§. 490. Cette maladie étant fort longue, il faut, au bout de quelque tems changer de médicamens, tant à cause du malade qui prendroit du dégoût, & peut-être de l'aversion, que parceque le corps s'habituant aux remedes, ils ont beaucoup moins d'effet. Ainsi on pourra substituer à la ptisane, deux bouillons par jour faits avec le veau, les racines de patience, chicorée sauvage, oseille, fraisier, pissenlit, polypode. Un moment avant de retirer le pot du feu, on ajoutera une demi-poignée de quatre des plantes suivantes, bourrache, buglose, chicorée sauvage, aigremoine, cresson, poirée, pourpier, laitue, pimprenelle, ortie, cerfeuil; on fera fondre un gros de sel de glauber dans chaque; on préparera de la même façon un apozeme, en retranchant le veau, & l'usage sera le même. On pourra aussi faire boire de tems en tems, pendant une huitaine de jours, la ptisane des bois [No. 71]; ou du petit lait, en y mêlant les jus d'herbes ci-dessus, ou les y faisant infuser, ou en y faisant fondre quelque sel, comme de glauber, de duobus, de sedlitz, terre foliée de tartre. On peut substituer aux pilules celles [No. 18], en observant, quelque remede qu'on donne, de purger tous les dix à douze jours avec la poudre [No. 21], ou autre purgatif. Si l'estomac du malade se dérange, on donnera la poudre [No. 14]; s'il vient du dévoiement, on purgera avec le [No. 50], en s'abstenant pendant quelques jours des autres remedes. Ceux qui se trouveront près de la mer, doivent boire de cette eau environ une chopine par jour; c'est un très bon fondant. L'usage des eaux thermales ou chaudes, savoneuses, sulphureuses, comme celles de Bareges, de Cauterets, de Bourbonne, de Balaruc, de Bourbon, &c. ne peut être trop recommandé à ceux qui en sont proches.
§. 491. On appliquera sur les tumeurs écrouelleuses, les emplâtres de vigo cum mercurio, de ranis cum mercurio, de savon, de cigüe, diabotanum, diachilum, cum gummi; mais s'ils causent de la démangeaison, chaleur ou inflammation, il faut les ôter.
§. 492. On doit favoriser l'action des remedes par le régime; souvent on lui doit la guérison des maladies chroniques ou longues; un air pur, serein, sec; les lieux élevés; l'exercice à pied, à cheval, en voiture un peu rude; le ventre libre naturellement, ou par l'effet des remedes ou des lavemens; une nourriture saine, aisée à digérer, prise avec modération; du pain bien cuit, des viandes rôties, grillées; des fruits cuits; les eaux legeres, douces, du vin vieux & bon; un sommeil modéré; la tranquillité de l'ame, le contentement, la gaieté, la dissipation prêtent des forces à la nature, pour vaincre le mal conjointement avec les remedes.
§. 492. Lorsque l'on a à traiter des écrouelles devenues rouges, douloureuses & enflammées d'elles-mêmes, ou par des topiques trop actifs, on saignera une ou deux fois; on mettra au régime [§. 29]; on emploiera les topiques émolliens [No. 9], le [No. 59], ou l'emplâtre de mucilages, jusqu'à ce qu'on ait calmé & dissipé l'inflammation.
§. 493. Quand, à la suite de l'inflammation qu'on n'a pas pu résoudre, ou sans inflammation sensible & sans qu'on s'en soit apperçu, il s'est fait une suppuration dans la tumeur: dès que l'on en sera certain, on appliquera des cataplasmes, de pulpes d'oseille, d'oignon de lys, de vieux levain, de basilicum, d'escargots, jusqu'à ce que la glande paroisse parfaitement fondue; si elle ne s'ouvre pas d'elle-même à l'extérieur, on l'ouvrira avec la pierre à cauterre ou avec le fer, de peur que le pus ne fasse du ravage intérieurement, en cariant les os, & détruisant les chairs voisines; mais il faut dès-lors avoir recours à un bon chirurgien.
Lorsque la tumeur est ouverte ou suppure, il en sort une matiere purulente, visqueuse, blanchâtre ou jaune, sans mauvaise odeur. On pressera un peu la tumeur dans tous les sens, pour qu'il ne reste point de pus; on injectera une legere infusion de ciguë pour nettoyer la plaie, après quoi il faut appliquer un plumaceau enduit de l'onguent [No. 68], & recouvrir avec une compresse pliée en plusieurs doubles, trempée dans la liqueur [No. 69]: on change le plumaceau deux fois le jour, & la compresse trois fois.
S'il survient des callosités, des chairs fongueuses; s'il y a des fistules, carie, on doit avoir recours au Chirurgien, qui agira suivant l'état du mal.
Enflure des Jambes.
§. 494. Les pieds & les jambes ont plus de grosseur qu'ils ne doivent en avoir comparés au reste du corps, ils sont dans l'état décrit [§. 441]. Il y a engourdissement & difficulté dans le mouvement de ces parties; je ne parle point de l'enflure des jambes, qui précede & accompagne l'anasarque, l'ascite; on ne peut la guérir qu'en dissipant ces maladies. On voit très souvent des jambes enflées à la suite des fiévres intermittentes & continues, de l'asthme, des érésipelles, de la dyssenterie, du dévoiement, de la plûpart des longues maladies aigües ou chroniques, des grandes évacuations, & des longues veilles. Les Femmes grosses, celles dont les regles sont supprimées, ou beaucoup diminuées, ou prêtes à finir, y sont fort sujettes. Dans tous ces cas, l'enflure est ordinairement sans danger; souvent elle se dissipe pendant la nuit, & recommence le matin pour augmenter jusqu'au soir.
§. 495. L'enflure des jambes diminue souvent sans faire aucun remede, à mesure que la convalescence s'affermit, & que les forces reviennent après l'accouchement & l'apparition des regles. Si cela n'arrive pas, il faut faire un peu plus d'exercice, employer les frictions avec la flanelle chaude, les fomentations aromatiques & spiritueuses, des sachets de sel, de cendres, des bandes qui serrent un peu: on prendra des alimens secs, on boira peu, & seulement du vin vieux pur. On donnera matin & soir, une prise du [No. 20], dans une tasse d'infusion de fleurs de sureau; & si les digestions ne se font pas parfaitement bien, on donnera une prise de [No. 14]. Enfin cela ne suffisant pas, on aura recours à la potion [No. 8], dont on prendra deux ou trois cuillerées par jour. Il y a des personnes très grasses, de grands mangeurs ou buveurs, des gens âgés, hommes & femmes, qui ont presque toujours les jambes enflées. Le plus souvent il seroit difficile de l'empêcher, & quelquefois dangereux.