—Cette pièce voisine du parloir…

—Je ne veux point occuper votre chambre, interrompit-il. Quelque utile que soit le médecin à un enfant malade, sa mère lui est encore plus nécessaire. J'occuperai le pavillon qui se trouve au fond de votre jardin.

Mynheer Borrekens regarda avec surprise ce médecin qui connaissait si bien la distribution d'une maison où il n'était jamais venu.

Quant à dame Thrée, tout entière à ses enfants, elle ne prit garde à cet incident que pour donner sur le champ l'ordre de préparer le pavillon et d'y installer le médecin.

Celui-ci, qui était revenu au chevet d'Annetje et d'Agathe, s'informa de l'heure à laquelle se déclaraient les accès de fièvre des jeunes filles.

—Tous les trois jours, vers sept heures du matin, répondit dame Thrée.
C'est aujourd'hui le jour fatal.

Le médecin tira la montre qu'il portait à sa ceinture, la déposa sur une table et sortit ensuite de son sein une boîte d'or.

Il y puisa un peu d'une poudre jaunâtre qu'il pesa scrupuleusement à l'aide de petites balances également en or, jeta la poudre dans un gobelet plein d'une eau préparée que lui apporta son serviteur indien, et se penchant sur le lit des jeunes filles, il leur fit boire, à chacune, la moitié de la liqueur que contenait le gobelet.

Il tira ensuite un livre de son sein, s'établit dans un fauteuil au chevet du lit, et commença sa lecture, après avoir, par un geste expressif, recommandé impérieusement le silence à Thrée.

Celle-ci se plaça aux pieds du lit de ses enfants, et détachant de sa ceinture un rosaire, se prit à le tourner dans ses doigts et à en compter les perles de bois noir. A mesure qu'elle avait égrené un des nombreux Ave Maria de cette guirlande de prières, elle reportait avec anxiété ses yeux sur le lit de ses filles.