§. 483. Lorsque le malade est un enfant qui tette, on examinera le lait de la nourrice; s'il n'est pas bon, on lui en donnera une autre, ou on le nourrira de panade, d'eau de ris, d'eau d'orge, de gruaux, de bouillons. Il ne mangera point de bouillie. On mettra tout autre malade au régime des convalescens, & on le garantira surtout du froid & de l'humidité. L'exercice est très bon, mais il doit être modéré, pour ne point exciter des quintes. Lorsque les symptômes, comme la toux, la difficulté de respirer, la couleur du visage, le tempérament sec & sanguin du malade, font craindre pour sa vie, & qu'il ne se rompe des vaisseaux dans la poitrine par les efforts de la toux, on fera bien de le saigner; ce qui ne seroit pas nécessaire, si les accidens étoient moins grands ou moins pressans. On donnera pour boisson la ptisane [No. 12]; on tiendra le ventre libre, avec des lavemens donnés tous les jours [No. 6]; on fera vomir avec les poudres [No. 33] ou [34]; puis on purgera avec le [No. 22], ou le syrop de chicorée composé. Après ces évacuations, si la coqueluche n'est pas totalement passée, on donnera de trois en trois heures, une cuillerée de la potion [No. 8], auquel on ajoutera kermes minéral, [No. 24], six grains, & autant de poudre d'iris de Florence. S'il y a insomnie, on mettra dans la ptisane une ou deux têtes de pavot, ou deux pincées de feuilles de coquelicot. C'est un usage pernicieux, que celui de l'huile dans la coqueluche, voyez [§. 357]. Pour rétablir les digestions; on donnera la poudre [No. 14]: & si la maladie étant totalement guérie, il reste une petite toux ou de la foiblesse, le lait de vache coupé avec une décoction d'orge ou de ris, les dissipera.
Dartres.
§. 484. On donne ce nom à des pustules ou boutons de différentes grosseurs, & quelquefois presque imperceptibles, séparés ou réunis en tas, avec douleur & demangeaison. Ces boutons s'étendent de proche en proche, & y portent la douleur & la démangeaison, qui cessent quelquefois où elles avoient commencé. Quand on les gratte, il en sort une eau visqueuse et âcre, qui, en séchant, forme une croûte. Toutes les parties du corps, mais surtout le visage, les cuisses, les parties de la génération sont sujettes à ce mal, qui le plus souvent forme des plaques assez grandes, de différentes figures.
§. 485. On saignera le malade du bras; il fera usage de ptisane de racine de chicorée amere, ou de celle [No. 25]; & si le mal est opiniâtre, de la ptisane [No. 74], à laquelle on ajoutera, dans leurs saisons, les jus d'herbes [No. 7], & du petit lait rendu laxatif avec le sel de duobus, ou la crême de tartre [No. 23], alternativement pendant une douzaine de jours. Ce mal n'empêchant point de vaquer à ses affaires, il est inutile de prescrire au peuple d'autres remedes qui ne seroient pas faits. On purgera avec le [No. 21], tous les huit jours. Il faut se garantir du froid, de l'humidité, ne point manger d'alimens salés & âcres, boire peu de vin, se nourrir de lait, d'alimens farineux, de légumes, de fruits.
§. 486. Les topiques font souvent du mal dans les dartres. En général, il faut s'en abstenir jusqu'à ce qu'on ait pris pendant quelque tems des remedes internes; alors on se contentera, dans les dartres rongeantes, vives & douloureuses, d'appliquer une toile trempée dans un jaune d'œuf délayé avec une eau de safran, ou de morelle, ou de cigüe: les dartres séches peuvent être humectées avec de la salive, ou de l'eau de sel marin, ou de l'eau avec un peu de vinaigre: on les couvrira du sparadrap [No. 64]: si la dartre est maligne ou rebelle, on appliquera le [No. 51]. On peut substituer à ce traitement, celui qui est marqué [§. 261] & suiv.
On emploiera les mêmes remedes dans les cas d'ébullitions, échauboulures, boutons, rougeurs au visage.
Ecrouelles, Humeurs froides.
§. 487. Les écrouelles sont des tumeurs situées sous la peau; elles sont fort long-tems sans douleur, sans chaleur, ordinairement mobiles, lisses & unies; tantôt cedant un peu, & seulement pour un moment, à l'impression des doigts, tantôt très dures. Ces tumeurs sont des glandes grossies & enflées par le séjour de la lymphe, qui est l'humeur qui s'y prépare & s'y conserve. Toutes les glandes sont le siege de cette maladie. Les causes de cette maladie, sont un vice héréditaire de la lymphe qui produit son épaississement, le virus vérolique des peres & meres, la mauvaise nourriture de quelque genre que ce soit, lait, eau, fruits non mûrs, &c. le froid, surtout s'il frappe les glandes du cou; c'est pourquoi ces glandes sont le plus souvent attaquées dans les enfans de la campagne, qui ordinairement n'ont point le cou couvert: les coups & contusions des glandes, qui détruisent leur organisation; la mauvaise conformation de ces glandes. Les tumeurs écrouelleuses sont d'abord petites, paroissent dans peu d'endroits, ne changent point la couleur de la peau; le plus souvent les glandes du col, des aisselles, sont les premieres affectées; mais de quelque côté qu'elles commencent, si on n'y remédie dès qu'elles se manifestent, elles s'étendent à toutes les glandes dont elles sont proches, & ensuite l'humeur écrouelleuse gagne celles qui sont répandues par tout le corps, internes & externes, & toutes les articulations.
§. 488. Cette maladie est ordinairement très longue, difficile à guérir, surtout si elle est héréditaire, ou dans un sujet foible & mal constitué, & dans les adultes; mais il y a beaucoup à esperer, si elle se trouve dans des enfans, depuis peu de tems, dans des sujets bien constitués, qui ont peu de glandes écrouelleuses, & qui n'ont point encore atteint l'âge de puberté, tems où la nature est souvent venue à bout de les dissiper sans aucun secours. C'est pourquoi il importe de faire de bonne-heure tout ce qu'il est possible pour guérir une maladie si opiniâtre, & qui d'ailleurs peut avoir des suites très funestes, si elle subsiste long-tems. Le traitement de cette maladie est très long; le malade comme le Médecin doivent s'armer de patience, & ne s'attendre qu'à des progrès presque insensibles.
§. 489. Si le malade est d'un tempérament sanguin, & dans l'état décrit [§. 537], il sera saigné: s'il est dans celui qui est décrit [§. 544], il sera purgé avec la potion [No. 46], ou la poudre [No. 21]; ou même on le fera vomir avec un des remedes [No. 33] ou [34]; puis on le mettra à l'usage de la ptisane laxative [No. 79], dont il prendra deux verres le matin, à deux heures de distance, & un le soir. On ajoutera dans le Printems & l'Eté, à chaque verre de cette boisson, deux onces des sucs de plantes fondantes [No. 7]; on fera prendre tous les matins à jeun, deux pilules [No. 80], ou l'extrait de cigüe [No. 55], & on purgera tous les douze jours avec la poudre [No. 21].