Elles se relevèrent, et se tenant par la main, elles déposèrent un baiser sur chacune des joues des deux enfants, puis elles se retirèrent dans leur petite chambre d'autrefois.
Là, elles se prosternèrent devant l'image de la Sainte Vierge à la place où elles avaient tant de fois prié dans leur enfance.
—Seigneur, dirent-elles, recevez-nous dans vos bras; il n'y a plus de place pour les deux orphelines dans leur propre famille! Vous êtes seul notre Père! Nous n'avons plus de mère que la Vierge divine! Seigneur, venez à notre aide et soyez notre soutien! Seigneur, donnez-nous la force et le courage!
Elles passèrent ainsi la nuit en prière.
Les huit jours d'épreuve imposés par la règle des Clairisses s'écoulèrent pour elles au milieu de douleurs sans nom et de tous les instants.
Elles ne trouvèrent de force et de résignation que dans la prière et dans la compatissante sympathie de Toporoo, qui savait si bien comprendre des douleurs inconnues même à leur mère.
Cette triste semaine écoulée, Agathe et Annetje repartirent pour Malines et pour le couvent des Clairisses, où elles prononcèrent les voeux qui les enchaînaient à jamais!…
Le couvent des Clairisses de Malines, comme la plupart des autres maisons religieuses des Pays-Bas, devint, en 1793, l'objet de déplorables profanations. On chassa violemment les pieuses filles qui l'habitaient, et on les rejeta dans le monde, auquel elles avaient renoncé pour toujours. Leur cloître, cette sainte et antique maison, si longtemps consacrée au Seigneur, passa de main en main, de brocanteur en brocanteur, et tour à tour, se transforma en caserne, en magasin à fourrage, en usine et en dépôt de fumiers. Elle finit par disparaître tout à fait lors des travaux immenses que nécessita rétablissement des chemins de fer, dont Malines forme le point central.
C'est à cette dernière époque de la décadence du couvent qu'un pieux antiquaire belge, dans les veines duquel coulent les dernières gouttes du sang de Rubens, fut assez heureux pour recueillir, parmi les ruines et les déblais de la nef abattue, une des pierres tumulaires, en marbre bleuâtre, qui pavaient le choeur.
Une inscription en langue latine, gravée sur cette pierre, apprend que la dalle funèbre a recouvert, pendant un siècle, la dépouille mortelle de deux clairisses, soeurs jumelles, et décédées le même jour et à la même heure, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans.