Huit jours après l'entrevue de Rubens et de maître Borrekens, le peintre célèbre s'arrêtait, à la même heure pour ainsi dire, devant la porte du roi des arquebusiers.

Assis comme d'habitude sur le seuil de sa maison, mynheer Borrekens ôta son chapeau avec un empressement qui tenait à la fois du respect et de la familiarité.

—Votre tableau est terminé, mynheer Borrekens, lui annonçait-il; faites-moi le plaisir de venir le voir aujourd'hui vers onze heures; vous me direz si le Serment dont vous êtes le chef aura lieu de se montrer satisfait de l'échange que nous avons fait.

Maître Borrekens se garda bien de manquer au rendez-vous donné.

Il arriva ponctuellement, à l'heure dite, vêtu d'un beau pourpoint de velours noir, sur lequel brillait une riche chaîne d'or et un large médaillon de même métal qui renfermait l'image du saint patron de sa confrérie.

La maison de Rubens, quoique inachevée encore, nous l'avons dit, était un palais vaste et d'une magnificence presque royale. Un valet richement vêtu introduisit le bourgeois dans une galerie où se trouvaient rassemblées les antiquités que Rubens avait recueillis pendant le long séjour qu'il avait fait en Italie, et qui formaient une collection déjà justement célèbre en Europe.

Un étranger de distinction visitait cette galerie, et, appuyé familièrement sur le bras de l'artiste, s'arrêtait de temps à autre pour mieux admirer quelque chef-d'oeuvre, dont il parlait du reste en connaisseur expert et surtout en amateur enthousiaste.

—Mylord duc, dit Rubens lorsqu'il aperçut le bourgeois, permettez-moi de vous présenter mon voisin et mon ami, le roi du Serment des Arquebusiers d'Anvers.

L'étranger, jeune encore, salua d'une légère inclination de tête mynheer Borrekens, et regarda avec curiosité ce bon visage où se trouvaient exprimées à la fois, d'une manière significative, la naïveté et sa ruse.

Rubens, qui suivait de l'oeil les impressions du duc, et qui voulait s'amuser de ce qui allait se passer, adressa de nouveau la parole au seigneur anglais, pour mieux exciter sa curiosité et son attention.