Ces Clairisses, dont les noms de religion étaient Johanna et Margarita, portaient autrefois, dans le monde, les noms d'Annetje et d'Agathe Borrekens.

Au bas de la pierre, on lisait distinctement ces mots en flamand:

LE BONHEUR N'EST POINT SUR LA TERRE.

Voilà tout ce qu'il reste des personnages de cette histoire, à l'exception toutefois de Rubens, qui a laissé tant de monuments glorieux de son génie.

Toutefois, la tradition a conservé le souvenir des destinées obscures de ces personnages et l'a transmis de génération en génération, jusqu'à celui qui vient de vous les raconter.

Hélas! ne faut-il point, aujourd'hui, se hâter de recueillir ces récits naïfs et ces douces légendes de la tradition? Chaque jour les idées positives ne viennent-elles pas les effacer, comme le laboureur qui arrache les fleurs pour semer des moissons?

La Belgique n'est plus qu'un vaste chemin de fer, qu'un marché immense, qu'une usine gigantesque! Elle a des artistes et des poètes; mais au milieu du tourbillon de ses affaires, du mouvement dévorant de son admirable industrie, et des mugissements de ses locomotives sans nombre et sans repos, elle n'a point le temps de se pencher vers eux, ne fût-ce qu'une minute, pour les écouter, sourire à leurs vers et laisser tomber sur leur front une feuille de sa couronne!

D'ailleurs, où se trouve donc aujourd'hui, en Europe, une place pour les poètes? une oreille attentive pour entendre leurs chants? Partout les révolutions surgissent et s'entrechoquent; partout leurs cris formidables éclatent et étouffent la douce mélodie de l'art! Partout, ainsi que le voulait Platon dans sa République, elles bannissent les poètes.

Qu'Homère renaisse aujourd'hui, il court grand risque de mendier comme aux temps héroïques; mais, hélas! nous doutons fort qu'il puisse trouver quelque part l'hospitalité, que du moins, alors, il rencontrait parfois!