Les deux jeunes filles s'étaient réveillées calmes et souriantes. Elles saluèrent, par un cri de joie, le soleil qui de toutes parts inondait de ses rayons leur chambre et leur chevet.
Thrée ne prit pas même le temps de les presser sur son coeur avant d'appeler Simon. Comme il le lui avait prescrit, elle tira trois sons aigus de son sifflet d'argent et revint aussitôt se livrer aux caresses de ses filles.
—Ah! quel bonheur! dit Agathe. Il me semble que je renais à l'existence. Ma tête ne brûle plus, ma poitrine respire à l'aise! Notre-Dame soit bénie!…
—Que cet air frais, que ce soleil font de bien! Que je me sens heureuse! Embrasse-nous encore, mère!
En ce moment Simon entrait; la mère et les deux jeunes filles, enlacées par de tendres étreintes, formaient un groupe charmant. Il s'arrêta sur le seuil pour le considérer quelques secondes.
A la vue du médecin étranger, les jeunes filles se glissèrent hors des bras de leur mère, et, rouges et confuses, s'enveloppèrent dans les draperies de leur lit.
Simon s'avança vers elles en souriant, et leur présenta une tasse d'or dans laquelle brillait une liqueur vermeille.
—Buvez cette potion, qui est douce au goût, dit-il, et puis ensuite vous quitterez cette couche brûlante où trop longtemps vous a retenues la fièvre. Le grand air et l'eau fraîche sont les deux médicaments héroïques de la nature. Ramenez donc vos cheveux avec soin sur votre tête; épanchez des flots d'eau sur votre visage; prenez le bras de votre mère: vous viendrez me retrouver ensuite dans le jardin, où j'ai fait préparer pour vous des hamacs et une tente à la manière du Nouveau-Monde.
Il en fallait beaucoup moins pour exciter vivement la curiosité de deux pauvres enfants retenues captives depuis plus de deux mois, sur un lit de douleur. Elles se hâtèrent d'obéir aux ordres de Simon, et une demi-heure après, elles arrivaient dans le jardin, où quelques instants avaient suffi à van Maast pour faire élever ce qui parut aux jeunes filles un palais de fées.
En effet, une tente en tissus d'écorces d'arbres et semée de plumes de toutes les couleurs avait été attachée à trois des arbres les plus hauts du jardin, pour former une vaste et pittoresque draperie qui protégeait contre les ardeurs trop vives du soleil trois charmants hamacs et une sorte de lit de repos recouvert d'une immense peau de lion. Une figure étrange se tenait accroupie près de ce lit de repos: c'était le Sauvage à peau rouge que nous avons déjà vu à Leyde, nonchalamment étendu sur la peau de lion; le magnifique écureuil dont il a été également question dans le précédent chapitre se jouait avec son maître assis près de lui. Tout à coup il se dressa, les pattes croisées sur sa poitrine, le nez au vent et sa splendide queue déployée comme un étendard.