§. 501. Les accès se reconnoissent facilement aux signes suivans: Une personne tombe subitement privée de sentiment & de connoissance, avec des convulsions violentes de toutes les parties du corps, ou de quelques-unes seulement. Elle se roule par terre avec des tremblemens des pieds, des bras, de la tête; elle tient les poings fermés, se frappe la poitrine, le ventre, & donne de la tête, des pieds & des mains contre la terre, & tous les corps qu'elle rencontre; la plûpart jettent un grand cri en tombant; la peau du front, celle de la tête, qui est couverte de cheveux, sont agitées; les cheveux se dressent, les sourcils sont dans un mouvement continuel, ils se froncent; les yeux sont fixes & hagards, ils sortent de l'orbite; les paupieres sont dans l'agitation, elles s'ouvrent & ferment alternativement; les globes des yeux roulent, ils se tournent de façon à ne laisser voir que le blanc; tous les muscles de la face étant dans un mouvement perpétuel, expriment les différentes passions; les lévres se resserrent, s'allongent; la bouche s'agrandit; la machoire inférieure s'éloigne de la supérieure, jusqu'à se déboîter; la langue s'enfle, s'allonge hors de la bouche, elle est souvent serrée entre les dents, & coupée, le grincement de dents se fait entendre; tantôt la tête se tourne, s'agite en tous sens, tantôt elle demeure immobile, droite ou penchée en devant, en arriere, sur les côtés. Les parties internes sont également agitées de convulsions; les symptômes suivants en sont des preuves. Il y a dans l'accès, vomissemens, rots, borborigmes, écoulement des urines, des excrémens, de la semence; oppression, soupirs, palpitations de cœur, salivation abondante, ronflement ou siflement, difficulté de respirer; le sang circulant très difficilement, ou étant arrêté dans le poulmon, toutes les veines qui sont apparentes grossissent, & surtout celles du cou, de la langue & du front; le visage rougit, s'enfle, devient livide & même noir; & ce qui rend le spectacle encore plus horrible, on voit sortir par la bouche & les narines, une écume très visqueuse, & sanglante assez souvent, parceque le malade a blessé sa langue avec les dents. La sortie de l'écume termine ordinairement l'accès: dès-lors tous les autres accidens diminuent, la respiration devient libre, quoique toujours bruyante; il survient un profond assoupissement qui est plus ou moins long; & lorsque le malade s'éveille, il est las, foible, triste; il ne se ressouvient point du tout de tout ce qui s'est passé pendant l'accès, mais seulement de ce qu'il faisoit immédiatement avant. Au commencement de l'attaque, le pouls est fréquent & petit; vers le milieu, il est fort, plein, dur; sur la fin, il est très foible, rare & presque insensible; en tout tems il est inégal.
§. 502. Tous les épileptiques n'ont pas dans l'accès tous les symptômes que nous venons de rapporter; il y en a en qui ces symptômes sont de la derniere violence, & d'autres qui les ont bien moins forts. Les accès sont aussi plus ou moins longs, plus ou moins fréquens: on ne sauroit dire combien il y a de variété dans cette maladie. Nous avons donné la description des accès violens, parceque c'est à ceux-là seuls dans lesquels on périt, ou qui produisent de grands dérangemens, & laissent des impressions fâcheuses, ou enfin qui sont si fréquens, qu'on a à craindre l'apoplexie, qu'on est obligé de porter du secours: on n'emploie point de remede dans les autres. Voici les précautions qu'on doit prendre dans tous les accès, & ce qu'on doit faire dans ceux qui sont très violens.
§. 503. On étendra le malade sur le dos, la tête & la poitrine un peu élevés, dans un lieu airé & éclairé. Pour éviter qu'il ne se frappe & ne se blesse, on le tiendra, en laissant cependant un peu de liberté pour les mouvemens convulsifs; les empêcher tout-à-fait, seroit un moyen de les redoubler. On garantira la langue d'être mordue, dans les convulsions de la machoire, en mettant entre les dents un tampon de linge ou de peau, ou un morceau de liege, auxquels on attachera un fil pour le retirer, s'il entroit dans la bouche. On fera des frictions sur le corps & les membres, on donnera, s'il est possible, des lavemens avec le sel marin ou les purgatifs, comme le sené, la gratiole ou herbe à pauvre-homme, le vin émétique, &c. On essaiera les ligatures des extrémités; on fera sentir de mauvaises odeurs, des odeurs fortes & spiritueuses. On fera mettre les pieds dans l'eau. Si le malade a le visage plombé ou noir, si ses membres se tordent, s'il est prêt d'être suffoqué, il faut faire une ou deux saignées du pied. La saignée, dit-on sans preuves, rend la maladie plus opiniâtre; mais dans plusieurs maux inévitables, il faut choisir le moindre, & dans ce cas c'est un moyen d'empêcher la rupture des vaisseaux, l'apoplexie, les inflammations, la gangrene, les fractures des membres, &c. S'il y a des foiblesses, on donnera du vin ou quelque autre cordial, & on fera respirer du vinaigre, ou des eaux spiritueuses & des odeurs fortes.
Epreintes, ou Tenesme.
§. 504. On donne ces noms aux envies continuelles, ou du moins très fréquentes, d'aller à la selle, qui ne sont point suivies des évacuations, ou dans lesquelles on ne rend que des glaires, ou une mucosité, & quelquefois du sang & même du pus. Les épreintes sont le symptôme de plusieurs maladies, comme la diarrhée, la dyssenterie, la pierre de la vessie, les vers, les hémorrhoïdes, l'abcès au fondement. En guérissant ces maux les épreintes se dissiperont, mais elles sont quelquefois maladie principale. Alors il faudra prendre plusieurs fois le jour le lavement [No. 6], ou celui de tripes, dans lequel on aura ajouté deux têtes de pavot, faire des fomentations avec le lait, les décoctions des plantes émollientes, les infusions de la cigüe, de fleurs de sureau, la vapeur de l'eau chaude, les linimens avec le cerat, le populeum, le baume tranquille.
On prendra pour boisson du petit lait, des eaux de ris, d'orge, la ptisane [No. 2], ou le lait d'amandes [No. 4]. On purgera avec le [No. 31], ou le [No. 37].
Eruptions rentrées, Ecoulemens supprimés.
§. 505. On voit tous les jours dans le peuple des exemples du danger qui accompagne la rentrée des éruptions & la suppression des écoulemens qui duroient depuis quelque tems; il n'est presque point de maladie que ces accidens ne produisent; elles deviennent très difficiles à guérir, parcequ'on ne demande le plus souvent du secours que lorsqu'elles sont invétérées, qu'on fait trop peu d'attention à ces deux genres de causes, & qu'on les attribue à des choses beaucoup plus récentes; c'est pourquoi dans presque toutes les maladies, il faut demander si le malade n'étoit point sujet à quelque écoulement, n'a point eu quelque maladie de peau.
§. 506. Lorsque quelque éruption, comme croûtes de lait, galles, rougeole, petite vérole, dartres, érésypelles, boutons, abcès, suintemens aux oreilles, au nez; sueurs abondantes aux aisselles, aux pieds, à la tête; en un mot, toute éruption ou écoulement habituel, lors, dis je, que ces éruptions rentrent avant que toute l'humeur que la nature préparoit à chasser par-là soit sortie, & que ces écoulemens s'arrêtent, soit que la nature n'ait plus assez de force pour continuer l'éruption & l'écoulement, ou que par un mauvais régime, ou des remedes faits mal-à-propos, on la repousse, on l'arrête; ce qui sortoit par ces moyens, se jette sur quelque partie interne du corps, & elle y produit souvent des desordres irréparables, avant qu'on s'en soit apperçu. De-là les phtisies ou suppurations au poulmon si fréquentes, les convulsions dans les enfans & les adultes, l'épilepsie, l'asthme, la difficulté de respirer, les coliques, les douleurs vagues, les dépôts dans toutes les parties du corps.
§. 507. Il faut avertir tous ceux qui ont quelque éruption ou écoulement; de le favoriser, de ne rien faire qui puisse l'arrêter; & si après que cela sera arrivé naturellement, [§. 418], ils se sentent quelque mal, de demander du secours; alors il faudra se tenir chaudement pour favoriser le retour de l'éruption, l'écoulement ou la transpiration; boire abondamment du thé de sureau avec le nitre; prendre deux prises par jour de la thériaque des pauvres, suivre les traitemens marqués aux articles érésypelles & dartres; se purger souvent, user d'alimens farineux, faire des frictions, employer les bains de pieds, faire sa boisson ordinaire de la ptisane [No. 71] seule, ou coupée avec du lait; de celles [No. 25], [74], [79]; se mettre au lait de vache ou de chevre. Si le danger est prochain, on appliquera des sinapismes, ou une emplâtre vésicatoire, le plus près du mal qu'on pourra, à la nuque, entre les épaules, aux bras, aux jambes, aux pieds, ou à la partie qui étoit le siege du mal, si cela est possible. Dans le cas de galle rentrée, le plus sûr est de la redonner. Lorsque tous les remedes seront insuffisans, on emploiera les sinapismes & vésicatoires comme ci-dessus.