Le soir commençait à envelopper la ville, lorsque la voiture s'arrêta devant un grand édifice, sévère de lignes et sombre d'aspect.

—Nous voici arrivés! dit Simon de sa voix douce.

Les jeunes filles tressaillirent.

Simon, après un moment de silence, ajouta:

—Ecoutez-moi, chères enfants, écoutez la voix d'un ami, d'un père! Si vous éprouvez la moindre hésitation, si vous ne sentez pas la main de Dieu qui vous pousse irrésistiblement vers la vie monastique, étouffez un vain sentiment d'orgueil, songez à votre mère qui pleure dans votre chambre déserte! Songez à votre grand-père, pauvre vieillard, à qui vous avez enlevé la plus grande des joies qu'il ait en ce monde: votre présence.

Annetje ne put empêcher ses larmes de couler; Agathe laissa échapper un soupir.

—Dieu n'est-il point partout, près du fauteuil d'un vieillard malheureux comme dans un couvent? continua Simon.

—Mes enfants, dit le vieux moine, écoutez la voix de votre beau-père! si quelque motif humain et non la volonté divine vous porte à prendre le voile.

—Allons, un bon mouvement! s'écria Simon. Ramenez la paix et le bonheur à la maison paternelle.

Et, par un geste affectueux, il prit la main des jeunes filles dans les siennes comme pour mieux les retenir.