Simon van Maast le suivit le coeur brisé et les yeux pleins de larmes.

Quelques instants après, Annetje et Agathe entendaient la porte du cloître qui se refermait lourdement sur Simon, et qui les séparait à jamais de leur famille.

Il était une heure avancée dans la nuit quand Simon rentra chez lui. Une vive agitation régnait au logis, et une sage-femme se trouvait installée dans la chambre de dame Thrée.

—Mon fils! s'écria mynheer Borrekens du plus loin qu'il aperçut son gendre, c'est Dieu qui vous ramène et qui vous a inspiré la pensée de revenir ce soir.

—Votre femme vient d'être prise de douleurs qui semblent annoncer une prochaine délivrance.

Simon s'élança dans la chambre de Thrée. Au moment où il entrait, il entendit la voix de Toporoo qui chantait:

Pourquoi sommes-nous les seuls,
Les seuls sur lesquels l'oubli n'ait point de pouvoir?
Toi qui es au ciel, ô belle fille du Midi!
Et vous autres, pâles filles du Nord!
Et moi, moi qui gémis sur la terre étrangère!
Moi qui pleure celle qui est mort et celles qui vivent!
Pourquoi sommes-nous les seuls,
Les seuls sur lesquels l'oubli n'ait point de pouvoir?
Le bonheur n'est point sur la terre! Il est au ciel!

CHAPITRE XV.

LA FIN.

L'ordre des Clairisses, dans lequel les deux soeurs avaient voulu faire leur noviciat, est la plus sévère de toutes les congrégations religieuses. Les nonnes, astreintes à une claustration absolue, ne se nourrissent que d'aliments maigres et cuits à l'eau, marchent pieds nus, et rivalisent presque de rigueur avec les trappistes.