§. 514. Le sang sort par la bouche, en toussant, seul, ou mêlé avec des crachats; il est d'un beau rouge, & souvent écumeux. Il y a chaleur, douleur, picotement à l'intérieur de la poitrine, difficulté de respirer, toux plus ou moins fréquente; le sang vient alors de vaisseaux ouverts dans les poulmons, & il faut d'autant plus se hâter d'arrêter l'hémorragie, qu'elle est abondante & fréquente. Il n'est pas nécessaire de laisser sortir autant de sang que dans quelques autres hémorrhagies. La saignée répétée coup-sur-coup, est le moyen le plus sûr: on se conduira du reste comme il est dit [§. 512] & suiv. Le malade se tiendra au lit sur son séant, dans une chambre où l'air soit modérément sec & chaud; les excès de chaud & froid, de sec & d'humide, sont très nuisibles, ainsi que le passage de l'un à l'autre; il ne parlera point, voyez [§. 512]. Le crachement de sang étant cessé, on fera usage du lait coupé avec une infusion legere de vulnéraire Suisse, de sanicle, ou d'ortie morte.

Hémorrhoïdes.

§. 515. On a donné ce nom au gonflement des vaisseaux sanguins, qui se trouvent au bord de l'anus ou du fondement. Les hémorrhoïdes forment une ou plusieurs tumeurs plus ou moins grosses. Quand elles sont cachées dans l'intestin, & qu'elles ne paroissent qu'en allant à la selle, on les nomme internes; & on les appelle externes, lorsqu'elles sont apparentes & ne rentrent point. Les hémorrhoïdes sont ordinairement précédées de pesanteur, de douleur dans le bas ventre, de maux de tête, & accompagnées d'épreintes, de douleurs plus ou moins vives, quelquefois d'inflammation, surtout quand on marche beaucoup, qu'on va à cheval, qu'on suit un régime échauffant. Deux causes principalement donnent lieu à cette incommodité. 1o. L'obstruction du foie, & tout ce qui empêche la circulation libre du sang dans le bas ventre. Alors le malade est jaune, constipé, digere mal; dans ce cas, on suivra ce qui est dit au mot jaunisse. 2o. Un sang trop épais, trop abondant, trop échauffé par quelque cause que ce soit; tempérament ou régime, voyez [§. 537], No. 1; il faut alors se faire saigner, user de la ptisane [No. 2], de la poudre [No. 20]. Ces remedes deviennent indispensables pour prévenir les fistules & ulceres, quand l'on est obligé de marcher beaucoup ou de monter à cheval: quand il y a inflammation dans le cas où les hémorrhoïdes sont externes, on emploiera les topiques [No. 19]: le baume tranquille, l'onguent populeum, le cérat [No. 64], les lavemens adoucissans en petite quantité à la fois. Les hémorroïdes que nous venons de décrire se nomment aveugles; mais très souvent elles se crevent & répandent le sang en plus ou moins grande quantité; on les appelle alors hémorrhoïdes ouvertes. Cette évacuation est presque toujours salutaire & dissipe le mal; mais si elle est excessive ou trop fréquente, voyez les signes [§. 511]. On fera ce qui est prescrit [§. 512].

Pissement de Sang.

§. 516. Il sort du sang par la voie des urines, avec ou sans douleur; il est pur ou mêlé avec l'urine; il est fluide ou en grumeaux. Il y a très peu de cas où on ne doive chercher à arrêter cette hémorrhagie; & si on excepte quelques vieillards auxquels elle est habituelle ou périodique, & auxquels elle est salutaire, puisqu'ils se trouvent soulagés par-là de pesanteur & de douleur dans le bas ventre; il faut dans les autres cas chercher à arrêter cette hémorragie par les moyens prescrits [§. 512]. Si cet accident survient après la suppression des regles ou des hémorrhoïdes habituelles, il faut de tems en tems, surtout quand on sent de la douleur dans le bas-ventre, & quand on a des signes de plénitude [§. 537], se faire saigner ou appliquer des sangsues aux hémorrhoïdes.

Saignement de Nez.

§. 517. Le saignement de nez qui vient soit d'une cause externe, soit d'une cause interne, s'arrête ordinairement de lui-même. Il est très ordinaire aux jeunes gens, surtout à ceux qui sont sanguins & dans l'état [§. 537]; alors il leur est très salutaire & les préserve de maladies inflammatoires: il n'y a que quelques cas rares où il est si abondant, & où il a des retours & si fréquens, qu'on est obligé de le faire cesser, voyez [§. 511]. On peut appliquer dans le tems de l'hémorrhagie des bandes aux bras & aux cuisses: si elle s'arrête, on relâchera les bandes successivement; de façon qu'on mette un quart d'heure d'intervalle entre chaque bande qu'on relâche. Ce moyen étant insuffisant, on appliquera à la nuque, au front, aux tempes, aux poignets, aux mains des linges imbibés de vinaigre. Si ces tentatives ne réussissent point, on emploiera les moyens prescrits [§. 512].

Vomissement de Sang.

§. 518. On rejette, par le vomissement, du sang seul, ou mêlé avec les alimens, fluide ou en grumeaux, souvent noir, quelquefois très fétide, sans toux. Il y a douleur, pesanteur d'estomac, défaillances, inquiétudes, nausées, les selles sont ordinairement mêlées de sang. Il faut arrêter cette hémorrhagie par les moyens prescrits [§. 512]. on ajoutera aux boissons les sucs d'ortie, de millefeuille. Le vomissement cessé, il est à propos de donner la potion [No. 31], pour évacuer le sang qui se corrompt dans les intestins. Cette hémorrhagie n'est pas rare dans les femmes dont les regles sont supprimées ou retardées, alors la saignée du pied est nécessaire.

Hémorragies supprimées.