Tandis qu'il exprimait ainsi de nouveau sa joie et sa reconnaissance au jeune homme, Thrée, dont les joues s'étaient couvertes d'une légère rougeur à la vue d'un étranger, allait et venait, pour remplir les ordres de son beau-père.
Les joues de Simon reflétèrent la rougeur de la jeune femme, lorsqu'il eut remarqué cette créature angélique, à laquelle ses vêtements de deuil semblaient donner je ne sais quel charme mélancolique qui allait au coeur.
Aussi fut-ce avec un véritable sentiment de chagrin que, vers la fin du repas, et lorsque les épices apparurent sur la table, il la vit placer deux bouteilles devant son beau-frère, se lever, présenter son front à baiser à mynheer Borrekens, et adresser une profonde révérence à son hôte.
—Pauvre Thrée! dit après le départ de la jeune femme mynheer Borrekens, que les émotions de la journée et le vin de Claret avaient rendu communicatif plus que d'habitude. Après huit mois de mariage, perdre, par un fatal accident, son mari! mon fils unique! Un beau et brave jeune homme comme vous, Simon! Il s'est aventuré follement sur une mauvaise barque pour sauver la vie à des malheureux naufragés, et il a péri avec eux, laissant son père sans enfant pour consoler ses vieux jours, et sa femme veuve! L'enfant du pauvre Nick ne connaîtra jamais son père!
Mynheer Borrekens essuya une larme et acheva de vider le dernier verre de la seconde bouteille de Claret.
Simon van Maast, qui, malgré ses habitudes de sobriété, avait lui-même bu plus qu'il ne l'avait voulu, profita de la mort de cette dernière bouteille pour se lever de table, serrer la main à son hôte et regagner son logis.
Lorsqu'il eut reposé la tête sur son oreiller, il se répéta encore, comme il se l'était dit plusieurs fois chemin faisant:
—Quelle charmante veuve que la bru de maître Borrekens, et comme son regard doux et triste va droit au coeur!