Il se rendit, en effet, près de Thrée, et revint quelques instants après, pâle et se soutenant à peine.
—Votre mère m'a tout dit! Puisque vous n'êtes plus heureuses près de moi, dans la maison où vous êtes nées; puisque vous voulez que je meure sans vous voir au chevet de mon lit funèbre, partez! Demain votre beau-père vous conduira à Malines, et vous entrerez au couvent des Soeurs Clairisses.
—O mon père! rétractez ces paroles sévères; dites-nous que vous nous pardonnez! dites-nous que votre bénédiction nous suivra dans notre exil! murmura Annetje.
Le vieillard fondit en larmes.
—Vous ne savez donc pas combien je vous aime! s'écria-t-il, à travers ses sanglots. L'isolement dans lequel vous allez me laisser sera ma mort!
A deux jours de là, une voiture attendait à la porte de la maison de mynheer Borrekens, et les deux jeunes filles, enveloppées de grandes failles noires, montaient silencieusement dans cette voiture. Annetje fondait en larmes: l'oeil sec d'Agathe était brillant d'une lumière fiévreuse. Sur le seuil, éclataient en sanglots Thrée et le pauvre Borrekens.
Simon prit place dans la voiture en face des deux soeurs; le confesseur de la famille, vieux moine aux traits vénérables, s'assit à ses côtés, et la lourde machine, qui n'était autre chose qu'un chariot recouvert de cuir, se mit brusquement en marche.
Disons, en passant, que cette voiture appartenait à Rubens qui l'avait prêtée pour le voyage à Malines. A cette époque, Anvers ne comptait point une seule voiture de louage; un coche faisait, tous les jeudis, la route d'Anvers à Malines: c'était les seuls moyens de communication qui existassent entre les deux villes.
Pressées l'une contre l'autre, Annetje et Agathe se tenaient la main et priaient tout bas. Simon se laissait aller à ses rêveries et à sa douleur. Car n'aimait-il pas, comme ses propres filles, ces deux enfants qui allaient à jamais s'ensevelir dans un cloître?
Le moine disait son bréviaire.