérissent par le changement de régime, & les pilules [No. 18]. D'autrefois c'est un vice accidentel de la peau, qui dépend de quelques causes extérieures. Dans ce cas, si elles incommodent par leur grosseur, par leur situation, par leur durée, on peut les détruire, 1o. en les liant avec une soie, ou un fil ciré. 2o. En les coupant avec des ciseaux ou un bistouri, & en couvrant la plaie avec un peu de diachilon gommé, qui occasionne une petite suppuration destinée à détruire la racine de la verrue. 3o. En la séchant par quelque application un peu corrosive, comme le lait de feuille de pourpier, de figuier, de chelidoine, de thitimale; mais outre que ces sucs ne se trouvent qu'en été, les personnes qui ont la peau délicate ne doivent pas s'en servir; ils pourroient leur occasionner une enflure considérable & douloureuse. Un vinaigre fort, dans lequel on a fait dissoudre autant de sel qu'il est possible, est très bon. L'on fait aussi des emplâtres avec du sel ammoniac & du galbanum pêtris ensemble, & appliqués sur la verrue, qui ne manquent gueres de la détruire.

Les corrosifs plus forts ne doivent être employés que sous la direction d'un Chirurgien; & il est même plus sage, de ne point les employer, non plus que les brûlures artificielles. L'amputation est un moyen plus sûr, moins douloureux & sans danger. Les loupes, dès qu'elles sont un peu grosses, & qu'elles durent depuis quelque tems, ne guérissent que par l'amputation.

Des Cors.

§. 440. Les cors sont toujours l'effet de souliers trop rudes ou trop étroits. Toute la guérison consiste à les amollir par plusieurs bains de pieds chauds; à les couper au sortir du bain avec un canif, sans attaquer les parties saines, qui sont d'autant plus sensibles qu'elles sont plus tendues; & à appliquer dessus une feuille de joubarbe, ou de lierre grimpant, ou de pourpier, qu'on peut tremper dans du vinaigre. On peut, au lieu de ces feuilles, si l'on veut s'épargner la petite peine du pansement journalier, y appliquer une emplâtre de diachilon simple, ou de gomme ammoniac amollie dans le vinaigre. Il n'y a point d'autre moyen de prévenir les retours des cors, que d'éviter les causes qui les ont produits.

ADDITIONS[16]
FAITES A LA PRESENTE ÉDITION.

[16] Voyez l'[Avertissement] sur cette nouvelle édition.

Anasarque, Bouffissure, Hydropisie générale.

§. 441. On donne ces noms à la maladie dans laquelle tout le corps, ou la plus grande partie du corps étant enflé, on sent, en touchant les parties enflées, qu'elles sont molles & froides, qu'elles cedent sous le doigt, & on voit que l'impression, ou le creux que l'on a fait en appuyant le doigt, subsiste encore quelque tems après qu'on l'a retiré. Dans cette maladie le tissu cellulaire, qui est cette membrane qui unit & enveloppe toutes les parties du corps, contient dans les cavités ou cellules dont elle est formée, de l'eau, ou la sérosité qui se sépare du sang.

§. 442. L'enflure commence ordinairement aux pieds, jambes, cuisses, & elle est toujours plus considérable dans ces parties, proportion gardée, que dans les autres; elle s'étend de proche en proche, & gagne en plus ou moins de tems tout le reste du corps. On remarque aux reins une espece de bourlet; le ventre grossit, les bourses acquerrent un volume considérable; toute, ou presque toute la peau du corps est pâle, peu sensible, froide, un peu luisante; le visage est blême, les yeux sont languissans; la respiration se fait difficilement, surtout après le repas & le soir: le malade perd les forces & l'appétit; il tousse plus ou moins fréquemment; il est assoupi; il ne sue point, ou très rarement; son pouls est petit, enfoncé, fréquent, inégal; ses urines sont crues, claires & en petite quantité; les selles sont crues, quelquefois mêlées de sang, elles changent presque tous les jours de qualité: le malade est foible, sent toujours de la lassitude; sa soif est continuelle & pressante; il a souvent la langue séche, il éprouve des feux passagers; bientôt il survient de la fiévre causée par l'eau qui se corrompt; alors son haleine, ses crachats, ses urines répandent une mauvaise odeur. Tous les accidens augmentent le soir, & sont moins forts le matin.

Ils ne se trouvent pas toujours réunis dans le même sujet; mais plus il y en a, plus ils sont considérables & marqués, plus aussi la maladie est fâcheuse; tantôt ses progrès sont très lents, tantôt ils sont très prompts, ce qui est de mauvais augure.