Etouffement, Suffocation.
§. 508. On voit tous les jours des gens sans respiration, sans pouls, sans mouvement, sans sentiment, pâles, froids, prêts à être suffoqués pour avoir respiré la vapeur du vin dans des celiers, celle du charbon allumé dans des chambres où l'air n'a pas assez de communication avec celui du dehors pour se renouveller, celle des cloaques & autres endroits où l'on remue des immondices, fumiers, eaux croupies, &c. ou qui ont été long-tems fermés. Il faut se hâter de faire respirer l'air libre, faire sentir & même avaler quelque liqueur forte, spiritueuse, ou un peu de vinaigre, secouer un peu, jetter de l'eau froide sur le visage, souffler dans la bouche en serrant le nez. Si cela ne les rappelle pas, il faut saigner au plutôt du bras, puis du pied, donner des lavemens âcres avec du tabac, de la gratiole, ou herbe au pauvre homme, faire des frictions, exciter le vomissement en chatouillant le gosier avec une plume, envelopper très chaudement les parties froides. Toutes les fois que l'on est obligé d'ouvrir un cloaque qui est resté long-tems fermé, il faut éviter de recevoir la premiere vapeur qui en sortira: elle est mortelle; & lorsqu'il est ouvert, il faut y jetter de la paille enflammée à plusieurs reprises avant d'y entrer.
Goutte remontée.
§. 509. Quoique cette maladie ne soit pas commune parmi le peuple; cependant comme on l'y rencontre quelquefois, & qu'il est des cas où elle demande les secours les plus prompts, il est à propos de savoir ce qu'il faut faire alors. Lorsqu'une personne qui a la goutte aux pieds ou aux mains, ou à quelque autre articulation, a une goutte vague, c'est-à-dire qui se fait sentir tantôt dans une partie, tantôt dans une autre; ou qui est sujette à avoir dans certain tems des accès, se trouve presque subitement attaquée de léthargie, apoplexie, mal de gorge, asthme, catharre suffoquant, douleur d'estomac, néphrétique, colique, ou autre maladie; car il n'est presque point de parties du corps sur lesquelles l'humeur de la goutte ne se jette, & elle y occasionne alors des accidens d'autant plus fâcheux, & auxquels on doit d'autant plus se hâter de porter remede que la partie affectée est plus nécessaire à la vie.
§. 510. Il faut 1o. si l'on a le tems, faire mettre les pieds dans l'eau chaude plusieurs fois le jour. 2o. Faire des frictions très fréquentes. 3o. Saigner du pied. 4o. Appliquer des sinapismes [No. 35]. On appliquera le sinapisme à la partie qui étoit anciennement le siege de la goutte; & si elle étoit fixée auparavant sur quelque partie interne, ou qu'elle fût vague, on le mettra aux pieds, à moins qu'il n'y ait un danger pressant pour la vie; dans ce cas on l'appliqueroit le plus près que l'on pourroit de la partie attaquée, afin de soulager promptement, après quoi le sinapisme appliqué aux mains, aux pieds ou à la partie anciennement attaquée, y rappelleroit la goutte. On connoîtra que la goutte a quitté le lieu où elle étoit par la cessation des douleurs, des accidens & des symptômes qui auront donné lieu d'employer les remedes & par le renouvellement de la douleur, rougeur, tumeur à la partie anciennement affectée, ou à laquelle on l'aura attirée par les sinapismes. Pendant le tems des accidens, on tiendra le malade au régime; on lui donnera pour boisson un thé de sureau fort & nitré, & deux ou trois fois le jour une prise de thériaque [No. 41], délayée dans le thé. Il faut garantir le malade du froid, & tenir bien chaudement la partie où l'on veut que la goutte revienne.
Hemorragies.
§. 511. On nomme hémorragie, la sortie du sang par quelque partie du corps que ce soit, en plus ou moins grande quantité. La cause est externe, lorsqu'un coup, une blessure, un effort, un vomitif, ou autre cause qui agit extérieurement, l'a produit; autrement elle est interne. Le plus souvent les hémorragies s'arrêtent d'elles-mêmes sans secours étrangers; il est même à propos de ne point arrêter qu'au bout d'un certain tems les hémorragies du nez, de la matrice, des hémorrhoïdes; ces évacuations sont souvent salutaires, étant ordinairement produites par la nature pour se débarrasser d'une trop grande quantité de sang; mais lorsqu'elles sont trop abondantes, qu'elles durent trop long tems, que les retours sont trop fréquens; lorsque le pouls commence à être vaillant; lorsque le visage & les lévres sont pâles & les extrémités froides, il faut diminuer l'écoulement & l'arrêter par dégrés. Quant aux hémorragies de la poitrine ou crachement de sang, pissement de sang, vomissement de sang, on ne doit pas différer à faire les remedes. Je ne parle point ici des hémorragies qui surviennent dans les fiévres aigües, surtout quand on n'a pas saigné suffisamment, ou qu'on use des remedes échauffans, ni de celles qui arrivent dans la fluxion de poitrine, dyssenterie, les plaies externes, &c. il en est parlé dans ces articles; il n'y a que le cas où elles sont extrêmes dans ces maladies, où on doive les arrêter par les moyens que je rapporterai.
§. 512. Dans toutes les hémorragies, on mettra le malade au régime; on lui donnera des boissons adoucissantes, délayantes, rafraîchissantes comme le petit lait, les ptisanes [No. 1], [2], [4], des décoctions de ris, de gruaux; elles seront au plus tiédes. Si le malade est jeune & fort échauffé, le lait d'amandes [No. 4]; la poudre [No. 20], deux ou trois fois le jour; s'il prend des alimens, ce sera des crêmes de ris, d'orge, de gruaux & autres farineux; on tiendra le ventre libre par des lavemens simples; l'air que respirera le malade sera temperé, ou même un peu au-dessous. Il gardera le lit; il ne fera que le moins de mouvement qu'il pourra; on évitera tout ce qui peut frapper vivement ses sens & exciter quelque passion, on purgera avec le [No. 31]. Pour peu que l'hémorragie dure, il faut employer la saignée, que l'on répétera suivant l'abondance & la fréquence de l'hémorragie, observant l'état du malade que l'on saignera plusieurs fois coup-sur-coup; s'il est dans l'état décrit [§. 537]; si l'hémorragie actuelle a succedé à une hémorragie habituelle supprimée, & seulement dans les cas excessifs; s'il est foible, languissant, & d'une mauvaise santé; si l'hémorragie est si considérable qu'il y ait des foiblesses & danger éminent pour la vie, on donnera l'eau de Rabel depuis un gros jusqu'à deux gros, sur une pinte de ptisane.
§. 513. Lorsque les hémorragies seront cessees, on demandera à un Médecin les moyens de les prévenir, ce mal étant très sujet à retour. Dans le cas où une hémorragie actuelle aura succedé à une habituelle supprimée, il est à propos, si l'écoulement supprimé étoit des hémorrhoïdes ou de la matrice, de faire la saignée au pied, à moins que ce ne fût une femme donc les regles dussent cesser [§. 340]. Le crachement, le vomissement de sang, les hémorrhoïdes fluantes ou non, arrivent assez souvent chez les femmes grosses, il est alors à propos de faire une saignée du bras. Nous ne dirons dans les articles des hémorragies particulieres que ce qui leur est propre, ainsi il faudra toujours relire ces généralités.