On doit remédier à ces maux le plutôt qu'il est possible: on donnera des purgatifs doux répétés [No. 11], [37], des boissons un peu adstringentes, telles que l'eau où l'on a éteint un fer ou une brique rouge; les vins très hauts en couleur; le cachou, le mastic, à la dose d'un gros dans une pinte d'eau réduite à chopine; la poudre [No. 14].
Maladies Epidémiques.
La Suete.
§. 526. Cette maladie se déclare ordinairement la nuit: les malades, en se réveillant, se trouvent dans des sueurs abondantes, une chaleur très grande & un accablement universel, il y a douleur de tête, d'estomac, difficulté de respirer, soif ardente, angoisse, démangeaison, le visage & tout le reste du corps sont rouges & enflammés, les yeux sont étincelans, la langue est blanche, le pouls est fréquent, plein, dur. Vers le troisieme ou quatrieme jour, la fievre augmente, il survient du délire, qui très souvent est suivi d'une éruption miliaire générale plus ou moins nombreuse; quelquefois ce sont des taches rouges si pressées, qu'on croit voir une érésypelle sur tout le corps. Lorsque la maladie est plus avancée, il paroit encore des taches pourprées semblables à des morsures de puces; d'autres fois il s'éleve sur le col, le devant de la poitrine & du bas ventre, de petites pustules transparentes remplies d'une humeur corrosive, qui sont d'un mauvais augure. Cette maladie inflammatoire emporte la plus grande partie de ceux qu'elle attaque dans les campagnes, parcequ'on augmente encore l'inflammation par le régime & les remedes échauffans, tandis qu'on doit employer les remedes & le régime rafraîchissans, sinon la gangrene se met dans les parties internes, ou des vaisseaux s'y rompent, & le malade périt ordinairement du quatrieme au cinquieme jour de sa maladie.]
§. 527. Il faut mettre au régime dès le moment où la maladie s'annonce, faire une saignée ample que l'on répétera de trois en trois heures, jusqu'à ce que la fiévre, la dureté du pouls, l'ardeur, la sueur soient beaucoup diminués; on donnera quatre lavemens par jour. Le malade doit boire toutes les demi heures un verre de petit lait, dans lequel on mettra quatre fois le jour une prise du [No. 23]. Lorsque les symptômes seront en partie dissipés, on donnera le [No. 33] pour évacuer l'estomac, après quoi on donnera tous les jours, pour entretenir le ventre libre, le [No. 31]; ou on mettra trois grains du [No. 33], dans une pinte de petit lait, pour boisson ordinaire, au lieu du petit lait simple; en suivant ce traitement, on guérira presque tous les malades. Lorsque la fiévre sera cessée, on se conduira comme il est dit [§. 223]. Il n'est pas de maladies dans lesquelles il soit plus nécessaire d'observer ce qui est recommandé [§. 33], [34], & il ne peut être que très utile, lorsque la foiblesse n'est pas extrême, de tenir le malade hors du lit, tous les jours une heure ou deux soir & matin.
Ergot.
§. 528. On voit très souvent regner dans les campagnes des fiévres malignes & putrides, occasionnées par la mauvaise nourriture, mais il est un mal encore plus terrible, produit par cette cause c'est la gangrene, qui dans le Berry, le Blaisois, la Sologne est épidémique lorsque l'on y mange du seigle ergoté, ou qui a l'ergot; cette altération du seigle qui n'est pas rare dans les années humides, paroit être l'effet d'une piquure d'insectes, qui forme sur le grain une petite corne ou un ergot; d'autres la regardent comme une maladie du seigle; quoi qu'il en soit, voici les accidens qui arrivent à beaucoup de ceux qui ont mangé pendant quelque tems du seigle ergoté; ils sont stupides ou hebêtés, & dans une espece d'engourdissement, leur ventre devient gonflé & tendu, ils maigrissent, ils sont jaunes & si foibles, qu'ils ne peuvent se soutenir, ils ressentent de très grandes douleurs dans les jambes jusqu'au bout des pieds, & quelquefois dans les bras; la jambe ou le bras s'engourdissent, deviennent violets, la peau est froide & la gangrene paroit aux doigts des pieds ou des mains, elle commence au centre de la partie malade, car si on ouvre à l'endroit où il y a douleur, on y trouve la gangrene qui ne paroit à la peau que lorsque tout le corps en est infecté; si l'on ne remedie promptement, le mal s'étend et tue le malade en peu de tems; souvent les membres se détâchent à l'articulation & tombent sans qu'il arrive d'hémorragie; quand le mal a été à ce point, il est rare que l'on recouvre une santé parfaite. Il s'éleve dans différens endroits du corps de petites pustules ou vessies qui se remplissent d'une eau approchante du pus très clair, le pouls est concentré ou petit, & souvent difficile à sentir, le sang que l'on tire est couenneux.
§. 529. On doit recommander aux gens qui sont dans le cas d'avoir ce mal, de demander du secours aussitôt qu'ils se sentent attaqués. On fait dès-lors une ou deux saignées, elles diminuent les douleurs & les dissipent quelquefois tout-à-fait; on enveloppe la partie malade dans un linge trempé dans de l'eau de vie & du beurre frais, jusqu'à ce que la chaleur revienne, ce qui arrive ordinairement au bout de deux jours, alors on frotte cette partie avec un baume composé de trois livres d'huile d'olives, trois demi-septiers de vins, une de térébenthine, une demi livre de cire jaune, & deux onces de santal rouge; on purge ensuite, & la cure est terminée: s'il y a un commencement de gangrene, les os & les nerfs n'étant point encore endommagés, on l'arrêtera en trois ou quatre jours avec une eau composée de quatre onces d'alun calciné, trois onces de vitriol romain, & trois onces de sel, le tout dans deux pintes d'eau réduites à une; l'escare se fait aussi promptement qu'avec un bistouri, après quoi on panse avec le baume ci-dessus jusqu'à parfaite guérison. Lorsque les doigts des pieds & des mains sont gâtés & morts, l'eau ci-dessus les découvre & les détache dans les jointures, il faut alors les séparer sans attendre que la nature du mal, le fasse, & panser comme ci-dessus; dans tous les états on fera usage avec beaucoup d'avantage du [No. 14].
Ophtalmie, inflammation des Yeux.
§. 530. Dans cette maladie, la partie de l'œil, qui est ordinairement blanche, devient rouge, enflammée, brulante, avec douleur & picotement, l'œil grossit, il en sort une liqueur épaisse, ou il est très sec, la lumiere & les corps brillans lui font mal.