—Simon, lui dit-elle, vous me faites du chagrin en me parlant ainsi; je vous aime comme un frère; comme un frère dévoué et tendre! Mais Dieu m'est témoin qu'il n'y a pas de place dans mon coeur pour une autre affection. Je ne saurais, sans impiété, oublier la tendresse et la reconnaissance que je dois au père de mes enfants. Il m'a aimée, il m'a épousée pauvre orpheline, réduite à vivre du travail de mes mains; il m'a donné son nom! je lui dois les saintes joies de la maternité, et vous voudriez que je portasse un autre nom, et que je pusse mêler à ses enfants des enfants qui ne fussent pas les siens! Non, Simon, non! Je serai fidèle à mon mari, et je ne donnerai point à son père le chagrin de voir la mémoire de son fils trahie par la bru qu'il a recueillie chez lui, et par l'ami qu'il aime comme un fils!

Simon écouta ces paroles de Thrée silencieusement, la tête baissée sur la poitrine et les yeux pleins de larmes.

Quand Thrée eut fini et qu'elle lui tendit la main en signe de bonne amitié, il porta cette main à ses lèvres, embrassa les deux enfants et sortit précipitamment, sans pouvoir proférer une parole, tant sa poitrine était pleine de sanglots!

Le lendemain, Simon van Maast ne vint point faire à la famille Borrekens sa visite accoutumée.

Le roi des Arquebusiers, inquiet de cette absence, alla, le soir même, s'informer chez son ami des motifs qui pouvaient le retenir chez lui.

Là il apprit que Simon van Maast s'était embarqué la nuit précédente pour le Nouveau-Monde avec un capitaine espagnol de ses amis, qui venait de mettre à la voile pour ces contrées découvertes par Christophe Colomb.

Quand il vint dire cette nouvelle inattendue à Thrée, elle fondit en larmes et elle se fit amener ses enfants qu'elle serra convulsivement dans ses bras en les couvrant de baisers.

CHAPITRE IV.

LE MÉDECIN DE LEYDE.

La vie est si calme et si douce dans la famille flamande, que son histoire en serait presque ennuyeuse à conter comme celle des peuples heureux, suivant l'expression de Montesquieu.