§. 443. Les causes de l'Anasarque sont un air humide & froid, tel que celui des lieux marécageux, des habitations plus basses que le sol; les alimens de mauvaise qualité, l'excès de l'eau, de la bierre, & de toutes boissons relachantes & froides, surtout si on les prend dans un lieu froid, ayant fort chaud; l'abus du vin & des liqueurs spiritueuses; un tempérament pituiteux; les obstructions des visceres du bas ventre, des fiévres intermittentes mal traitées ou dans des sujets mal constitués, l'asthme, les évacuations excessives par les saignées, les pertes ou hémorrhagies, diarrhées, dyssenteries excessives, les purgations trop fortes ou continuées trop long-tems; les évacuations supprimées ou arrêtées trop tôt, comme les hémorrhoïdes, le dévoiement; les éruptions comme dartres, galle, &c. que l'on a fait rentrer mal-à-propos. Toutes ces causes, en produisant un abord considérable de la partie aqueuse du sang dans toutes les petites cavités du tissu cellulaire, ou en empêchant que lorsqu'elle y est amassée, elle ne soit reprise par les vaisseaux qui sont destinés à cela; toutes ces causes, dis je, donnent lieu à l'anasarque.

§. 444. Il y a quelques cas où l'anasarque est facile à guérir, mais ils sont rares, & on doit généralement regarder cette maladie, comme une des plus funestes & des plus opiniâtres; cela n'étonnera point ceux qui ayant quelque connoissance de l'œconomie animale, verront combien il y a de parties importantes qui ne sont plus dans leur état naturel, & de fonctions qui ne se font plus, ou se font mal.

§. 445. On sait qu'il est très nécessaire de consulter la nature pour guérir les maladies; mais ce n'est qu'après avoir vu un grand nombre d'hydropisies, qu'on peut se former une idée de la différence des méthodes qu'il faut employer pour les guérir, le nombre des causes étant aussi grand qu'il l'est. Il n'est peut-être point de cas où il soit aussi nécessaire de savoir varier les traitemens, les tenter successivement, & insister sur les remedes qui réussissent. On ne s'attend point après cet aveu, que nous donnions une méthode générale, & que nous répondions de son succès: heureux sont ceux qui peuvent avoir les conseils & les soins d'un Médecin habile; mais comme il y a bien des circonstances où le malade ne le peut point, & que cette maladie est assez commune, nous allons exposer, suivant le plan & le but de cet ouvrage, les moyens les plus aisés, les moins couteux & les plus utiles pour guérir, ou du moins soulager les hydropiques. Si la cause n'est point incurable, ou la maladie très ancienne, il y a tout lieu d'espérer de procurer l'évacuation de l'eau par le traitement qui suit.

§. 446. Il faut 1o. régler le régime du malade. Il est important qu'il soit toujours dans un air chaud & sec, qualités qu'on lui procurera avec le feu, s'il ne les a pas naturellement, & alors il vaudroit encore mieux changer d'habitation, du moins pour quelque tems. On garantira surtout de la fraîcheur de la nuit, ce qui demande souvent beaucoup de soins, le malade se tenant sur son séant hors des couvertures. Il fera sa nourriture d'alimens secs, comme du pain rassis ou dur, grillé, de viandes ou poissons rotis & grillés. On assaisonnera ces alimens avec un peu d'acide, comme jus de citron, verjus, vinaigre, pour prévenir ou corriger la corruption des humeurs, qui est funeste dans les hydropisies. Il fera tout son possible pour s'abstenir de boire; & afin de tromper pour ainsi dire la soif, il tiendra dans sa bouche, & se gargarisera avec quelques gouttes de liqueurs acides seules ou mêlées, dans un peu d'eau; s'il ne peut résister à la soif, il boira le moins qu'il lui sera possible, & la meilleure boisson est celle qui fait couler les urines; du vin pur, & principalement du blanc, de la bierre dans lesquels on aura fait infuser quelques plantes aromatiques ameres. Le malade fera autant d'exercice que ses forces lui permettront, à pied, à cheval, en voiture, en bon air. Les frictions sur les parties enflées, répétées le plus souvent qu'il se pourra, seront très utiles: on les fera avec une brosse, avec une grosse toile, &, ce qui est préférable, avec de la flanelle chaude ou autre étoffe de laine claire, & propre à absorber l'humidité: il seroit même avantageux que le malade eût tout le corps couvert immédiatement de cette étoffe. Une douce compression faite par des habits étroits ou des bandes, empêche que les fibres ne cedent ou ne s'étendent trop, prévient des ruptures, & facilite le rétablissement de l'élasticité. Je viens aux médicamens.

§. 447. «On fera prendre le matin au malade une cuillerée du remede [No. 75], après lequel il survient quelquefois un vomissement, alors il ne faut plus en donner qu'une demi-cuillerée; une simple nausée en est cependant la suite la plus ordinaire. Les urines sont après cela très abondantes, & procurent beaucoup de soulagement. Il est rare que ce remede purge: si néanmoins ce cas arrive, il ne s'ensuit aucun mal. L'on continue tous les jours l'usage de ce remede, jusqu'à ce que les sérosités soient évacuées, & que le corps désenfle absolument. Si la dose que l'on donne fait peu d'effet dans des corps robustes, on doit l'augmenter insensiblement jusqu'à ce que les urines sortent en abondance». Alors si l'enflure diminue, on observera scrupuleusement ce qui a été dit à l'article du régime, surtout au sujet de la compression, pour prévenir la rechute & favoriser la guérison; & on fera prendre au malade, une heure avant dîner & avant souper, deux onces du vin [No. 77]. Quand avec l'évacuation des eaux les accidens diminuent, il y a beaucoup à espérer; il faut continuer le remede [No. 75], jusqu'à parfaite guérison, & le vin [No. 77], encore long-tems après.

§. 448. Si l'anasarque succede à une longue fiévre intermittente, «les évacuations ne sont pas extrêmement nécessaires»; mais on la guérit d'ordinaire en faisant observer au malade ce qui est dit [§. 446], [447], «& en donnant le matin à jeun, puis une heure avant le dîner & une heure avant le souper, deux onces du vin [No. 77]».

§. 449. On traite aussi cette maladie par les purgatifs & les sudorifiques; mais outre qu'ils réussissent peu, il y a bien des cas où ils font beaucoup de mal: l'usage des setons, des scarifications est encore plus dangereux; enfin de tous les moyens que l'on connoît de procurer l'évacuation de l'eau dans l'anasarque, celui que nous avons proposé est, selon le célebre Van Swieten, le plus sûr & le plus efficace: il est aussi le plus aisé à pratiquer par ceux pour qui ce Livre est fait. S'il ne réussit pas, il faut s'adresser à un Médecin.

Aphtes.

§. 450. Les Aphtes sont de petites pustules blanches ou jaunâtres, qui deviennent des ulceres ronds, superficiels, & bordés d'un cercle rouge, qui occupent en plus ou moins grande quantité l'intérieur de la bouche, le gosier, l'œsophage, & s'étendent quelquefois, en suivant les conduits de l'air & des alimens, jusqu'aux poulmons & aux derniers intestins. Cette maladie est assez commune parmi les enfans & les vieillards: elle est quelquefois épidémique parmi les adultes, dans les saisons chaudes, humides, & les lieux marécageux.

§. 451. Quelquefois les Aphtes se dissipent sans qu'on ait besoin d'employer de remedes; mais elles sont souvent accompagnées d'ardeur, de douleur, de rougeur, d'inflammation, de la perte du goût, d'inquiétudes, d'insomnie, quelquefois de fiévre. Les enfans crient & ne veulent point tetter, la suction étant douloureuse & la déglutition difficile, soit à cause de la sensibilité des parties ulcérées, soit à cause de leur enflure, qui est assez ordinaire.