§. 452. Si la fiévre, la douleur, l'inflammation, la difficulté d'avaler sont considérables, on fera une saignée du bras. On donnera 1o. pour nourriture de la panade, ou une décoction d'orge ou de ris. 2o. Très souvent quelques gorgées de thé de fleurs de sureau nitré. 3o. Quatre prises par jour du [No. 60], dans une cuillerée de thé de sureau. 4o. Tous les deux ou trois jours on purgera avec du syrop de chicorée composé, ou le [No. 62]. Ce traitement suffira presque toujours pour dissiper les Aphtes des enfans.
§. 453. Il est à propos d'examiner si l'âcreté du lait de la nourrice, n'est pas la cause de la maladie des enfans, si elle n'a point de boutons, de dartres, d'érésipelles; s'il n'y a ni haleine mauvaise, ni dérangemens dans les digestions qui indiquent qu'elle n'est pas parfaitement saine; & quand même on ne découvriroit rien, on peut la faire user, pendant que l'enfant ne tette point, de boissons délayantes, rafraîchissantes, adoucissantes, & d'alimens farineux.
§. 454. Si le malade n'est point un enfant qui tette, on le mettra au régime; on saignera dans le cas où la douleur, l'inflammation & la fiévre seront considérables; il usera des boissons [No. 2], ou 4, du gargarisme [No. 19], & il sera purgé avec le [No. 22].
§. 455. Lorsque les aphtes ne tombent point, l'humeur qu'elles renferment devient âcre & rongeante, alors il faudra faire son possible pour toucher les aphtes des enfans avec un pinceau ou un linge attaché à un bâton, trempés dans le [No. 81], dans du suc de sedum ou joubarbe, ou dans l'huile d'olive chaude. On fera de même pour les autres malades. Si les aphtes sont accompagnées de symptômes plus fâcheux, ou viennent à la suite d'une maladie, voyez ce qui suit.
§. 456. Les fiévres continues, aigües, intermittentes; celles qui sont avec dyssenteries & diarrhées, les fiévres putrides & malignes, sont assez souvent accompagnées d'aphtes, surtout dans les pays froids & humides; & si on a donné au malade des remédes échauffans, ou qu'on lui ait fait suivre un régime de cette nature. Pour l'ordinaire ces aphtes sont des pustules blanches ou vessies remplies d'une humeur âcre qui souleve la surpeau dans plusieurs points de l'intérieur de la bouche, sans intéresser la peau, puisque quand la croûte blanche qui les forme vient à tomber, il n'en reste point de vestige; ce qui établit une différence entre ces aphtes & celles des enfans dont on a parlé ci-dessus.
§. 457. Les aphtes paroissent d'abord au palais en petit nombre & séparées; on est heureux si elles n'augmentent pas; mais souvent s'étendant de proche en proche, elles occupent toute la bouche intérieurement, & descendent même dans la poitrine & les intestins: il survient alors de la toux, de la difficulté de respirer, des nausées, vomissemens, anxiétés, foiblesses, pesanteur & douleur d'estomac, assoupissement, difficulté d'avaler, douleurs & ulceres au gosier, hoquets, diarrhée, dyssenteries, des selles noires, sanguinolentes, sanieuses, & qui infectent.
§. 458. Souvent ces accidens précedent & amenent les aphtes; elles ne sont pas de mauvais augure, blanchâtres & jaunes; mais quand elles sont noires ou recouvertes d'une croûte dure, épaisse comme du lard, ou excessivement blanches, elles sont souvent funestes. Lorsqu'elles ont subsisté quelques jours, elles tombent par parties & en différens tems, quelquefois de nouvelles succedent aux premieres & rendent la maladie plus longue: si les aphtes subsistent long-tems, il se forme autant d'ulceres, & la gangrene s'y met.
§. 459. Tant que la fiévre est médiocre, & les autres symptômes modérés, on doit regarder les aphtes comme une crise, comme un dépôt de l'humeur de la maladie, opéré par la nature, surtout si l'on voit alors quelque diminution dans les accidens depuis l'éruption des aphtes, il faudra l'entretenir par des boissons chaudes & délayantes [No. 7], ou une décoction de raves, de ris, gruaux: on usera du gargarisme détersif [No. 19], ou [81]. Lorsque les aphtes deviennent brunes ou noires, que le pouls est foible, petit; qu'il y a nausées, angoisses, hoquets, & que les croûtes sont dures & épaisses, ou qu'elles subsistent long-tems, & se renouvellent; on donnera une ou deux fois le jour une prise du [No. 14], ou [No. 82], & les mêmes boissons serviront de gargarismes; on touchera les aphtes avec le [No. 81], ou avec les autres liqueurs [§. 455], comme il est dit dans ce §. Lorsque les croûtes tomberont, s'il n'y a point de dyssenterie, on purgera avec le [No. 22], pour faire sortir de l'estomac & du canal intestinal les croûtes qui se détachent encore plutôt que celles de la bouche, & qui augmenteroient la corruption par leur séjour, on usera d'une boisson adoucissante comme le petit lait, ou les [No. 12], [13], qui serviront pour gargariser souvent, si la bouche est douloureuse & brûlante.
Quelquefois il survient alors une salivation considérable: on fera usage du [No. 14], & du [No. 19] ou [82], en gargarisme.
S'il y a de la diarrhée, de la dyssenterie, on mêlera à la boisson adoucissante [No. 17], du syrop de pavot, ou du moins on y fera bouillir une tête de pavot, & on traitera ces maladies avec les remedes prescrits aux articles qui en parlent: on recommandera au malade de se gargariser souvent.