—Agathe! lui dit-elle en sanglotant, Agathe! ma soeur bien-aimée, embrasse-moi! laisse-moi t'embrasser!
—Non! répondit durement Agathe. Non! Pourquoi m'embrasseriez-vous, puisque vous ne m'aimez point?
—Je ne t'aime point! O Sainte Vierge, vous l'entendez! Tu veux donc me faire mourir de douleur, Agathe?
—Non, vous ne m'aimez pas! reprit Agathe, en s'arrachant des étreintes de sa soeur. Si vous m'aimiez, vous prendriez pitié de mon désespoir! vous renonceriez à cette folle passion qui a brisé notre tendresse!
—Tu me demandes un sacrifice au-dessus de mes forces; et toi?…
—Et moi, je ne veux point m'immoler pour vous! Vous le voyez bien, nous sommes nées pour le malheur l'une de l'autre, pour nous haïr, pour nous maudire, comme je vous le disais hier! Eh bien! haïssons-nous donc, puisqu'il le faut, puisque ces horribles sentiments sont dans notre coeur!
Annetje s'agenouilla silencieusement devant la sainte image de la Mère de Dieu, et joignant les mains par un mouvement convulsif;
—O refuge des affligés! murmura-t-elle, ne nous abandonnez pas!
Venez-nous en aide! Ayez pitié de nous!