Quand le malade est un enfant, on lui lave souvent les yeux avec une infusion de sureau ou de safran, ou l'eau dans laquelle on a mis un peu de vinaigre; on le purge deux ou trois fois; si c'est un adulte, la saignée est souvent nécessaire & presque toujours très utile; quand le mal vient de trop de sang, voyez les signes [§. 534]; alors la saignée est le remede. Mais si le malade est dans l'état décrit [§. 544], la purgation est souvent aussi efficace que la saignée dans le précédent pour dissiper le mal; la boisson sera la ptisane [No. 1], [2]. Il est à propos de se tenir au régime des convalescens, de ne point s'exposer au grand air, surtout s'il fait froid ou humide, & s'il y a du vent; on prendra garde que pendant la nuit l'air froid ne donne sur l'œil.
Poisons.
§. 531. On appelle poisons tour ce qui étant pris intérieurement ou appliqué à l'extérieur, produit un tel effet sur le corps humain, que l'on craint les maladies ou la mort, ou des impressions qui subsistent toute la vie. Le nombre des poisons est trop grand pour les nommer ici tous, d'ailleurs c'est souvent la dose qui les rend tels. Les symptomes de poison, sont les nausées, les vomissemens, la foiblesse, les défaillances, le vertige, le tremblement, les convulsions, le hoquet, les douleurs vives de l'estomac & des intestins, le gonflement, la tension du bas ventre, les taches noires sur tout le corps, l'engourdissement, la perte de la vue, la léthargie, les sueurs froides, les extrêmités, le pouls serré, dur, fréquent, inégal, quelquefois petit & à peine sensible. Lorsqu'il n'y a que peu de tems que le poison a été avalé, il faut essayer de le faire sortir par en haut, par le vomissement que l'on excitera en chatouillant le gosier, ou en faisant boire de l'eau chaude mêlée avec de l'huile ou du beurre. S'il y a plusieurs heures, le poison peut être descendu dans les intestins: on employera alors les lavemens addoucissans, ensuite les lavemens purgatifs faits avec les décoctions [No. 11], [22]; on fera boire beaucoup d'eau de veau ou de poulet, de petit lait, de décoction de ris, d'orge, de gruaux, de miel, de graine de lin, des émulsions: lorsque le poison est assoupissant comme l'opium & ses préparations, la cigüe, le solanum, la jusquiame; on mêlera à la boisson un acide, le verjus, le jus de citron, de limon, ou le vinaigre qui est très bon & facile à trouver. Si les symptomes font craindre l'inflammation de quelque partie ou l'apoplexie, il est nécessaire de faire une ou deux saignées. Lorsque le poison pris est du sublimé corrosif on donnera le [No. 70].
§. 532. On doit mettre au nombre des personnes empoisonées celles qui ont la maladie appellée colique de peintres ou de plombiers, mais l'expérience a appris qu'il y avoit un traitement à suivre dans cette occasion bien différent de celui que l'on observe dans les autres cas de poison; le plomb, le cuivre, leurs préparations, avalés ou respirés[20] long-tems, l'usage de la bierre, du cidre, des vins très aigres sont les causes les plus communes, de cette colique. Les boissons aigres & celles qui étoient adoucies avec de la litharge ont fait voir cette cruelle maladie dans les campagnes, les premieres l'y ont rendu quelquefois épidémique: quoiqu'elle ne doive pas être comptée au nombre de celles qui sont fréquentes, le mal est si pressant & si funeste quand on n'y remedie pas de bonne-heure, & les moyens de secourir le malade si différens de ce que l'on peut imaginer, que l'on a cru devoir faire connoître cette maladie & les moyens de la guérir; [on sent une douleur gravative à la région de l'estomac, cette douleur devient ensuite fort vive & poignante, occupe toute l'étendue du bas ventre, & se répand dans la poitrine, les épaules, les lombes et l'épine du dos, il survient des envies de vomir, des vomissemens même, le ventre est souvent constipé plutôt retiré vers l'épine du dos & enfoncé que prominent ou saillant en devant, cette colique a cela de particulier, qu'une paralysie saisit par degrés les extrêmités supérieures, & quelquefois les inférieures à proportion que les douleurs diminuent, il survient souvent des convulsions & des accès d'épilepsie, la plûpart des malades n'ont point de fiévre, ou s'ils en ont, elle ressemble plutôt à une fievre lente qu'à une fiévre aigüe].
[20] Un Jardinier ayant employé de vieux bois d'un treillage peint en verd à chauffer le four où l'on cuisoit le pain, à faire le feu pour cuire le potage & autres nourritures, & à bruler dans un poèle dont on levoit le couvercle pour mettre le bois, & qui échauffoit une chambre basse habitée tout le jour par les personnes de la maison. La ceruse & le verd de gris qui furent reçus dans l'estomac avec les nourritures & dans la poitrine par la respiration produisirent plusieurs coliques de cette nature.
§. 533. On donnera 1o. un lavement fait avec une décoction de quatre gros de sené & trois onces de vin émétique trouble. 2o. Sept ou huit heures après on fera prendre un autre lavement de parties égales d'huile de noix & de vin. 3o. Le lendemain on donnera le vomitif [No. 34]. 4o. Le soir après l'opération du vomitif on fait prendre un calmant composé d'un demi gros & même un gros de thériaque & un grain de laudanum. 5o. Le jour suivant on répétera le lavement & on purgera le lendemain, avec une potion composée de trois onces de sené infusés pendant douze heures dans un verre d'eau bouillante, & de deux onces de syrop de nerprun. 6o. On répétera le soir le calmant. 7o. On donne pour boisson la ptisane des bois [No. 71]. 8o. S'il y a des douleurs, si le malade est menacé de paralysie, par l'engourdissement ou difficulté dans le mouvement, on donnera des cordiaux comme l'élixir de propriété, celui de Garus, la thériaque [No. 41], la confection hiacinthe, si ces remedes n'operent point la guérison en huit jours au plus tard, on recommencera le même traitement.
Vomissement.
§. 534. Tout le monde connoît le vomissement qui est un mouvement convulsif de l'estomac, par lequel ce qui s'y trouve en est chassé par la bouche; le plus souvent il est salutaire, parcequ'il est produit par des amas d'humeurs qui causeroient des maladies si elles restoient dans le corps, c'est pourquoi lorsqu'il y a vomissement, ou seulement nausées, on doit le faciliter en faisant boire beaucoup d'eau tiede. Lorsqu'après le vomissement il reste encore des nausées de l'amertume dans la bouche, la langue est chargée, voyez ce qu'il faut faire [§. 545].
DES REMEDES DE PRÉCAUTION[21].
[21] Ici recommence l'ouvrage de M. Tissot.