Asthme, courte-haleine, accès d'Asthme.
§. 465. L'accès de l'Asthme est une difficulté de respirer, périodique, irréguliere, & quelquefois réguliere, accompagnée d'anxiétés, de sifflement ou rallement, de pesanteur ou resserrement de la poitrine, & de violens mouvemens du diaphragme & des muscles de la poitrine, du bas ventre, & des omoplates. Il semble que le malade est près d'être suffoqué, les urines deviennent claires & abondantes; le pouls est fréquent & inégal; il y a soif, insomnie; il survient de la chaleur, de la fiévre, & des palpitations de cœur; cet état dure plusieurs heures, & quelquefois plusieurs jours. Mais ceux qui y sont sujets ne se trouvent pas toujours dans cet état violent, ils n'y résisteroient point. Les poulmons sont le siege de ce mal.
§. 466. On distingue plusieurs dégrés et especes d'Asthmes, qui ont des causes, des signes & des effets particuliers; mais nous n'entrerons dans ce détail, qu'autant qu'il sera nécessaire pour instruire de ce qu'il faut faire dans les momens où ceux qui ont l'Asthme ont besoin d'un prompt secours; je veux dire dans l'accès: cette maladie étant longue & ayant des intervalles où l'on peut consulter, il faut le faire. Je rapporterai cependant ce qui arrive hors de l'accès, à ceux qui ont cette maladie, afin qu'on reconnoisse plus aisément l'accès de l'Asthme, étant prévenu que ceux qui sont sujets aux accidens suivans, le sont aussi aux accès d'Asthme ou à la courte-haleine.
§. 467. Chez les asthmatiques la respiration est grande, laborieuse & fréquente, surtout lorsque leur sang est agité par quelque cause, comme l'exercice un peu fort, les passions, les excès dans le boire & le manger: cette difficulté de respirer augmente encore lorsqu'ils montent, qu'ils sont couchés horisontalement, pendant la nuit, dans les tems humides & froids, & dans des chambres très chaudes ou très petites. La situation où ils respirent plus aisément, est celle où le corps est un peu penché en devant. L'Asthme est souvent accompagné de toux, de ronflement, d'un bruit semblable à celui d'un fluide agité, de douleurs à l'intérieur & à l'extérieur de la poitrine.
§. 468. Dans l'accès ou attaque d'Asthme, on mettra le malade dans une situation où la moitié supérieure du corps se trouve droite, dans un lieu où l'air du dehors ait un accès libre, & surtout l'air froid, où il n'y ait point de feu, d'animaux, ou beaucoup de personnes qui l'échauffent, il ne fera aucun mouvement qui puisse accélérer la circulation du sang, on évitera d'exciter les passions qui agitent le sang, & font impression sur les nerfs. Plus la difficulté de respirer est grande, plus il faut se hâter de saigner, & on répétera la saignée suivant les forces du malade, celle des accidens, & l'opiniâtreté du mal. On ne doit point être arrêté par la petitesse & la foiblesse apparentes du pouls, la saignée faite, il sera plus fort: au reste, si on a quelque crainte à ce sujet, on fera les saignées petites: ce remede guérira seul l'accès de l'asthme, s'il vient de plénitude, comme cela arrive souvent, voyez les signes de cet état[17]; on donnera des lavemens, qui ne seront que moitié des lavemens ordinaires, & le malade les recevra debout: si les lavemens simples, comme [No. 6], n'ont aucun effet, on se servira des purgatifs.
[17] Voyez ces signes, art. de la saignée, [§. 536].
§. 469. Lorsque le malade est d'un tempérament pituiteux, humide & crache beaucoup, que pendant l'accès on entende un rallement, un bruit comme d'un fluide agité dans la poitrine, qu'il crache beaucoup, qu'il sent une douleur sourde, une pesanteur à la poitrine, on donnera pour boisson la ptisane [No. 7], ou le [No. 12], & d'heure en heure une cuillerée de la potion [No. 72]. S'il y a pesanteur d'estomac, & que l'accès ait été précédé d'excès de table, ou qu'il y ait eu des signes de bile ou d'humeurs abondantes[18], on fera bien de donner un vomitif [No. 34], avec les précautions recommandées §. sur les vomitifs, ou du moins la potion [No. 11].
[18] Voyez ces signes, art. des purgations, [§. 544].
§. 470. Lorsqu'avant & pendant l'accès, le malade a une toux fréquente & séche; que dans l'accès le visage devient rouge, que les veines se gonflent, que le malade sent un serrement à la poitrine ou à la gorge, on donnera pour boisson la ptisane [No. 12], dans l'intervalle des saignées qui seront répétées comme il a été dit, suivant l'opiniâtreté du mal, ainsi que les lavemens simples & purgatifs, le malade prendra dans les accès de toux, ou plus souvent, s'ils sont rares, la potion [No. 10], ou le petit lait [No. 17], par cuillerées. On lui fera respirer la vapeur de l'eau chaude, & mettre les pieds dans l'eau chaude; les frictions legeres sur les extrémités, l'application de vessies remplies de lait sur la poitrine, sont aussi fort utiles.
Lorsque l'accès est très long & opiniâtre, & qu'il y a lieu de croire qu'il est l'effet d'une goutte remontée, de maladies de peau, ou éruptions rentrées, d'ulceres trop tôt fermés, on fera usage de sinapismes, de vésicatoires, qui dans ces cas feront bientôt disparoître le mal.