Je ne parle point de la suffocation causée par l'ouverture d'un abcès dans la poitrine (voyez [§. 64]), ni de celui qui est une suite de la paralysie des organes de la respiration; mais seulement de catharres qui viennent d'une abondance de sérosités plus ou moins acres, qui remplissent la poitrine, ou se jettant sur les nerfs, les mettent en convulsion; ou de l'humeur de la petite vérole, de la rougeole, ou d'une autre éruption qui n'est pas sortie, ni n'a pas été évacuée entiérement, & qui se porte sur les organes de la respiration; ou d'une grande quantité de sang qui remplit plus qu'il ne faut les vaisseaux de la poitrine, ou s'y coagule, toutes choses qui interceptent la respiration.
§. 477. Dans le catharre suffoquant, outre la difficulté de respirer, il y a douleur de poitrine, sentiment de pesanteur, voix entrecoupée, sueur surtout au visage, gonflement des vaisseaux de la tête, anxiétés ou angoisses; agitation continuelle, effort pour tousser, ronflement, sifflement ou rallement, les battemens du pouls sont foibles, éloignés, quelquefois fréquens, & souvent inégaux. Le malade est sans force, il sue, une pituite visqueuse ou une écume lui sort de la bouche; il faut, sans perdre un moment, le saigner une, deux & trois fois, jusqu'à ce que la respiration devienne plus facile, dans les intervalles des saignées, on lui donnera des lavemens d'abord simples, puis purgatifs, il mettra ses pieds dans l'eau chaude, on lui fera des frictions sur les extrémités inférieures avec la flanelle.
§. 478. Lorsque ces secours ne suffisent pas, si le malade est pituiteux, sujet aux catharres, aux fluxions, ou qu'il ait eu quelque maladie de peau maltraitée, ou une éruption rentrée ou qui n'a pas sorti suffisamment, on lui fera prendre un vomitif [No. 34], ou un purgatif [No. 21], & on appliquera une emplâtre vésicatoire [No. 35], au bras ou à la nuque. Si c'est un enfant, aussi tôt après la premiere saignée, on appliquera l'emplâtre vésicatoire; on donnera toutes les demi-heures une cuillerée de la potion [No. 8], & dans les intervalles, la ptisane [No. 2]. Lorsque la violence des accidens diminue; mais que les crachats sortent rarement en petite quantité & visqueux, & que l'on entend un rallement dans la poitrine, on donnera de trois en trois heures une cuillerée du [No. 8], auquel on ajoutera hypecacuana, iris de Florence & Kermes minéral, de chaque trois grains. Quand le catharre traine en longueur, on doit suivre le régime [§. 35] & suiv. en ajoutant seulement un peu de vin ou d'élixir de propriété, comme cordiaux nécessaires pour ranimer les forces.
Colique néphrétique.
§. 479. La douleur est aigüe & fixe dans les reins & leurs environs; elle se fait sentir continuellement, ou par intervalles dans tout le trajet oblique que font les vaisseaux destinés à conduire l'urine depuis les reins jusqu'à sa sortie. Chez les hommes, les testicules se retirent, & il y a douleur: chez les femmes, la douleur est dans l'aine.
Au commencement, les urines sont en petite quantité, claires, puis elles sont sanglantes & chargées de gravier. Il y a nausée, vomissemens, douleur d'estomac, défaillances, sueurs, constipation, envie d'uriner: on sent de l'engourdissement à la jambe du côté où est la douleur; la fiévre survient, elle est irréguliere & le pouls inégal.
§. 480. Les moyens de calmer cette colique, sont les saignées répétées deux, trois fois en douze heures, & plus si le mal est toujours le même: les lavemens fréquens [No. 6], la ptisane [No. 1], ou le petit lait [No. 17]; la poudre [No. 20]; du savon en pilules, ou fondu dans la ptisane, jusqu'à trois gros par jour; les fomentations sur les reins [No. 9], les demi-bains, les bains où le malade restera long-tems. On aura soin de ne pas le laisser coucher sur la plume, & dans un lit où ses reins soient trop échauffés: on donnera deux & trois onces de syrop diacode par demi-cuillerées dans le jour, si les douleurs sont excessives & avec convulsions. Cette colique étant sujette à retour, on consultera un Médecin pour la prévenir.
§. 481. On suivra le même traitement dans l'inflammation des reins, qui a tous les symptômes de la colique, mais beaucoup plus de chaleur aux reins & aux lombes, de fiévre, des douleurs plus aigües, des urines aqueuses ou très rouges, en petite quantité, & sans sédiment. Dans le cas où les saignées n'auront pas été faites assez tôt, & où le mal sera insurmontable par sa nature; il se formera un abcès (voyez [§. 283]); alors il faut avoir recours au Médecin & au Chirurgien.
Coqueluche.
§. 482. La coqueluche est cette toux redoublée, pressée, opiniâtre, qui se renouvelle à des intervalles plus ou moins éloignés. On appelle ces accès des quintes: la toux est tantôt forte & rauque, tantôt aigre & glapissante, presque continue pendant la quinte, avec des sifflemens ou heurlemens; la respiration se fait très difficilement, sur tout le mouvement qu'on appelle inspiration, par lequel l'air entre dans la poitrine; alors le malade est prêt d'être suffoqué. Il ne sort presque rien pendant la plus grande partie du tems que dure la toux, ou tout au plus un peu de pituite claire; mais vers la fin de la quinte le malade rejette une matiere visqueuse, glaireuse, si gluante qu'il faut la lui tirer de la bouche avec les doigts; il y a des mouvemens convulsifs, violens dans tout le corps; le malade vomit, surtout s'il n'y a pas long-tems qu'il a mangé, & les repas sont ordinairement suivis de quintes violentes. Le sang s'accumule dans les vaisseaux de la tête, les gonfle, rend tout le visage rouge, violet, & même noir. Il y a irritation, douleur au creux de l'estomac avant la toux & après. Le plus souvent la coqueluche est sans fievre, surtout dans les commencemens. Cette maladie attaque principalement les enfans, quelquefois les adultes; souvent elle est épidémique parmi les premiers, & quelquefois parmi les seconds. Elle est causée par les dérangemens de la digestion, joints à la transpiration supprimée.