Annetje et surtout Agathe, qui s'accusaient de leur amour pour leur beau-père comme d'un crime, se jetèrent avec la frénésie du désespoir dans les excentricités les plus violentes de cette vie d'expiation et de pénitence. Il fallut que l'abbesse modérât leur zèle fiévreux; il les entraînait au delà des bornes d'une règle qui pourtant dépassait presque les forces humaines.

Agathe marchait en avant dans cette voie, et sa soeur la suivait avec sa tendresse habituelle.

Naturellement, on devait craindre que des privations de toutes natures, les veilles, l'absence de distraction, des aliments grossiers et les rigueurs de la mortification n'achevassent d'altérer la santé déjà si frêle des deux jeunes filles. Loin de là, ces enfants, privées des soins et de la sollicitude de tous les instants dont les entouraient leur mère et chacun de ceux qui les approchaient, trouvèrent la force nécessaire pour ne point succomber sous le fardeau de cette nouvelle existence.

Une année entière s'écoula sans qu'elles reçussent une seule visite de leur mère et de leur famille, sans qu'une lettre leur parvînt, sans qu'un mot leur fût envoyé de tous les êtres aimés qu'elles avaient laissés à Anvers.

La règle le voulait ainsi.

Après cette année d'épreuves elles furent admises au noviciat.

L'abbesse les fit appeler près d'elle et les regarda quelque temps en silence, tandis que les deux soeurs, suivant la règle, se tenaient debout devant elle, les bras croisés sur la poitrine et la tête inclinée.

—Mes filles, leur dit enfin la vieille religieuse de sa voix lente, froide et sévère, l'année prescrite par notre règle vient de s'écouler pour vous. Persistez-vous à demander le voile de novice dans notre sainte maison?

Les jeunes filles s'inclinèrent profondément et dirent d'une voix ferme:

—Oui, ma mère, nous le requérons de votre bonté comme une grâce.