§. 519. Les hémorrhagies on écoulemens sanguins, surtout ceux qui sont habituels étant arrêtés plutôt qu'ils n'auroient dû l'être, soit par la nature, soit par les remedes, soit par la faute du malade, donnent lieu à beaucoup de maladies des plus fâcheuses. On voit tous les jours après les suppressions des regles, du saignemens de nez, des hémorroïdes, survenir des inflammations au cerveau, à la gorge, à la poitrine, au bas ventre, des hémorrhagies excessives; c'est pourquoi il est nécessaire de questionner les malades sur ce sujet: s'ils sont dans le cas de la suppression, on doit saigner promptement coup sur coup, chercher à faire reparoître les hémorrhoïdes par les sangsues, les frictions, les lavemens de pieds; & les regles, par les moyens conseillés [§. 337]. C'est rendre un très grand service à ceux qui ont quelques écoulemens sanguins habituels de les avertir, que dans le cas de leurs suppressions, & lorsqu'ils ne se rétablissent pas bientôt, il faut de tems en tems se faire saigner, surtout s'ils se sentent dans l'état de plénitude [§. 537].
Jaunisse.
§. 520. Cette maladie existe chez ceux qui ont une couleur jaune plus ou moins foncée répandue sur tout le corps, & principalement remarquable à ce qu'on nomme le blanc de l'œil, un goût d'amertume dans la bouche, du dégoût, des urines jaunes qui teignent les linges qu'on y trempe comme feroit une teinture de saffran, des selles blanchâtres ou noires, des vomissemens bilieux. Lorsque la jaunisse a été précédée de douleurs vives surtout au foie, d'inflammation de cette partie, de passions violentes, de mouvemens convulsifs, de purgatifs, d'émétiques très violens, de poisons, de colique bilieuse, on mettra le malade au régime; on lui donnera la poudre [No. 20] quatre fois le jour, & pour boisson beaucoup de petit lait, de lait d'amandes, des ptisanes [No. 1], [2]. On fera prendre fréquemment le lavement [No. 6]. On purgera avec le [No. 46], de trois en trois jours. Si la jaunisse se trouve dans une personne qui a fait excès ou usé long-tems de boissons très aigres, fort acides, astringentes, de liqueurs fortes & spiritueuses; on fera usage pendant très long tems du petit lait, de lait d'amandes, d'eau de veau; on purgera de tems en tems. Si la jaunisse est venue à la suite des fievres intermittentes, ou d'autres maladies aigües ou chroniques, on donnera fréquemment un purgatif doux comme [No. 46], la boisson sera le [No. 3]. On a parlé de la jaunisse des filles, ou pâles couleurs, [§. 332].
§. 521. Souvent la jaunisse est causée par des obstructions dans les vaisseaux de la bile; si cette maladie est ancienne, elle est très difficile à guérir. L'hypocondre se tend, le foie se durcit en tout ou en partie, il y a pesanteur, serrement à la région du foie, souvent une douleur sourde, quelquefois des élancemens surtout après un exercice un peu fort, après le repas, principalement quand on a beaucoup mangé & pris des choses échauffantes, on se couche difficilement sur le côté droit, l'appétit se perd, la bouche devient amere. Voyez les autres symptômes [§. 520]. Lorsque la maladie est venue par degrés, il faut beaucoup de tems & de remedes pour la détruire. On saignera le malade une fois, ou même deux s'il est fort & sanguin, ou dans le cas [§. 537]; on le mettra à l'usage du petit lait [No. 17], des pilules [No. 18], & de la poudre [No. 23]. On purgera avec le [No. 46], on emploiera dans leurs saisons les sucs de plantes, & on les ordonnera, comme il est dit [§. 489], [490], avec le petit lait dans des bouillons, en aposemes, en ptisanes. Les eaux de Vichy, de Plombieres, de Balaruc, seront très utiles dans cette maladie.
Inflammations.
§. 522. On a traité dans cet ouvrage de plusieurs maladies inflammatoires les plus fréquentes; il n'est pas moins nécessaire de savoir ce qu'il faut faire dans toutes les autres inflammations; leur progrès est si rapide, & le mal si difficile à réparer, que dès le moment où il y a quelques signes d'inflammations internes, & lorsqu'on ne peut avoir aussitôt le Médecin, on doit, en attendant, agir pour soulager le malade, cela est d'autant plus aisé, qu'on se trompe difficilement sur l'existence de la maladie, & que les secours sont presque toujours près des malades. Toute inflammation interne est accompagnée des symptômes suivans: une fievre aigüe & continuelle, des douleurs plus ou moins vives, suivant la sensibilité de la partie malade, & qui augmentent beaucoup lorsqu'on la touche; beaucoup de chaleur à cette partie; le pouls est dur, fréquent, pour l'ordinaire, petit & inégal, il y a souvent une tumeur, les urines sont très rouges & claires. Le malade se plaint de maux de tête, de frissons, de soif, d'insomnie, d'anxiété, de foiblesse; il sent dans le lieu du mal des battemens qui répondent aux battemens du pouls: il y a des symptômes particuliers qui caractérisent pour l'ordinaire le lieu de l'inflammation; la douleur, la chaleur y sont très grandes, & font que le malade l'indique assez exactement: si la gorge est attaquée, voyez [§. 97]: si c'est la poitrine, voyez [§. 45], [54]: si c'est l'estomac ou les intestins, voyez [§. 279]: si c'est la matrice, voyez [§. 348]: si ce sont les reins, voyez [§. 479]. Ce ne sont pas-là les seules inflammations internes que l'on ait occasion de voir, presque toutes les parties du corps peuvent être attaquées de ce mal.
§. 523. Mais quelque soit le lieu de l'inflammation, on doit suivre à peu de chose près la même conduite dans le traitement, & on ne peut pas employer des remedes plus puissans dans toutes les inflammations, que ceux dont nous allons parler. On mettra le malade au régime [§. 30]; sa boisson sera le [No. 1], [2], dont il prendra un verre toutes les demi-heures; on saignera le plutôt qu'il sera possible, coup sur coup, deux, trois fois en douze heures, & plus, si le mal est opiniâtre & ne diminue pas beaucoup. On fera prendre les lavemens [No. 5], [6], tous les trois ou quatre heures; on appliquera les topiques [No. 19], sur la partie qui est douloureuse & brûlante, & on les renouvellera souvent. Lorsque ces secours ont calmé le mal, on doit tenir encore trois ou quatre jours le malade au régime, crainte de rechûte. S'ils sont insuffisans par la nature du mal, ou employés trop tard, il se forme un abcès dans la partie malade, ou la gangrene s'y met. Voyez [§. 60], [80], [283].
Incontinence d'urine. Diabetes.
§. 524. Les urines sortent involontairement & sans se faire sentir: cette incommodité est continuelle ou intermittente. Les enfans, les vieillards, les femmes grosses, celles qui ont été blessées dans l'accouchement, y sont sujettes. Il n'y a presque point de guérison à espérer dans les cas de paralysie ou de relâchement excessif; si la maladie est ancienne, voyez un Médecin; si on a été blessé on doit voir un Chirurgien.
§. 525. Les urines qui sont si abondantes, qu'elles semblent surpasser la boisson qu'on a prise, qui ressemblent à ce que l'on a bu, qui sont crües, claires, un peu huileuses, font une autre maladie appellée diabetes. Il y a envie d'uriner continuelle, foiblesse, chaleur interne, sécheresse, fievre lente.